Tomber dans les pommes, rouler sur les chapeaux de roues, voir la vie en rose…. Toutes ces expressions imagées s’inscrivent sur un tableau blanc. Elles sont dictées à l’écrivain Denis Baronnet par la quinzaine d’enfants réunis dans le hall de la Maison pour tous L’Escoutaïre, à Montpellier. L’auteur jeunesse y est venu animer un atelier d’écriture, basé sur son livre, Lou a oublié sa tête, qui raconte les mésaventures d’une petite fille étourdie. « La base de départ est l’expression que des enfants entendent maintes fois : un jour, tu oublieras ta tête ! J’ai extrapolé sur Lou qui, quand elle arrive à l’école, n’a plus sa tête sur les épaules, dans le sens premier du terme, puisqu’elle l’a laissée à la maison. Et un corps sans tête, donc sans oreilles pour écouter les consignes et obéir aux ordres, cela fait toutes sortes de bêtises », explique l’auteur jeunesse.
Retrouver son âme d’enfant
Auteur dramatique et musicien, le sexagénaire ne se consacre à la littérature jeunesse que depuis une petite dizaine d’années, un domaine auquel il s’adonne désormais pleinement. « Écrire pour les enfants est libérateur », confie cet amateur de burlesque et d’humour noir, qui compte déjà une dizaine de titres à son actif, pour la plupart publiés chez Actes Sud Junior. « Cela me permet de retrouver un regard d’enfant… que je n’ai, au fond, jamais perdu. » Son dernier ouvrage, Addictions Anonymes, a été coécrit avec Susie Morgenstern, figure incontournable de la littérature jeunesse.
Les enfants présents ce mercredi après-midi, âgés de 5 à 9 ans, ont répondu à l’appel de deux associations du quartier, Cité Citoyenne et Jasmin d’Orient. Pour tous, la rencontre avec « un écriteur » est une première. Denis Baronnet se présente à eux le visage dissimulé derrière un masque. Surpris, les bambins l’écoutent expliquer que, comme sa petite héroïne, il a lui aussi perdu la tête. À point nommé, un carton lui est apporté, censé la contenir, qu’il replace aussitôt sur ses épaules. Les enfants, bien sûr, ne sont pas dupes de ce tour de passe-passe, mais ils s’en amusent.
Libérer l’imaginaire
Après cette entrée en matière théâtrale, l’auteur propose un exercice d’écriture automatique. Pendant cinq minutes, les enfants couchent sur le papier tout ce qui leur traverse l’esprit. Les textes ne seront pas lus, ce n’est pas l’objectif. « Il s’agit avant tout de les faire entrer dans l’écriture, sans crainte du jugement. C’est une première étape pour libérer l’imaginaire », précise Denis Baronnet, qui revendique l’influence de René Goscinny et Georges Perec.
L’atelier se poursuit par une récolte d’expressions imagées. Les réponses fusent, vives et inventives. Impressionné, l’auteur invite ensuite les enfants à les traduire en dessins. Tous s’y plongent avec enthousiasme.
Écrire au calme, créer ailleurs
Partageant son temps entre Lille et Bordeaux, l’écrivain est actuellement en résidence de création littéraire à Lattara, un dispositif porté par la Métropole de Montpellier qui offre aux auteurs un cadre propice à la réflexion et à la création. Depuis février et jusqu’à la fin du mois de mars, installé dans une maison au sein du musée archéologique Henri-Prades de Lattes, il travaille à son prochain roman. « C’est une chance précieuse de pouvoir se consacrer pleinement à son écriture, dans le calme », confie-t-il, tout en profitant de l’occasion pour découvrir une région qu’il ne connaissait pas encore. Il sera de retour lors de la Comédie du Livre, où il animera une conférence autour de son ouvrage L’Encyclopédie des Ogres.