Horizons Partagés, le festival qui fait du court-métrage un pont entre les cultures

09-06-26 - 15:00
Deux jours, 16 films, 10 pays. Les 12 et 13 juin, le centre Rabelais à Montpellier accueille la première édition d'Horizons Partagés, le festival international du vivre ensemble, soutenu par la Métropole de Montpellier, qui place le dialogue entre les peuples au cœur de sa programmation.
Horizons Partagés
© Florian Roche
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L'idée est presque contre-intuitive à l'heure où les débats publics résonnent de crispations identitaires et de méfiances réciproques : et si le cinéma, format court compris, restait l'un des rares espaces où l'on accepte encore de se laisser surprendre par l'autre ? C'est le pari qu'ont choisi de relever les organisateurs du festival Horizons Partagés, convaincus que l'écran peut faire ce que les discours peinent souvent à accomplir. « Ce n’est pas seulement un festival de cinéma, c’est une invitation à découvrir l’autre avant de le juger, à comprendre avant de rejeter  », explique Matthieu Masset, directeur du festival, qu’il organise avec Echo Visuel Association.  

La notion de vivre-ensemble

Durant deux jours, au centre Rabelais, le festival mettra en compétition seize courts-métrages n'excédant pas une quinzaine de minutes, venus de France, d'Europe (Espagne, Italie, Russie, Biélorussie) mais aussi de Chine, d'Iran, du Liban… Des œuvres de cinéastes souvent émergents, qui donnent à voir leur monde depuis des horizons très différents. Pour cette première édition, le fil conducteur est la notion de vivre-ensemble, un thème volontairement large, qui laisse la place à des angles aussi divers que la discrimination, la laïcité ou la pression du groupe.

Parmi les réalisateurs en compétition, quelques profils se distinguent. L'Italien Daniele Fabietti signe Milo, film de fin d'études sur un garçon de neuf ans qui déteste ses taches de rousseur jusqu'à ce que sa mère lui invente une légende les reliant à une carte de l'Atlantide. Cette fable douce sur l'acceptation de soi et la différence a déjà été récompensée en Italie. La Française Isabelle Vossart, dont le scénario de Dans un souffle avait remporté le Prix du Jury et le Prix du Public au Festival Rêves de Court, plonge quant à elle dans l'adolescence. Son film suit la fin de l'amitié entre deux meilleurs copains de 12 ans, sur fond de jeu du foulard.

Milo
"Milo", de Daniele Fabietti - © D.R.

Un cinéma inclusif

L'Espagnol Domingo Pisón, lui, apporte une dimension supplémentaire à la sélection. Réalisateur sourd de naissance, premier étudiant sourd diplômé en communication audiovisuelle en Espagne, il présente Je vois l'obscurité, un film qui prolonge son engagement pour un cinéma plus inclusif et plus attentif aux réalités invisibles. 

Le nom le plus connu de la sélection est sans doute celui de l'Italien Maurizio Braucci, scénariste de Gomorra (récompensé à Cannes), lui-même lauréat d’un Ours d'argent du meilleur scénario pour La paranza dei bambini à la Berlinale 2019. Il se présente ici dans un registre inattendu, celui du court-métrage de terrain. Pas un de plus, tourné à Naples avec une équipe et des adolescents locaux, raconte comment un réalisateur écrit avec des jeunes le scénario d'un spot contre la violence armée. Un scénario que les arguments des adolescents transforment au fil des séances, mais dont la fin tragique, elle, reste inchangée.

Le syndrome de l'aidant

Ces quelques noms ne donnent qu'un aperçu d'une sélection bien plus riche, qui fait cohabiter des cinéastes déjà aguerris et de toutes premières œuvres, des films autoproduits et des productions plus structurées. C'est précisément cette diversité de parcours et d'origines qui donne sa texture à Horizons Partagés. Et parmi les seize films en compétition, l'un d'eux a été tourné à quelques kilomètres du centre Rabelais. À bout de forces, deuxième court-métrage autoproduit de la Montpelliéraine Sophie Roubaud, rappelle que le regard sur le monde peut aussi partir d'ici.

Infirmière de métier, inscrite à l'école Le Plateau à Montpellier, Sophie Roubaud a mis en images le syndrome de l'aidant, ce mal silencieux mais dévastateur. « Je me suis nourrie de l'expérience acquise dans mon métier. J'ai utilisé parfois des phrases, au mot près, que j'ai entendues chez mes patients. » Sa sélection à Horizons Partagés en a entraîné deux autres puisqu’ À bout de forces est désormais attendu dans deux festivals supplémentaires. « C'est un encouragement », confie cette trentenaire qui a décidé de se consacrer au cinéma.

A bout de Forces
Le comédien Frédéric Saurel dans "À bout de forces" de Sophie Roubaud - © Anthony Briand

Une sélection éclectique

À l'issue de ces deux jours, plusieurs récompenses seront décernées. Le jury, présidé par le documentariste belge Patric Jean, réunit des personnalités éclectiques. On y trouve notamment Habib G. Guabintani, connu du grand public pour son rôle d'Idriss Salem dans Plus belle la vie, encore plus belle, ou encore Marion Stamegna, directrice de casting. Les jurés ont déjà visionné l'ensemble de la sélection. « Elle est très éclectique, constate Marion Stamegna. Ce sont des univers très variés. Beaucoup de cultures se croisent et se rejoignent autour de thèmes universels. Je ne regarde pas si un film est techniquement abouti, je préfère l'émotion qu'il me procure ».

Horizons Partagés ne surgit pas de nulle part. Derrière le festival, on retrouve à l'origine L'Envers du décor, un festival qui donnait la caméra à de jeunes Héraultais en voie d'insertion pour réaliser des courts-métrages autour des valeurs de la République. Une formule qui avait même valu à sa première édition le Prix de la Laïcité de la République française. « Horizons Partagés marque une mue, indique Matthieu Masset. Après avoir donné la parole à des jeunes du territoire, l'équipe ouvre désormais une fenêtre sur le monde ». 

La jeunesse, au cœur du projet 

L'esprit de L'Envers du décor demeure. Parallèlement aux projections, le festival proposera des rencontres pour approfondir les thématiques abordées à l'écran et retrouver ce public de jeunes qui était au cœur du projet originel. Le vendredi, une table ronde sur la laïcité (15h30) précédera une masterclass sur le cinéma inclusif (18h). À la table ronde participera notamment Véronique Baudot-Pons, référente laïcité de la Protection judiciaire de la jeunesse de l'Hérault, qui voit dans le cinéma un outil pédagogique à part entière : « Il nous permet de voir que la laïcité est une notion qui fonde d'autres pays, même si les modèles ne sont pas forcément basés sur le nôtre. » Une soixantaine de jeunes issus des missions locales de Montpellier et de Bédarieux, ainsi que des jeunes suivis par la PJJ, assisteront au festival.

L'entrée au festival Horizons Partagés est entièrement gratuite, de 10h à 21h les 12 et 13 juin au Centre Rabelais, 27 boulevard Sarrail, à Montpellier. 

Demi Portion
UNE PROJECTION SPECIALE

Dans le cadre du festival Horizons partagé, aura lieu la projection en avant-première le 12 juin à 20h, du court-métrage Tout ce que j'sais faire, d’Hector Humblot, film soutenu par le Fonds d'aide à la création ICC de la Métropole de Montpellier. Le premier rôle est tenu par le rappeur Demi-Portion aux côtés d’Oxmo Puccino et Mokless. La projection sera accompagnée d'une discussion avec le réalisateur et d'Ephrem Koering, réalisateur du court-métrage Finir au Soleil également projeté lors du festival. 


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