Lou-Anna Reix : "À Montpellier, la collectivité favorise l’émergence de jeunes cinéastes"

09-05-26 - 17:00
Soutenu par le fonds ICC de la Métropole, le film de Lou-Anna Reix "Sous le Diamant la Crasse" sera à l'affiche du cinéma Nestor Burma à Montpellier le 11 mai 2026 à 19h. Cette jeune réalisatrice, engagée de longue date dans les causes féministes, sera aux côtés de deux autres cinéastes, dans le cadre d'une soirée consacrée au regard singulier que portent les femmes sur le monde. Entretien.
Lou-Anna Reix
© L.Séverac
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De quoi traite votre court-métrage Sous le Diamant la Crasse ?

Lou-Anna Reix : On suit Rosa, professeure de pole dance, le jour du gala de son école. Alors qu'elle jongle entre les douleurs provoquées par une infection urinaire et les répétitions de ses élèves, un élément inattendu va faire remonter un souvenir traumatique... Le film a une tonalité fantastique et reprend les codes du body horror, le corps qui se transforme, se révolte. Il y a eu un travail important de maquillage sur l'actrice principale. J'aime profondément l'idée que le corps puisse matérialiser les traumatismes psychologiques.

Vous avez 28 ans, mais déjà une longue carrière, avec une quinzaine de courts et moyens métrages. Quel est votre moteur ?

L-A. Reix : Je me considère comme une féministe activiste. Mes rencontres à la faculté ont été déterminantes pour réfléchir aux systèmes de domination que subissent les femmes et les minorités au quotidien. La pensée queer est pour moi une porte d'entrée vers la dénonciation des injustices, cela irrigue mes films autant que ma vie.

Votre engagement dépasse le cadre du cinéma. Pourquoi ?

L-A. Reix : Ma famille m’a transmis une culture militante. S'engager donne du sens à la vie. Je crois profondément que le monde associatif constitue un contre-pouvoir efficace. L'action collective, c'est ce qui me porte. Depuis quelques années, je fais partie d'un collectif queer et féministe qui sillonne la région avec un bar itinérant, L'Ultraviolette. Nous nous arrêtons dans les villages pour proposer des performances, des projections, des débats. Et l'accueil, même dans les campagnes, est souvent très chaleureux. Très peu de communes nous ont refusé l'autorisation de nous installer sur une place publique. 

Un tournage est lui-même une forme de collectif. Comment cela se passe-t-il ?

L-A. Reix : Tous mes films précédents étaient auto-produits et je les considère comme des travaux d'apprentissage. Sous le Diamant la Crasse est le premier tourné de façon véritablement professionnelle, avec un producteur (Hinano Films) et un budget conséquent. L'équipe a été rémunérée, j'ai découvert le droit du travail sur un plateau, là où tout était un peu free-style avant... Pour le réaliser, j'ai reçu le soutien du Fonds d'aide ICC de la Métropole de Montpellier, qui a été déterminant.

En quoi ce soutien a-t-il changé les choses ?

L-A. Reix : C'est la seule aide publique qui m'ait été accordée, et elle a couvert la moitié du budget du tournage, c'est considérable. À l'heure où la culture subit de plein fouet les restrictions budgétaires, il est réconfortant de savoir qu'à Montpellier, la collectivité s'engage et permet l'émergence de jeunes cinéastes.

Sous le diamant la crasse
La comédienne Leslie Granger s'est prêtée avec patience aux longues heures qu'exigeait le maquillage - © Hinano Films

2026 est aussi l'année de votre premier roman. C'est une aventure différente ?

L-A. Reix : Complètement différente. De ma Lozère natale, je suis arrivée à Montpellier pour suivre un double cursus en lettres modernes et en cinéma, puis j'ai été formée au scénario à la Cité Européenne des Scénaristes de Bagnolet. Mais écrire un roman, c'est autre chose. Je peux écrire à la première personne, c'est libérateur. Cyrielle Brume, mon personnage principal, rencontre sur le Causse Méjean une Kurde en exil. Toutes deux rejoignent la lutte contre l'A69. Un sujet qui me tient à cœur. Ce roman, premier tome d'une trilogie, a lui aussi une dimension fantastique.

Pourquoi votre éditeur vous a-t-il choisie ?

L-A. Reix : Hall12 est une jeune structure implantée à Fabrègues, ouverte aux auteurs qui portent un regard singulier sur le monde. Je pense que mon univers correspond à leur ligne éditoriale. Les rapports sont très fluides, c'est une petite équipe chaleureuse et bienveillante. Un collectif, en quelque sorte… encore.

Cyrielle Brume
"Cyrielle Brume" de Lou-Anna Reix est parue en janvier 2026 - © Hall 12

Le cinéma reste-t-il votre mode d'expression privilégié ?

L-A. Reix : Complètement. Je prépare un long-métrage, Les Sœurs Zemganno, l'adaptation libre d’un roman d'Edmond de Goncourt. L'action se déroule dans le monde du cirque, autour d'un corps blessé et de la façon de se le réapproprier. Le livre d'origine est profondément misogyne et ma version se veut une réponse féministe. Et là encore, j'ai pu compter sur le soutien du Fonds d'aide de la Métropole de Montpellier !

LES DEUX AUTRES FILMS AU PROGRAMME

Twilight Ladies

Documentaire d'Alexe Liebert et Alain Soldeville 

Dans les années 1950, la communauté transgenre de Singapour commence à s'établir dans le quartier de Burgis Street. Attirés par la réputation de la rue surnommée "le Montmartre de Singapour", les touristes et les marins du monde entier viennent s'y distraire jusqu'à l'aube et se laissent séduire par les femmes trans, habillées comme des divas. Au début des années 1980, un projet de rénovation urbaine prévoit la destruction de ce quartier. 

 

En mille pétales

Court-métrage d'animation de Louise Bongartz 

Seule dans son appartement, une femme est perdue dans ses pensées. Un papillon vient perturber le silence. La jeune femme l'écrase machinalement. Elle entame sa routine matinale, à cela près que des pétales parsèment l'appartement. Ses gestes laissent entrevoir des marques sur son corps. Les insectes décoratifs de la salle de bain prennent vie et l'accompagnent quand elle se décide à faire peau neuve, en retirant ses stigmates...

Film ayant reçu le Magritte (récompense belge) du meilleur court-métrage d'animation 2025. 

 

Cinéma Nestor Burma
2 rue Marcellin-Albert (Montpellier)

>> Accès Tramway, ligne 3, station "Celleneuve". 

Réservation conseillée ici 


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