Au Conseil municipal des enfants de Montpellier, les élus de l’école Samuel Paty prennent leur mandat au sérieux

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Pour la première fois, l’école élémentaire Samuel Paty participe au Conseil municipal des enfants de Montpellier. Entre idées concrètes, apprentissage de la démocratie et regard déjà affûté sur le pouvoir, ses jeunes élus livrent une expérience aussi sérieuse que pleine de fraîcheur.
CME
© L. Séverac
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À Montpellier, alors que les « grands » viennent tout juste de terminer leurs élections municipales, un autre mandat touche à sa fin, beaucoup plus discret, mais tout aussi essentiel. Celui du Conseil municipal des enfants. 

Depuis sa création en 1993, le CME s’est imposé comme une véritable espace de citoyenneté locale à hauteur d’enfants. Les élections se déroulent en novembre dans les écoles participantes. Cette année, 16 d’entre elles se sont prêtées au jeu et ont envoyé 64 élus (quatre par école), issus des classes de CM1 et CM2. 

L’école au cœur de la citoyenneté

Pour la première fois, l’école élémentaire Samuel Paty s’y est impliquée. Pour Estelle Parédès, la directrice de cet établissement situé dans le quartier Prés d’Arènes, la participation de ses élèves était une évidence. « Au-delà de la dénomination de l’école qui est en elle-même un symbole, il est fondamental d’impliquer les enfants dans un parcours citoyen qui leur permet d’appréhender les valeurs de la République. Le CME leur amène une culture de l’engagement civique ». 

Les élections ont vu six candidats s’affronter. Loin des campagnes millimétrées, des promesses calibrées et des stratégies peaufinées pendant des mois par les adultes, les enfants ont proposé des projets plus prosaïques. Et pourtant, dans les deux cas, avec une même idée, celle de représenter les autres et améliorer la vie collective. 

Une campagne à hauteur d’enfants

Les quatre élus (Bilal, Djena, Milah, Yllario) n’ont pas vraiment fait campagne à coups de grandes envolées idéologiques. Leurs programmes, eux, se ressemblaient comme des jumeaux. Plus d’espaces verts dans l’école et dans le quartier, quelques bancs supplémentaires pour papoter tranquillement à la récré. Du concret, du vécu, du testé en conditions réelles.

Mais dans cette bataille électorale miniature, une proposition a visiblement fait toute la différence, l’introduction de pâtes au fromage au menu de la cantine. Une mesure simple, efficace, et probablement approuvée à l’unanimité silencieuse par l’ensemble du corps électoral. 

Milah n’a rien laissé au hasard. Avant même de se lancer, elle a mené un sondage discret auprès de ses camarades de classe, histoire de coller au plus près des attentes du terrain. Une démarche qui n’aurait rien à envier à certains stratèges des élections municipales, version adulte.

Ecole paty
Bilal et Yllario, lors d'une réunion de travail un mercredi matin - © C. Marson

De la cour de récré à l’hôtel de Ville

Et puis, une fois élus, la réalité du pouvoir les a rapidement rattrapés. Yllario a été confronté à l’épineuse question du cumul des mandats : « J’étais déjà délégué de classe. La maîtresse m’a demandé de choisir entre les deux fonctions ». Comme quoi, on apprend très tôt que gouverner, c’est aussi renoncer.

C’est dans la solennelle salle du conseil municipal de Montpellier que les nouveaux élus ont été officiellement investis, le 21 janvier dernier. Un décor impressionnant, habituellement réservé aux débats des 69 conseillers municipaux adultes, et qui, le temps d’une cérémonie, s’est rempli de l’énergie des 64 enfants, à la fois fiers, curieux et parfois légèrement intimidés.

Ceints de leurs écharpes tricolores, ils ont été accueillis par le maire et plongés dans le grand bain de la démocratie locale. Une sorte de répétition générale, version miniature, mais avec beaucoup moins de discours fleuves et sans doute un peu plus d’enthousiasme. Pour marquer le coup, Bilal était en costume-cravate de rigueur. Et visiblement, l’expérience valait l’effort. « C’était trop bien. J’ai pu m’exprimer et présenter au maire les propositions portées par l’école Paty ».

Les leçons concrètes de la démocratie

Chaque mercredi matin, les jeunes élus se retrouvaient à l’hôtel de Ville pour des réunions studieuses, des débats animés et de grandes décisions à prendre, ou du moins à tenter. Car très vite, l’exercice démocratique quitte le terrain des bonnes intentions pour entrer dans celui des réalités. Règlementations, compétences municipales, contraintes budgétaires, intérêt général… autant de mots compliqués qui viennent gentiment calmer les ardeurs les plus ambitieuses. Non, on ne peut pas installer des toboggans partout dans la ville, comme l’a constaté Yllario. Mais cette année de mandat leur aura tout de même permis de mieux comprendre leur environnement, notamment à travers la visite de lieux clés comme la cuisine centrale.

Tandis que les nouveaux élus du conseil municipal « version adulte » entament leur mandat de six ans, leurs homologues du conseil des enfants s’apprêtent déjà à boucler le leur en juin prochain. Une temporalité différente, mais une expérience tout aussi riche.

Et le bilan ? Plutôt lucide. « C’est très intéressant. On voit que ce n’est pas toujours facile de diriger », résume Yllario, déjà bien conscient des coulisses du pouvoir. De son côté, Bilal retient surtout l’impact concret de l’engagement. Les décisions des élus peuvent réellement améliorer le quotidien.

Pour autant, pas de vocation politique fulgurante à l’horizon. Du moins, pas tout de suite. Et certainement pas au sommet de l’État. « Être Président de la République, c’est trop stressant », tranche Milah, catégorique.

Conseil municipal des enfants de Montpellier
Chaque année, les petits élus sont installés officiellement par le maire lui-même en salle du conseil - © Frédéric Damerdji

Source URL: https://encommun.montpellier.fr/articles/2026-03-28-au-conseil-municipal-des-enfants-de-montpellier-les-elus-de-lecole-samuel-paty