Rockstore : "notre modèle économique repose sur un équilibre précaire mais on continue !"

03-10-26 - 06:33
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La salle mythique de la rue de Verdun à Montpellier fête ses 40 ans d'existence en ce mois d'octobre. Cela se traduira notamment par quatre soirées événementielles côté concerts. Le 3 octobre, il y a donc quatre décennies jour pour jour, la Cadillac rouge prenait place dans la façade de l'établissement. Un point d'ancrage connu de tous les Montpelliérains, rockers ou non. Rencontre à cette occasion avec les gérants du lieu.
Les gérants du Rockstore
Inoxydables, les gérants du Rockstore sont guidés par la passion - © L. Séverac
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Les années passent et vous êtes toujours là. Inoxydables. Où allez-vous chercher cette passion pour continuer à gérer ce lieu mythique ? 

Stéphane Al Mallak : La réponse est dans la question, c'est la passion. Mais la passion use. Peut-être que les difficultés incessantes nous ont permis de ne jamais nous endormir et de garder cette fibre. Il y a quelques jours, on a reçu Arrested Development. On sait pourquoi on fait ça. Elle est là la motivation. Tous les jours, c'est difficile. Mais on se bat pour des instants magiques. C’est ce qui nous entretient, mais qui nous fatigue aussi.

Quand vous vous êtes réunis pour définir comment marquer les 40 ans du Rockstore, vous avez pensé à quoi ? 

Laurent Sauvagnac : Des concerts ! On a pensé à ce qu'on pourrait faire sans que ça soit trop chaud financièrement et ce que cela pouvait apporter. Parce qu'aujourd'hui, on est tendu sur les finances. Mais il fallait que l’on marque le coup. On ne fait pas un tel anniversaire chaque année.  

Vous auriez pu rester juste sur un week-end. Alors que là, quand on voit la programmation affichée en façade du Rockstore, il y a quand même du lourd.  

Antoine Winling : C’est la programmation normale. L'anniversaire est vraiment sur les 4 jours du 14 au 17 octobre. On avait décidé de bloquer cette semaine-là pour faire comme un multi-festival des 40 ans du Rockstore, avec des esthétiques musicales différentes, avec des publics différents. On tenait à ce qu’il y ait des groupes locaux et un événement gratuit pour le premier soir. Les autres soirées sont payantes. Il y a deux soirs plus orientés, musique électronique avec des DJ internationaux français, mais qui tournent à l'international (Vladimir Cauchemar et Étienne de Crécy, entre autres). Et le samedi, c’est un groupe local bien connu des Montpelliérains mais avec une dimension internationale : Rinôçérôse. Ils étaient déjà là pour les 20 ans du Rockstore.

Ils ont accepté tout de suite ? 

Stéphane Al Mallak : Oui. Ils ont sorti un nouveau disque l'année dernière et ils n'avaient pas joué à Montpellier. Tout cheminait dans le même sens. C'était une manière de finir cet anniversaire en beauté. D’ailleurs, leur histoire a commencé ici. L'idée même de Rinôçérôse est née musicalement au Rockstore, lors d’une soirée à l’étage. 

Banner 40 ans du Rockstore

Au-delà de cet anniversaire, qu'en est-il aujourd'hui du modèle économique du Rockstore ? Vous avez affronté avec succès de nombreuses intempéries budgétaires mais où en êtes-vous aujourd’hui ? 

Stéphane Al Mallak : Le modèle économique du Rockstore reposait sur un équilibre précaire qui était établi entre le club, la discothèque donc, et les concerts. Parce qu'on fait quand même beaucoup de concerts d'artistes émergents, qui ne sont pas forcément rémunérateurs. Cet équilibre-là a été rompu depuis quelques années à cause d'une chute vertigineuse de l'activité discothèque. Ce n’est pas le Rockstore qui est touché, c'est une réalité à l’échelle européenne. Les habitudes des gens ont évolué. On essaye de retrouver un nouvel équilibre. La vérité, c'est qu'il faut créer de l'événementiel. Alors on s'y emploie. Mais le Rockstore, c'est quand même un gros bateau. Pour changer, il faut du temps et pour rebondir, il faut se réinventer. 

Aujourd’hui, combien êtes-vous dans l’équipe Rockstore ?

Laurent Sauvagnac : Nous sommes trois et demi. On a eu un départ cet été avec Olivier Laurent qui a pris sa retraite. On ne l’a pas remplacé. On s’est un petit peu réparti les tâches. 

Est-il est possible de se rapprocher d’autres salles pour mutualiser certains coûts ? 

Stéphane Al Mallak et Antoine Winling: Nous avons une façon de fonctionner complètement différente par rapport à toutes les salles qui nous entourent. La seule qui nous ressemble un peu, c’est le Bikini, à Toulouse. C’est plus grand mais ils font quand même une activité clubbing événementielle forte le week-end, et ils ne sont pas gênés par les extérieurs puisqu'ils sont en pleine zone, pas comme nous en centre-ville. Après, pourquoi pas être intégrés à un dispositif de réflexion avec d'autres salles à Montpellier, sur les musiques actuelles pour une politique globale sur les musiques actuelles. On pense être complètement légitimes. 

Vous êtes déjà sur la programmation de 2027 ? 

Laurent Sauvagnac : Oui, au niveau des concerts, nous avons toujours de 12 à 18 mois d'avance. Tout n’est pas bouclé, mais ce n'est pas loin. 

Stéphane Al Mallak, Laurent Sauvagnac et Antoine Winling : On est dans une économie de guerre. C'est une période qui n'est quand même pas facile. C'est pour cela qu’on a sollicité le soutien de la puissance publique. Ce qu'on n'avait jamais fait jusqu'à maintenant. Parce qu'on a toujours réussi à être en autonomie, toujours à l'équilibre. Aujourd'hui, cet équilibre, on ne l'a plus. En face de nous, on a des structures, je veux dire nationalement, qui font la même activité que nous. On a des structures qui sont complètement soutenues par le public, ce qui n'est pas notre cas. L’aide qui a été apportée est nécessaire et elle est la bienvenue. On remercie la Ville de Montpellier, la Région Occitanie aussi. Sans l’aide de la mairie, aujourd’hui, nous n’existerions certainement plus.  

À qui appartient le Rockstore ?

La salle de concerts de la rue de Verdun a pour propriétaire des murs la Ville de Montpellier depuis 2008. Sous l’impulsion de Michaël Delafosse, alors adjoint à la Culture, la collectivité avait fait l’acquisition de la salle rock mythique auprès de propriétaires privés, afin de la préserver d’éventuelles spéculations immobilières. Par ailleurs, le fonds de commerce et l’exploitation de la salle sont sous la responsabilité de la société privée SEPM (société d'exploitation et de production musicale) Rockstore. Elle est présidée par Stéphane Al-Mallak, et elle a Antoine Winling, pour actuel directeur général. Son père Philippe Winling (1953-2014) était un des cofondateurs et le gérant historique de cette salle née en 1986. 

Affiche programmation

Programme des 40 ans du Rockstore

  • Mercredi 14 octobre, à 19h :

Bonjour + Avalon Bloom + Off Center (rock alternatif / shoegaze / post-punk / local). 

  • Jeudi 15 octobre, à 19h :

Vladimir Cauchemar + Platine + Isaline (électro).

  • Vendredi 16 octobre, de 19h à 2h :

Étienne de Crécy + Kiddy Smile + Dylan Dylan + SL/AG + Baston (house / électro / french touch)

  • Samedi 17 octobre, à 19h :

Rinôçérôse & Friends (rock /électro) 

+ After Rinô DJ Club (soirée « clubbing » réservée aux plus de 18 ans). 

Plus d’infos : rockstore.fr

Mosaïque Odéon
La mosaïque Odéon rappelle une époque d'avant 1986 - © L. Séverac