Elle porte le même patronyme qu’elle, a aussi connu dès 1976 l’influence de l’univers rock et artistique new-yorkais, elle est septuagénaire, souvent vêtue de noir et a de longs cheveux blancs poivre et sel. Elle avait une mère chanteuse et demeure très attachée à la nature. Ce pourrait donc être la chanteuse Patti Smith, mais c’est en réalité Kiki Smith. Fille d’un sculpteur et d’une chanteuse lyrique, cette artiste américaine est née en Allemagne. Elle a été parmi les témoins des premiers ravages de l’épidémie du sida. Sa représentation du corps s’en trouve certainement modifiée et son travail multiforme ouvre une large part à la vulnérabilité, la blessure, le mal être. Qu’elle sculpte ou grave, illustre et photographie, écrit ou tapisse, elle interroge le corps féminin, de son anatomie jusqu’à la trace laissée en passant par son animalité. Il est souvent inquiétant ou mis à l’épreuve. Elle explore le corps mais aussi le vivant et notre relation à la nature.
Figure internationale de l’art contemporain
Le vernissage de l’exposition de Kiki Smith, être ici|maintenant |partout, a eu lieu le 13 juin au MO.CO. et, en dépit de ce titre au don d’ubiquité, l’artiste n’était pas là. C’est donc à Numa Hambursin, le directeur général, qu’il revint le privilège de présenter cette figure internationale de l’art contemporain, insuffisamment connue du grand public, dont les travaux sont à voir jusqu’au 11 octobre. Sa venue au MO.CO. n’aurait pas été possible sans le soutien de la galerie parisienne Lelong, où l’artiste a déjà exposé une dizaine de fois.
De l’intime au cosmique
Après avoir remercié les nombreux préteurs (dont l’université de Montpellier), les partenaires et les mécènes de la fondation du MO.CO., Numa Hambursin a précisé que cette exposition rassemble « plus de 150 œuvres représentant une quarantaine d’années de production. Depuis les années 1980, Kiki Smith a développé un travail autour du corps, souvent féminin, de son anatomie, de son empreinte, autour de la fragilité humaine, de la nature et des grands récits symboliques ». Pour lui, Kiki Smith « ne s’est jamais enfermée dans un art qui ne serait que militant. Son œuvre est toujours ouverte à quelque chose de plus vaste : les mythologies, les contes, le monde animal, les étoiles, le cycle naturel. Elle navigue très facilement du très intime au cosmique, avec une porosité, une absence de linéarité, une hésitation que l’exposition a voulu conserver ». De nombreuses salles en témoignent comme celle qui accueille son bronze de 1992 : Black madonna.
Préserver l’exigence artistique
Absente, Kiki Smith a néanmoins travaillé de près sur cette installation et a laissé un texte lu par Numa Hambursin. « J’ai pris beaucoup de plaisir à voir ces œuvres réunies à nouveau et sous un jour différent. J’aime constater que mon travail continue à avoir sa propre vie, s’inscrivant au fil du temps dans de nouvelles conversations et de nouveaux contextes », assure l’artiste.
Vice-président de la Métropole délégué à la Politique culturelle, Éric Penso a souligné « l’immense fierté d’accueillir l’exposition monographique de Kiki Smith qui nous parle de notre condition humaine, de notre fragilité et de notre capacité de transformation. C’est la démonstration du chemin parcouru par le MO.CO. qui s’est imposé dans le paysage artistique national et le fruit d’un travail collectif remarquable ». Il termina son propos sur une note plus politique. « Dans un contexte financier contraint, nous avons choisi de préserver l’exigence artistique tout en optimisant l’action publique. La direction artistique du Carré Sainte-Anne a été confiée au MO.CO., le partenariat renforcé avec le Frac Occitanie Montpellier et les rapprochements engagés dans la danse et le théâtre illustrent cette démarche. Ces coopérations ont permis de réduire les coûts des structures afin de consacrer davantage de moyens aux artistes, à la création et au public. »
>>> L’exposition de Kiki Smith être ici|maintenant |partout est à découvrir au MO.CO, au 13 rue de la République, du mardi au dimanche de 11h à 19h, jusqu’au 11 octobre 2026.