"L’Ange déchu", icône des réseaux sociaux, quitte momentanément le musée Fabre de Montpellier

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Il est encore temps d’admirer le chef-d'œuvre d'Alexandre Cabanel au musée Fabre de Montpellier, avant son départ pour Cherbourg, où il sera prêté au musée Thomas Henry, de juin à novembre 2026. Depuis sa redécouverte, il y a une quinzaine d’années, le tableau affole la toile, surtout auprès des jeunes.
L'Ange déchu
©Musée Fabre - photographie Frédéric Jaulmes
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Qui mieux que le tableau du peintre montpelliérain Alexandre Cabanel pour figurer dans l’exposition « L'Ange de la révolte. Satan dans les arts au XIXe siècle », que proposera le musée Thomas Henry de Cherbourg-en-Cotentin du 26 juin au 8 novembre 2026 ? Le tableau, peint en 1847, est devenu depuis quelques années une des toiles les plus célèbres des collections du musée Fabre. Mais surtout, L'Ange déchu a pris d’assaut TikTok et Instagram et est devenu une référence chez les jeunes. Lucifer est trop hype.

Une icône culturelle

Sur TikTok , Mona Tazereroualti a publié un post sur le tableau. « J’ai eu l’idée de le faire car, il y a quelques semaines, à Barcelone, j’ai rencontré une Londonienne qui, sachant que je venais de Montpellier, m’a tout de suite parlé de son tableau préféré.» En quatre jours, il a été vu par plus de 280 000 personnes et a suscité 250 commentaires et 50 000 like. « La majorité sont des jeunes de 18-24 ans, indique la jeune montpelliéraine de 21 ans.  Il est aussi célèbre que La Joconde ! » Les divers hashtags (#AngeMaudit, #CabanelRediscovered ou encore #FallenAngel) circulent, produisant et diffusant des vidéos, mêlant poésie, musique gothique et réflexions existentielles. 

L'ange de Cabanel est devenue une icône culturelle contemporaine. En février 2025, il a été en Une de la très respectée revue Connaissance des arts. Il est aussi dans la rue.  On se tatoue l’éphèbe romantique sur l’avant-bras, même si certains s'interrogent sur l'idée de porter sur le corps une image de Satan. La vague a bien évidemment des effets au musée Fabre.  « Ce phénomène entraîne un public moins familier avec la peinture, constatait l'an dernier son ancien directeur, Michel Hilaire. Il n’est pas rare qu’on vienne de loin, spécialement pour voir L’ Ange déchu ». 

Un tableau qui fascine

Sur les réseaux sociaux, bon nombre de commentaires ou de publications sont centrés sur le contraste entre la perfection physique de l'ange et son destin malheureux. Le personnage représente pour certains un symbole de rébellion, de marginalité ou de quête d'identité. « Le thème de la chute d’un être parfait parle à un large public en raison de son universalité. Cette thématique transcende les époques et continue de résonner avec les préoccupations contemporaines et la recherche d’une certaine spiritualité », avance Michel Hilaire. 

Clara Bunting vit à Cambridge, au Royaume-Uni. À 16 ans, elle connait le tableau depuis toujours. Venue à Montpellier l’été dernier, elle a profité de la gratuité du musée Fabre, un dimanche, pour le voir autrement que sur un écran. Un détail du tableau la fascine  : « Les yeux ressortent particulièrement et les larmes transmettent un mélange complexe d'émotions, à la fois de défi et de désir de vengeance, ou peut-être de douleur après avoir été banni du ciel. » Le regard de l'ange, empreint de mélancolie, de colère et de frustration participe à la fascination du public

 

regard

Une métaphore du peintre

Alexandre Cabanel est âgé de 24 ans quand il peint L’Ange déchu. Il est pensionnaire de la villa Médicis à Rome. « En genre Erasmus », résume drôlement Alice sur sa chaine Youtube. Le Montpelliérain envoie régulièrement des tableaux témoignant de ses progrès à l’Académie de peinture de Paris. Inspiré du Paradis perdu de John Milton, son travail est très mal accueilli. Le thème est jugé trop audacieux (la naissance de Satan est alors peu représentée dans la peinture française) et il a l'audace de figurer le Mal en un héros grec au corps parfait. Ces critiques ont blessé profondément Cabanel qui, évoquant ses professeurs, confiait, plein d'amertume, à son ami Alfred Bruyas : « Je suis pour eux, une espèce de renégat de leur école. » Le jeune prodige était devenu, à son tour, un ange déchu.   

Un tableau de jeunesse

Cabanel ne s’est jamais séparé du tableau de sa jeunesse. À sa mort en 1889, son frère en fait don au musée Fabre. « Il n’était pas mis en valeur et a longtemps été placé trop haut. On le voyait mal, raconte Michel Hilaire. En 1943, il dut être évacué du musée par crainte d’un bombardement. Le déménagement s’est fait dans la précipitation et le tableau est tombé sur une échelle. Tout le torse était transpercé. » La première restauration n’était pas satisfaisante et le directeur du musée Fabre en commanda une nouvelle à la fin des années 90. « Cette œuvre est admirable. D'un exercice scolaire, Cabanel en a fait une trouvaille artistique personnelle ».  
 

 


Source URL: https://encommun.montpellier.fr/articles/2026-04-05-lange-dechu-icone-des-reseaux-sociaux-quitte-momentanement-le-musee-fabre-de