Pas perdu, l’entreprise qui donne une seconde vie aux invendus

01-04-26 - 06:30
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Elle propose aux professionnels, une offre de service de collecte d'invendus alimentaires qui redistribués, permet à la fois de soutenir les associations et de réduire le gaspillage. L'entreprise montpelliéraine Pas perdu, a créé un concept original et innovant, qui allie à la fois une gestion sociale, éco-solidaire et l’initiative entrepreneuriale. Un modèle économique conçu par Guillaume Clair-Caliot, son fondateur.
Livraison de pain dans une épicerie solidaire
Mario Ugarte, responsable logistique de Pas perdu livre du pain à l'épicerie sociale Panier Babel qui ouvre tous les mercredis - ©C. Marson
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« Que Pas perdu Montpellier soit identifié comme la référence incontournable pour la lutte anti gaspillage alimentaire sur notre territoire et au niveau national, tel est notre objectif », annonce Manon Prabonne, responsable commerciale de Pas Perdu. 

Rien ne se perd : tout se transporte ! Telle est la devise de cette jeune entreprise montpelliéraine fondée en 2023, et en pleine ascension, spécialisée dans la valorisation des invendus alimentaires. Elle propose un service clé en main de collecte auprès des boulangeries de pains bio, avec lesquelles tout a commencé, mais aussi d'autres commerces de proximité pour les redistribuer à des associations solidaires, via une logistique bas carbone, en vélo cargo. Un concept astucieux imaginé par Guillaume Clair-Caliot, ingénieur de formation, installé à Montpellier depuis trois ans et qui foisonne d’idées pour donner à son entreprise une dimension qui va au-delà de la simple récupération de pain. 

Un modèle économique solidaire ingénieux...

Les commerçants disposent d’une solution de gestion de leurs invendus qui au lieu d'être jetés à la poubelle sont redistribués à des associations ; ils déclarent leurs dons et bénéficient d’avantages fiscaux. En parallèle, Pas perdu facture aux commerçants une commission pour la gestion des invendus, afin de rémunérer les salariés et de maintenir l’équilibre et la pérennité de l’entreprise. Pas Perdu incarne un modèle qui s’inscrit dans une économie circulaire, sociale, solidaire et durable avec une organisation minutieuse. 

Fol Pain
Vincent Foltier de Fol'Pain, 5 rue Marioge, remet à Mario, le pain de la veille - © C. Marson
Fol Pain
Vincent Foltier de Fol'Pain, 5 rue Marioge, remet à Mario, le pain de la veille - © C. Marson

Une entreprise en pleine évolution 

Petits fours, salades, viennoiseries, desserts, pains... distribués à la Croix-Rouge, au Secours Populaire, Gammes, Le Pain de l’espoir, Saint-Vincent de Paul ou Scum profitent à des personnes dans le besoin. 

« Des étudiants, des personnes en précarité, à revenus modestes ou en difficulté temporaire sont accuellis du mardi ou dimanche de 8h30 à 10h30 », explique Garance Danner, présidente de l'unité locale Croix-Rouge Montpellier. « Nous distributions des petits déjeuners complets : pain, beurre, café ou chocolat, laitage, fruit, fournis par la Banque alimentaire. Avec Pas perdu, c'est une relation solidaire. Les gens sont ravis d’avoir du pain de très haute qualité gustative et aussi des viennoiseries. Depuis deux mois, il y a plus en plus de monde, entre 200 à 300 personnes chaque matin, plus encore le week-end », confie Hubert Richet, gestionnaire de l'accueil du jour de la Croix-Rouge. 

L’organisation de Pas perdu a franchi une étape supérieure, grâce à la création d’une application. « Elle permet aux donateurs de déclarer la quantité de leurs invendus, à l’association intéressée de s'identifier, de calculer la valeur et la quantité des dons à des fins comptables. Cela a renforcé le réseau tissé au fil de ces trois années de nos partenaires engagés : commerces, traiteurs, organisateurs d’évènements, boulangeries et associations. Nous sommes le chaînon manquant quotidien et de proximité entre ces différentes structures », explique Mario Ugarte, responsable logistique des dons.

Equipe de Pas Perdu
L'équipe de Pas perdu : Mario Ugarte, Guillaume Clair-Caliot, Manon Prabonne - © C. Marson
Equipe de Pas Perdu
L'équipe de Pas perdu : Mario Ugarte, Guillaume Clair-Caliot, Manon Prabonne - © C. Marson
Je lance un appel aux organisateurs d’événements qui veulent bénéficier d’une assurance anti gaspillage pour que rien ne parte à la poubelle
Guillaume fondateur de Pas perdu

J'ai débuté ma carrière par des missions humanitaires en Afrique et en Asie. C’est lors d’une mission en Suisse, en 2019, que j’ai constaté les quantités vertigineuses d’aliments encore consommables jetés chaque jour par la grande distribution. De retour en France, je nourris l'idée de créer une entreprise pour valoriser les invendus alimentaires. À Montpellier, en 2023, nous avons commencé avec des boulangeries, mais en deux ans, nous avons développé nos points de collecte, auprès de traiteurs, d’épiceries solidaires, d'usines de boulangeries, d’organisateurs d’évènements tels que Millésime bio ou le Siprho, salon professionnel de l'hôtellerie-restauration qui s’est tenu en mars au parc des Expositions, avec plus de 356 exposants. Je souhaite mobiliser plus de partenariats et lancer à un appel aux organisateurs d’événements qui veulent bénéficier d’une assurance anti gaspillage et être sûr qu’à la fin de leur manifestation, rien ne parte à la poubelle. Nous avons également besoin de financements pour acquérir notre propre camion frigorifique. Nous aspirons à créer un modèle solidaire où chaque morceau de pain, chaque plat préparé, trouvent une place dans la lutte contre les inégalités alimentaires et le gaspillage. De plus, je m’emploie à étendre mon concept et mon application : Pas perdu vient d’ouvrir une antenne à Lille.

Guillaume Clair-Caliot
Ingénieur en science de l’environnement, fondateur et gérant de l’entreprise Pas perdu
Personnellement, je suis satisfaite de savoir, que grâce à Pas perdu les étudiants peuvent bénéficier de notre pain de qualité
Estelle

Avec Vincent Foltier, nous sommes tous deux boulangers, fondateurs de Fol'Pain. Nous avons ouvert le 2 décembre 2025, c’est notre première année d’activité. Miches de pain, pains de graines, pain complet... Notre pain est élaboré avec de la farine T80 (bio, locale) au poids et à la coupe. L’idée de Guillaume est géniale ; pourquoi personne n’y a pensé plus tôt ? On a juste à les contacter via l’application et le lendemain, Mario vient récupérer entre un et deux sacs de pain, sauf les brioches ! L’intérêt pour nous est la gestion des pertes au lieu de jeter à la poubelle... surtout quand des gens meurent de faim et aussi de bénéficier d’un avantage fiscal. Le vendredi, le pain est destiné aux étudiants, or ma petite sœur est étudiante. Personnellement, je suis satisfaite de savoir, que grâce à Pas perdu les étudiants dans une situation délicate peuvent bénéficier de notre pain de haute qualité qui se conserve bien ! Notre éthique : bien manger, consommer local et saisonnier. Que les amis de ma sœur profitent de cette chaine de solidarité, c'est gratifiant !

Estelle Ropa
Boulangère, co-fondatrice de la boulangerie Fol’Pain
Cela fait deux ans que nous travaillons avec Pas perdu ; les gens sont contents d’avoir du bon pain, c’est mieux que le pain de mie industriel !
Elisabeth

Panier Babel est une épicerie sociale du quartier Gambetta, gérée par l’Association familiale d’entraide protestante. Les bénéficiaires sont des personnes dans le besoin qui nous sont adressées par des travailleurs sociaux de l’association Gammes. Panier Babel ouvre tous les mercredis et fonctionne grâce à Myriam, Mireille, Pierre, Maïté, Joël, Catherine, Jacqueline, Pierrette, Marie-France… Les bénévoles ! Nous aidons 60 familles chaque semaine, soit 180 personnes. Je suis bénévole depuis octobre 2025, je tiens la caisse. Je me sens utile ; peu à peu, je connais les personnes. C’est un lieu à taille humaine, convivial et familial. Nous proposons des fruits et légumes et de l’épicerie fournis par la Banque alimentaire. On essaie de varier notre offre, mais en ce moment il n’y a ni lait, ni œufs. Cela fait deux ans que nous sommes partenaires avec Pas perdu. Les gens sont contents d’avoir du bon pain, c’est mieux que le pain de mie industriel ; parfois, nous récupérons des viennoiseries. Ici les gens peuvent choisir... 12 clémentines, c'est 20 centimes. Les endives ne partent pas… Quand le soir, il reste de la nourriture, nous la donnons à la pension de famille de l’Armée du salut du quartier. Le pain récupéré profite aussi au brunch du Babel café, un accueil ouvert à tous le dimanche matin, dans le quartier.

Elisabeth
Retraitée de la recherche scientifique et bénévole à l’épicerie sociale Panier Babel
Guillaume et Mario de Pas Perdu
Depuis trois ans, Pas perdu a réussi à sauver 80 tonnes de produits ! - © C. Marson
Guillaume et Mario de Pas Perdu
Depuis trois ans, Pas perdu a réussi à sauver 80 tonnes de produits ! - © C. Marson