Quelle est l’importance de cette exposition Le design selon Pierre Paulin 1927-2009 ?
Benjamin Paulin : On est ici dans un musée d’art. C’est la première fois que le musée Fabre propose une exposition de design. C’est un formidable prélude à l’année 2027 qui sera le centenaire de Pierre Paulin, durant laquelle nous allons avoir une constellation d’expositions, essentiellement à Paris.
Pourquoi avoir choisi Montpellier ?
B.P. : C’est formidable d’avoir ce coup de départ à Montpellier, un peu à domicile pour nous. Mon père a vécu à Montpellier, il est mort à Montpellier en 2009 et à une heure et demi de Montpellier, dans les Cévennes, à Saint-Roman-de-Codières, il y a construit sa maison (domaine de La Calmette inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques depuis le 18 octobre 2018). Il y a une relation assez forte avec Montpellier, ça fait sens pour nous d’avoir cette exposition ici.
Que raconte cette exposition au musée Fabre ?
B.P. : L’idée de Florence Hudowicz, commissaire de l’exposition, conservatrice en chef du patrimoine au musée Fabre, est de raconter de manière chronologique l’œuvre de mon père et surtout, de mettre en transparence les époques, comment son travail se télescope avec celui d’autres créateurs comme Courrèges par exemple. C’est très intéressant. Cela permet aux gens qui ne pensent pas avoir d’intérêt pour le design, de comprendre un peu mieux les contours de cette histoire. Cette exposition explique notamment que le design, ce n’est pas la décoration. Ce sont deux choses très différentes.
Qu’est-ce que le design ?
B.P. : Le design, c’est quelque chose de l’ordre du service, quelque chose qui doit venir changer la vie des gens. Les designers comme mon père, et il y tenait particulièrement, réfléchissent aux problématiques des gens, essayent d’améliorer leur quotidien. Dans cette exposition, à travers le design de mobilier, mais c’est la même chose pour toutes les approches du design. Tout est design. Il y a un designer pour chaque objet du quotidien, chaque chose qui nous entoure. Le design concerne absolument tout le monde et absolument tout.
« Mon objectif, c’était le service public, dans le sens de « servir le public » (…). J’étais un petit boy scout, un produit type de cette génération obsédée par la construction sociale. »
Pierre Paulin
Quel est le style de votre père ?
B.P. : Beaucoup de gens pensent « pop », mais mon père n’était pas du tout quelqu’un qui avait cette approche. Il refusait de faire partie de mouvements. Ce qui l’obsédait, c’était de servir. Justement, de ne pas se positionner ni comme un artiste, ni comme un faiseur.
Qu’est-ce qui va être organisé pour le centenaire de Pierre Paulin ?
B.P. : Plein de choses après cette exposition qui me ravit à Montpellier. On espère notamment marquer ces 100 ans le 9 juillet 2027, avec l’ouverture du Centre de conservation Pierre Paulin, dans les Cévennes. Il est en construction sur la propriété familiale, conçu par l’architecte Pierre Louis Faloci, qui a construit aussi la maison où on habite à Paris, ancienne demeure de l’architecte Jean-Michel Wilmotte. Le bâtiment dans les Cévennes fera près de 700 m2 et on montrera un maximum de pièces.
Que représente le Fonds de dotation Pierre Paulin ?
B.P. : On l’a développée en famille récemment avec ma mère Maïa. Il raconte l’œuvre de Pierre Paulin dans son entièreté, la défend au-delà des intérêts commerciaux. C’est très important pour nous. Nous le dirigeons avec Alice, ma femme et Elsa Janssen, qui dirigeait le musée Yves Saint-Laurent. Ce fonds a pour vocation de diffuser et d’enrichir la connaissance de l’œuvre de mon père avec ce futur Centre de conservation notamment. On a acheté beaucoup de pièces ces dernières années, mais on n’avait pas de lieu pour les stocker. On a une collection de 350 pièces aujourd’hui, une trentaine de pièces nous appartiennent dans cette exposition au musée Fabre, comme son premier fauteuil de 1952.
Et la société Paulin, Paulin, Paulin ?
B.P. : Avec Paulin, Paulin, Paulin, on édite des pièces. Comme celle que vous voyez au centre de l’exposition, la réinterprétation de Vidéo Barnum, une pièce hors format. On s’est concentré sur les pièces impossibles, les utopies industrielles que mon père avait tenté de faire exister, mais qui n’avaient pas pu voir le jour à l’époque. Il y a d’autres éditeurs comme Ligne Roset ou Artifort par exemple, qui continuent à œuvrer chacun avec les collections de Pierre Paulin qui leur sont propres.
Quelle réalisation de votre père marque ses débuts en tant que designer ?
B.P. : La Tongue chair est une pièce très importante. C’est l’aboutissement de toute sa recherche sur la structure tubulaire, la mousse moulée Pirelli et le textile extensible en jersey, qui est vraiment sa grande trouvaille. À partir de 1957, il découvre ce textile extensible et ça lui donne l’idée d’utiliser des structures tubulaires pour créer le squelette de ses chaises. La mousse moulée Pirelli, qu’il prend de l’industrie automobile, est utilisée pour le confort de ses structures tubulaires. Les tissus extensibles, qu’il emprunte à l’industrie des maillots de bain, épouse les corps. Cela lui permet de développer cette vision sculpturale et fonctionnelle du design qui n’était pas possible avant car il y avait toujours un endroit moche qu’on devait mettre contre le mur, cacher. C’est ce qui l’obsédait car il a commencé sa carrière en étant sculpteur, il avait besoin d’imaginer la pièce sous tous les angles, ça le dérangeait qu’il y ait des disgrâces.
« Le meuble doit être d’abord utile à celui qui s’en sert et confortable. S’il y a de la poésie… c’est tant mieux… mais c’est en plus. »
Pierre Paulin
Quelle est la pièce qui vous a le plus marqué petit ?
B.P. : Le Tapis-siège, réalisé sous forme de prototypes en 1980 pour notre maison des Ursulines à Paris, qui est dans l’exposition du musée Fabre. C’était une pièce formidable. Quand les gens venaient chez nous, il n’y avait que ça, c’était le canapé. Cela pouvait être surprenant. Quand mon père travaillait sur l’hôtel de Ville de Paris, Jacques Chirac s’y est assis par exemple, il n’y avait pas d’échappatoire. Les gens sont ou très à l’aise ou très mal à l’aise… C’est très révélateur.
Le design selon Pierre Paulin 1927 - 2009
À découvrir jusqu'au 1er novembre 2026 au musée Fabre, bd Bonne Nouvelle, du mardi au dimanche, de 11h à 18h.
Entrée générale : 12 euros.
Pass Métropole : 9 euros.
Commissariat de l'exposition : Florence Hudowicz
Scénographie : Maud Martinot
Graphisme : Estelle Maugras, Balam
Les partenariats
Le fonds Pierre Paulin
Les Manufactures nationales - Sèvres Mobilier national
Plus d’infos : museefabre.fr
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