Le 6 juin, vous avez été fait citoyen d’honneur de la Ville de Montpellier, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Diego Simonet : Cela me touche beaucoup. C’est tout simplement une des plus belles reconnaissances que j’ai eue dans ma carrière. Ca va au-delà du sportif, des titres remportés, c’est une reconnaissance de mes valeurs et de ce que je représente pour les habitants de Montpellier, pour la ville. J’en deviens un ambassadeur.
Quel est votre attachement à Montpellier et sa métropole ?
D.S. : On a décidé de rester ici. C’est la seule ville au monde qui peut remplacer Buenos Aires, là d’où l’on vient. C’est très dur d’être très loin de la famille, des amis, de nos racines. Mais on adore Montpellier. J’ai joué au Brésil, en Espagne à Alicante et à Ivry. Ici, je sentais une vraie différence. J’étais tout seul, un joueur étranger, j’ai eu beaucoup d’aide et je me suis intégré à la famille du Montpellier Handball. Petit à petit, j’aimais de plus en plus ce territoire. J’ai vite su que je voulais faire toute ma carrière ici, mais pour cela, il fallait être performant et montrer cet attachement pour le club et la ville.
Qu’est-ce qui est le plus important à vos yeux ?
D.S. : Le soleil ! À Ivry, je voulais arrêter le handball tellement le temps était gris, j’avais du mal à commencer la journée ! J’aime Montpellier, une ville à échelle humaine, une ville qui vie à toutes saisons, une ville étudiante, un cœur de ville dynamique, une ville touristique avec la plage, la montagne… Une ville où je me sens aussi en sécurité. Un cadre de vie idéal où nous voulons faire grandir nos trois enfants avec ma femme Sol.
Pourquoi avoir décidé d’arrêter le handball ?
D.S. : J’ai 36 ans, mais j’aurais pu continuer, je m’en sens capable. C’était une de mes meilleures saisons, dans le top 3 de ma carrière. Le 6 juin, à la Sud de France Arena, l’hommage qui m’a été rendu pour mon dernier match, c’était beaucoup de larmes, d’émotions, d’affection, le meilleur moment de ma carrière sportive. Plus que la Ligue des champions ou les Jeux olympiques… C’était le bouquet final de tout mon parcours ! Ma priorité aujourd’hui, c’est ma famille.
Comment avez-vous fondé votre famille à Montpellier ?
D.S. : J’ai connu ma femme en Argentine quand j’étais en vacances à Buenos Aires lors de ma première saison au MHB. Au début, c’était compliqué car elle n’avait pas de visa et ne pouvait pas rester plus de trois mois. Elle pleurait chaque fois qu’elle sortait de l’ambassade. C’est Remi Levy, ancien président du club qui nous a aidés à l’époque pour nous pacser. Elle a pu s’installer avec moi lors de la deuxième saison à Montpellier. Elle est architecte d’intérieur, elle travaillait en Argentine, elle a tout arrêté pour m’accompagner. Elle ne connaissait pas le hand. Mais depuis son premier match au FDI Stadium, elle n’en a pas loupé un seul !
Elle s’est vite adaptée à la vie à Montpellier ?
D.S. : Oui, elle adore Montpellier. D’ailleurs son adaptation me surprend. Elle ne parlait pas français, pendant six mois, elle a pris des cours intensifs, maintenant elle parle mieux que moi, avec moins d’accent... Elle a sacrifié sa vie personnelle pour être avec moi, nos trois enfants sont nés à Montpellier, elle les a élevés… Aujourd’hui, c’est à son tour de s’accomplir professionnellement.
L’après handball ne vous fait pas peur ?
D.S. : Non, j’ai décidé de passer à une autre vie. C’est un nouveau défi. Pour réussir quelque chose, il faut créer, se réinventer, se mettre un peu en difficulté. C’est comme ça que les choses arrivent, je me sens prêt. Je suis impatient de ce qui va venir.
À quoi va ressembler cette nouvelle vie professionnelle ?
D.S. : Finis les grands déplacements, les plannings à la semaine ! Mes journées sont simples aujourd’hui. J’emmène mes enfants à l’école et ensuite, je travaille dans mon bureau, une petite dépendance à côté de chez moi, jusqu’à 17h.
Quelles sont vos activités ?
D.S. : J’ai une entreprise de jeux de société et j’ai lancé une application de musique, iDisko pour que les gens en télétravail puissent échanger et se rencontrer.
Comment est né ce projet ?
D.S. : J’ai eu cette idée quand j’étais au Brésil, seul, j’ai eu du mal à apprendre la langue, je ne pouvais pas sortir en tant que joueur professionnel de handball… Avec iDisko, on veut briser les barrières géographiques et culturelles en connectant les personnes du monde entier grâce au pouvoir de la musique. Notre objectif est de créer une communauté où chaque utilisateur peut partager sa passion pour la musique, se faire de nouveaux amis et vivre des moments inoubliables, le tout dans le confort de son foyer.
Où en est le développement d’iDisko ?
D.S. : Nous l’avons lancé en janvier et nous avons déjà plus de 14 000 utilisateurs. Je suis fan de technologie depuis toujours. Je m’intéresse notamment à l’IA. C’est le futur, il faut se mettre à jour. C’est un formidable outil de démocratisation. Il permet à tous de créer, de lancer ses idées.
Votre autre passion, ce sont les jeux ?
D.S. : Oui, le point commun avec iDisko, c’est la connexion entre les gens. J’ai découvert le monde des jeux de société en France, à Lud’M, rue de l’Ancien Courrier notamment. À chaque fois, j’en amenais des nouveaux en Argentine : Loup garou, Ticket to ride, Time bomb… En famille ou avec l’équipe nationale, après le diner, on se mettait autour d’une table, sans les portables, pour jouer. En équipe d’Argentine, les jeunes joueurs discutaient avec les plus anciens, c’est un moyen de se réunir, de s’intégrer, de créer un collectif… C’est devenu une institution. À Montpellier aussi.
Combien de jeux avez-vous créés ?
D.S. : Déjà trois avec ma société d’édition Ds4games : 1812 Argentina (l’année de création du drapeau de l’Argentine), Les secrets de la Tour Eiffel et Olympikos, pour lequel on ambitionne de devenir le jeu officiel des Jeux Olympiques … Et ce n’est pas fini. J’ai rencontré Antonin Boccara, un auteur de jeux de société très reconnu en France. Il a envie de développer des jeux dans le sport, de les présenter à des fédérations pour mettre en avant leur image, créer des moments conviviaux…
La page du handball est définitivement tournée ?
D.S. : Non. Je ne reviendrai pas sur le terrain, mais j’ai envie de rester proche du MHB. Ce club a un potentiel énorme, j’aimerais l’aider à se développer. J’ai un diplôme de gestion et management sportif passé en Argentine, je voudrais apporter à ce club autant qu’il m’a apporté. On va prendre le temps de réfléchir. Mais quoi qu’il arrive, on me reverra au FDI Stadium, je serai un nouveau Blue fox !