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Blanchette était le clairon du Lez

30-11-25 - 06:30
Ce 30 novembre 2025 marque les 70 ans de la disparition de Blanchette, personnage emblématique de Montpellier et de Castelnau-le-Lez. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il était devenu un clochard céleste. Il rendait service à la population et prévenait les gens en cas de crues. Jusqu'à être emporté à son tour...
Santon de Blanchette
Pour les fêtes de fin d’année, l’association La Garriga présente sa crèche lengadociana. Le santon de Blanchette occupe une place de choix - © La Garriga Lengadociana
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Au fil des décennies, des figures emblématiques de Montpellier ont traversé l’espace public en suscitant la sympathie et la tendresse des habitants. Citons Mario le vendeur de marrons sur la Comédie, Bernard Pierson, dont le camion affichait son hostilité à la vivisection ou le Calédonien Wielfried « le Black qui joue de la guitare devant le Polygone » qui avait même un profil Facebook à son insu. Au siècle dernier, l’Entre-deux-guerres n’a pas fait exception. La figure populaire était alors Blanchette. Ce 30 novembre marque le 70e anniversaire de sa disparition. 

Mystérieuse origine

Aujourd’hui, surnommer Blanchette une personne de couleur serait malvenu. À l’époque, c’était sans mauvaises pensées car il était rare de croiser des gens à la peau noire en ville. Difficile de connaître précisément ses origines. Le Dictionnaire de biographie héraultaise de Pierre Clerc fait de Blanchette un citoyen sénégalais. Plusieurs sources évoquent plutôt la Martinique, où il serait né en 1898. Blanchette s’appelait Aurélien Flériag. Si ce patronyme apparaît dans la commune de Gros-Morne, son prénom est inconnu de l’état-civil et des sites de généalogie. Aujourd’hui encore, une partie de la vie de Blanchette tient aux récits de ceux qui l’ont connu et à une forme de légende urbaine.  

Cabane de Blanchette sous le pont de Castelnau
Semblable à celui-ci, l’abri de fortune de Blanchette se trouvait sous une pile du pont de Castelnau-le-Lez. Il avait rassemblé au dehors les objets les plus hétéroclites - © Collection André Bel

Chiffonnier et santon

Émilien Flériag a été happé comme tant d’autres par la Première Guerre mondiale et il est ensuite resté en métropole. C’était un original, d’élégante stature, toujours disposé à rendre service aux habitants, pour porter des courses ou vider des caves. Il était chaque matin au « marché du bas », les halles Laissac de nos jours. Dans Écrit le dimanche (1986), Georges Dezeuze précise que « Blanchette était devenu une figure montpelliéraine, une espèce de santon. Ferrailleur et chiffonnier, on le voyait poussant un chariot fait de planches et de roues trouvées à la décharge publique. Mais Blanchette avait ses heures de gloire. Il venait poser à l’école des Beaux-Arts. Il se transformait alors en un vrai, un grand santon, affublé comme un roi mage, d’une vaste robe de chambre de satin bleu, le chef surmonté d’un ruban enrichi de plumes. On l’imaginait volontiers peint par Rubens. Descossy tenta l’aventure. Il fit de lui un portrait en pied, aujourd’hui dans une collection de la région ». Cette description du peintre a trouvé une interprétation inédite. Blanchette figure parmi les santons du village de la Garriga lengadociana. 

Portrait de Blanchette
Ce buste en plâtre montre Blanchette avec le chapeau qu’il ne quittait jamais et sa vareuse militaire - © Collection Yvette Pagès

Emporté par les flots

Blanchette vivait dans un abri de fortune sous le pont de Castelnau-le-Lez avec son chien. Clairon-vigie pour les gens de l’aval, il jouait à chaque montée des eaux du Lez pour prévenir les gens du danger. Dans la nuit du 26 septembre 1933, après des pluies torrentielles, le Lez emporta tout sur son passage. On déplora neuf victimes et d’importants dégâts. À Castelnau-le-Lez, la guinguette de Monplaisir fut ravagée et sa propriétaire a péri noyée. À Montpellier, chemin de la Pompignane, huit personnes ont été emportées par les flots. Le bilan aurait pu être plus lourd si Blanchette, ayant perçu des grondements, n’avait pas couru frapper aux portes pour réveiller les familles endormies. Cette nuit terrible lui avait offert une part de notoriété. Il n’a jamais voulu quitter sa cahute. À plusieurs reprises par la suite, il ne dût son salut qu’à sa connaissance des pièges du fleuve.  

Population reconnaissante

Le 30 novembre 1955, en pleine « lézade », l’histoire dit qu’il serait revenu vers son refuge pour sauver son chien. Blanchette a été victime à son tour de la furie des eaux. Il avait 57 ans. Jean Fournier, maire de Castelnau-le-Lez, souhaita que des obsèques soient organisées en son honneur. La population lui rendit hommage pour son dévouement. Aujourd’hui, sa tombe aux armoiries de la ville est au cimetière de la Crouzette. Sur la pierre tombale, on peut lire cette épitaphe : « Figure de notre cité, Émilien Fleriag, dit Blanchette, lors des crues du Lez en 1933, alerta la population et ainsi sauva bien des vies humaines. En 1955, il fut victime du fleuve. La population reconnaissante ».

tombe
La tombe de Blanchette est située au cimetière de la Crouzette à Castelnau-le-Lez et la pierre tombale comporte les armoiries de la ville - © C. Ruiz