À l'espace Saint-Ravy, l'artiste iranienne Melika Sadeghzadeh, nous invite à « goûter le feu »

Nostalgie de l’exil et des amis perdus, difficulté à retrouver sa place, parcours dans la mémoire intime et celle de la violence des hommes… Du 7 au 29 mars, l’espace Saint-Ravy accueille « Tasting the fire » la première exposition solo de l’artiste iranienne, Melika Sadeghzadeh, diplômée de l’École des Beaux-Arts de Montpellier et lauréate du 1er Prix de la Fondation d’entreprise MO.CO.
Portrait de Melika Sadeghzadeh debout contre un pilier de la galerie Saint-Ravy
Artiste plasticienne, pluridisciplinaire, Melika Sadeghzadeh présente à la galerie Saint-Ravy sa première exposition solo dans le cadre du Prix de la Fondation d'entreprise du MO.CO. Vernissage ce vendredi 6 mars à 18h30 - © S.M.
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L’exposition était prévue de longue date. Mais l’actualité internationale vient lui donner une résonance particulière. Tasting the fire (en anglais : « goûter le feu ») est la première exposition solo, de Melika Sadeghzadeh, diplômée du MO.CO Esba – École supérieure des Beaux-Arts de Montpellier, lauréate en 2025 du 1er Prix de la Fondation d’entreprise du MO.CO (voir encadré ci-dessous). 

Melika Sadeghzadeh, en chemise bleue, installe une structure metallique sur une sculpture en bois
Après son exposition à Montpellier, Melika Sadeghzadeh exposera au CACN de Nîmes, du 7 mai au 18 juillet - © S.M.

L’artiste, née à Téhéran en 1999 y évoque, dans la continuité de ses recherches menées depuis plusieurs années, les mécanismes du pouvoir, de la violence et des traces profondes et indélébiles creusées dans leur sillage. Mais sans déclaration ou démonstration intempestives, mais par des œuvres discrètes, laissant place au mystère et à la poésie, en invitant à regarder, écouter, comprendre. À se transformer, en matière « inflammable ».

L’ensemble des œuvres présentées, installations, dessins, sculptures, vidéo, tracent ainsi un chemin à parcourir pas à pas, « à réfléchir au lien entre mémoire et violence, à la perte des repères et des racines, à l’exil, la nostalgie et au vide ».

Installation de tiroirs en bois avec à l'intérieur les moulages d'empreinte de mains retenant une clé
"Le manque de toi est un rocher que je porte", tiroirs en bois, clés fondues et céramique, 2025 - © S.M.

Témoins, cette accumulation de tiroirs empilés, échoués, renfermant comme un poing serré les traces de clés qui ne serviront jamais. Ici une porte bouclier. Là, un dispositif d’écrans vidéo, projetant des images ramenées d’Iran par l’artiste, inspirées par ces grands panneaux publicitaires vides, comme si l’avenir n’avait plus rien à proposer. Ou encore ces feuilles de papier blancs, qui ne révèlent qu’en s’approchant d’elles au point de les toucher, les formes discrètes dessinées en relief : une meute de chiens la gueule ouverte, prêts à nous déchirer… 

Tasting the Fire, Melika Sadeghzadeh – Prix de la Fondation d’entreprise du MO.CO – Du 7 au 29 mars – Espace Saint-Ravy – Place Saint-Ravy – Du mardi au dimanche, de 10h à 18h (fermeture entre 13h et 14h) – Entrée libre - 04 67 66 39 40 – montpellier.fr

3 Questions à Melika Sadeghzadeh

 

En Commun : "Tasting the Fire" ("Goûter le feu"). Pourquoi ce titre ?

Melika Sadeghzadeh : J'avais en tête l'image d'une invitation à venir goûter un feu qui ne serait pas le nôtre, qui se situerait dans un endroit autre que celui que l'on habite. Avec cette idée d'une menace qui n'est pas nécessairement proche, mais qui existe, qui brûle quelque part. Une idée liée à un travail que je mène pour questionner la violence de nos sociétés, tellement normalisée qu'elle finit par devenir un peu invisible...

En Commun : L'actualité internationale donne cette réflexion sur la violence une sonorité particulière ?

M.S. : Je me pose la question, aujourd'hui, de l'importance qu'il peut y avoir, en tant qu'artiste, à montrer son travail. Pour quel effet ? Surtout en tant qu'Iranienne, venant d'un pays instable, traversé d'événements violents. Je me dis que les artistes se font les interprètes du temps qu'ils vivent. On montre ce qui se passe autour de nous, ce qui nous affecte. Je me suis dit qu'il était important de parler de cette violence qui devient tellement banale, qu'on finit par ne plus la voir. On s'habitue à plein de choses en fait, à plein de types de violences. Et c'était important pour moi de continuer à interroger ce phénomène, à pousser la réflexion, pour ne pas finir noyés, incapables d'agir. De ne pas renoncer à comprendre l'origine et le fonctionnement des ces phénomènes, pour arriver peut être à changer les choses, ensemble.

En Commun : Qu'est-ce qu'il faudrait retenir de votre exposition ?

M.S. : J'essaie dans mon travail de donner forme à quelque chose qui n'en a pas. La violence, ce qu'il en reste, une fois qu'elle s'est exercée, c'est peut-être à chacun de s'interroger, sur la manière dont nos vies en sont affectées. Mais je n'ai pas de leçons à donner, de réponses. Il faut faire ceci ou cela... Tout dépend en fait de l'envie de chacun à regarder et comprendre les choses. Comme le travail proposé sur papier blanc. Au premier regard, à distance, il ne semble y avoir que du vide. Il faut avoir le goût de venir s'approcher, pour découvrir ce qui se révèle. Et j'aimerais que cette exposition donne envie aux gens de faire ça. D'être invités à goûter le feu, d'une certaine manière...

Le Prix de la Fondation d'entreprises du MO.CO, qu'est-ce que c'est ?

Mis en place pour la première fois en 2025, sous le marrainage de l'artiste Françoise Pétrovitch, le Prix de la Fondation d'entreprises du MO.CO, récompense chaque année un artiste diplômé du MO.CO Esba / École supérieure des Beaux-Arts de Montpellier. L'artiste sélectionné par jury, reçoit une bourse de production de 2 000 € et se voit offrir la possibilité d'une exposition personnelle, comme celle organisée par Melika Sadeghzadeh à l'espace Saint-Ravy, en partenariat avec la Ville de Montpellier.

Ce dispositif s'inscrit dans tout le travail de soutien à la jeune création, mené grâce à l'écosystème MO.CO, qui rassemble à Montpellier deux centres d'art contemporain et l'École supérieure des Beaux-Arts. La Fondation d'entreprises, permet par l'entremise de ses mécènes, d'accompagner les jeunes artistes diplômés en voie de professionnalisation.

Les mécènes de la Fondation d'entreprises du MO.CO AËKO ; Bureaux & Co ; CGCB Avocats ; CIC Delmas ; ESMA École Supérieure des Métiers Artistiques ; Hugar ; Inovie ; SARL Rodel ; Lookup ; MHB - Montpellier Handball ; Opalia Urban Workshop ; Pousse Clanet Espaces Verts ; Promeo Groupe ; Quantum Surgical ; Socri Reim ; Tourny Meyer Montpellier ; Tourre Sanchis ; Vestia Groupe - Avec le soutien de : Crédit Agricole du Languedoc et Eiffage Immobilier.

Affiche de l'exposition, des flammes dessinées, comme une main aux cinq doigts menaçants