Marc Bloch est entré au Panthéon le 23 juin dernier, 82 ans après son exécution par la Gestapo, le 16 juin 1944 dans l’Ain. Le 15 juillet, une cérémonie d’hommage s’est tenue sur le parvis qui porte son nom depuis sa rénovation à l’initiative de la Ville de Montpellier, devant l’Atrium de l’université Paul-Valéry.
Michaël Delafosse a rappelé à l’assistance que son accueil à Montpellier, où il avait obtenu entre 1942 et 1943 un poste de professeur, « a été marqué par une controverse avec le doyen de l’époque, Augustin Fliche. Elle n’était pas liée aux origines de Marc Bloch, mais d’ordre épistémiologique ». Au sujet du fondateur de l’école des Annales, le maire de Montpellier dira que « notre ville ne lui a pas réservé le meilleur des accueils. Non pas parce qu’il était un historien juif, il ne le disait d’ailleurs jamais, mais il a subi avanies, insultes et outrances, dans un climat d’antisémitisme qui existait aussi en zone libre ». Aussi, lorsque ce parvis a été réaménagé, la Ville de Montpellier a souhaité avec l’accord de la présidente de l’université « rendre justice à la mémoire d’un grand professeur d’histoire que la faculté de Lettres avait accueilli parfois mal ». Le nom de Marc Bloch était déjà inscrit dans l’espace public : une école à La Paillade et une résidence de logements sociaux sur les Hauts de Boutonnet.
Réseaux de la Résistance
« Marc Bloch a profondément révolutionné l’enseignement de la discipline historique et a rappelé que les sciences humaines et sociales sont importantes dans toute société », complète le maire de Montpellier. Puis, il a évoqué ce livre de Marc Bloch, dans la collection Quarto de Gallimard, où figurent les textes inédits du Cercle d’études de Montpellier. « Une vingtaine de pages qui racontent comment il est entré tout de suite en contact avec les réseaux de la Résistance à Montpellier. » Un grand historien et fin observateur de l’époque. « Sa contribution est précieuse même si elle finira dans la douleur. »
Collégiens de Loupian
Chantal Mauchet, la préfète de l’Hérault parla elle « d’un hommage montpelliérain pour cette figure de la République, grand historien et héros de la Résistance », revint sur « l’accueil glacial » du doyen de l’époque et qualifia sa période montpelliéraine de « peu connue ». Puis de « ce héros de la Grande Guerre qui va enseigner à Strasbourg et à la Sorbonne et va révolutionner la science historique et sa façon de l’étudier ». De son ouvrage majeur (L’étrange défaite), elle souligne « qu’il impressionne encore par la qualité de son analyse, les faiblesses de la IIIe République et de ses élites et témoigne d’un patriotisme qui ne se confond jamais avec le chauvinisme ou le racisme ou le nationalisme ». Et d’assurer que Marc Bloch « a toujours gardé espoir en la France et dans le peuple français, même lorsqu’il a été confronté à l’antisémitisme le plus brutal ».
Avant le dépôt de gerbes, la représentante de l’État a tenu à rendre un hommage appuyé aux collégiens d’Olympe de Gouges de Loupian, auteurs d’un travail remarquable sur le parcours urbain de Marc Bloch à Montpellier.