Le musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole accueille jusqu’à Toussaint la formidable exposition « Le design selon Pierre Paulin (1907-2009) », préfigurant le centenaire de la naissance de ce grand designer français. Ensuite, dès le 18 décembre, l’établissement métropolitain va bousculer une nouvelle fois les usages, quitte à déstabiliser quelques caciques, en nous proposant cette fois un cold case ! Lequel se résume à une accroche intrigante : « Qui se cache derrière « le maître de l’Hérodiade de Montpellier ? » Un mystère vieux de quatre siècles ! Cette exposition, pour ne pas dire enquête, sera diligentée en partenariat avec le musée des Beaux-Arts de Rennes.
Il existe en effet au musée Fabre une œuvre datant du second quart du XVIIe siècle dont la paternité n’est aujourd’hui toujours pas formellement établie. Elle représente Hérodiade, une princesse juive née quelques années avant notre ère, tenant sur un plateau la tête de Saint-Jean-Baptiste, dans un style caravagesque. Il est admis que l’auteur serait vraisemblablement un artiste français fortement influencé par la peinture romaine des années 1620. Mais il est difficile d’être plus précis.
Vouet puis Mellan
« Hérodiade tenant la tête de saint Jean-Baptiste, vers 1625-1627 », puisque c’est de lui qu’il s’agit, est un tableau entré dans les collections du musée en 1854, mais il est longtemps resté réservé. Aujourd’hui, c’est un irritant culturel, un bien non revendiqué. Ce cold case devra notamment dire si « faute à Vouet pourrait être part donnée » ? L’entourage de Simon Vouet, un des peintres les plus fameux du XVIIe siècle, fut en effet parmi les premiers auteurs pressentis. Le milieu du XXe siècle allait graver une nouvelle hypothèse, celle de Claude Mellan. Mais, faute de preuves suffisantes pour le lever le doute, qui profite à l’exposé, cette piste a été refermée… De fait, cette peinture à l’huile, qui est bien difficile, est attribuée « au maître de l’Hérodiade de Montpellier ». La formulation est belle mais insuffisante pour s’inscrire dans l’histoire de l’art. Il s’agit donc de percer le mystère de son attribution.
Avec Rennes
L’exposition réunira une vingtaine de peintures et de gravures datant des alentours de 1626-1627, tout en mobilisant des outils de recherches scientifiques pour revisiter l’entourage de Simon Vouet et cerner la main du maître de l’Hérodiade. Et mettre la main sur le coupable ? Espérons. À la manière d’une enquête, le parcours invitera chacun à suivre la trace de L’Hérodiade, en la confrontant à des œuvres de format et de sujets comparables, par Claude Vignon, Aubin Vouet, Claude Mellan, Charles Mellin et Virginia Vezzi. De son côté, le musée des Beaux-Arts de Rennes présentera en simultané l’exposition Simon Vouet, secrets d’atelier du 20 novembre 2026 au 21 mars 2027. Le cold case s’annonce difficile à résoudre. Peut-être permettra-t-elle de placer Vouet en pleine lumière plutôt qu’aux gémonies.