Médiathèques : Cécile Everard évoque sa résidence de journaliste scientifique

08-05-26 - 06:30
Organisée par le réseau des médiathèques et de la culture scientifique de la métropole de Montpellier, la résidence de journaliste scientifique a été remportée cette année par la journaliste Cécile Everard. Durant un mois, la lauréate a proposé en lien avec les médiathèques et leurs partenaires culturels et éducatifs, un riche programme de rencontres, d’ateliers, de débats, de projections, et ce, à une multitude de publics variés. Elle revient sur cette expérience dense et intense où la question de l’information, de l’éducation à l’information et du métier de journaliste scientifique fut au cœur de ce projet innovant. Entretien avec Cécile Everard.
Cécile Everard
© G. T.
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Fière et heureuse d’avoir été choisie pour cette deuxième édition de la résidence de journaliste scientifique, Cécile Everard, ingénieure de formation, a mis toutes ses compétences, son expérience, son expertise, son savoir-faire, son énergie, son dynamisme, son intelligence et son cœur au service de ce dispositif du réseau des médiathèques de Montpellier et de culture scientifique. 

Vous avez dit : « pourquoi ne pas profiter de cette résidence pour réhabiliter le terrain » était-ce l’objectif ?

Cécile Everard : Effectivement, une des thématiques principales que j’ai proposées était l’idée de réhabiliter le terrain auprès de toutes les générations et dans tous les milieux. Ce qui signifie pour une journaliste d’aller sur le terrain, à la source de l’information... En effet, nous vivons aujourd’hui à une époque où l’on peut avoir l’impression que tout est déjà écrit, décrit, rapporté, enregistré ou filmé et que donc, se faire une opinion ou une analyse depuis son canapé ou depuis son écran est valable... Or, les journalistes, dont les journalistes scientifiques, doivent réussir à marquer leur différence par leur capacité à aller chercher correctement les informations sur le terrain. L’intelligence artificielle, par exemple, ne le fera pas. Le terrain constituait le fil conducteur de mes interventions, pendant la résidence, en collaboration avec les médiathécaires, professeurs, animateurs etc. Même à l’intérieur des bâtiments en proposant des jeux de rôles sur les risques majeurs, les crises sanitaires ou encore les conflits sociaux. Les journalistes ne peuvent pas se contenter d’internet. Il faut aller chercher les informations de façon brutes, contacter directement les personnes concernées. C’est la base !

Cette résidence de journaliste scientifique était donc principalement fondée sur l’éducation à l’information. 

Cécile Everard : Oui, et l’on sait que l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI),, notamment auprès des plus jeunes, est fondamentale. Nous nous sommes adressés à des écoliers, mais aussi à des étudiants en journalisme, au grand public. Je peux aussi citer en exemple des sessions de factchecking, afin de pouvoir vérifier les faits, les images, les vidéos...  Les citoyens doivent disposer d'informations fiables et pouvoir déjouer les fake news. Des sessions grand public étaient organisées autour de projection-débats sur la question des moustiques par exemple, un sujet que j’ai couvert aux Antilles et qui touche à l’environnement, la santé, la politique, et même aux conflits de voisinages ! Ces sujets centraux suscitent des idées reçues et nécessitent d'aller à la source pour avoir les bonnes informations.
Il est aujourd’hui impossible de vivre en société sans savoir exactement comment fonctionnent les médias et pourquoi. Si des publics peuvent être critiques envers certains médias, je pense qu’il est globalement bien clair pour tout le monde qu'il faut défendre la liberté de la presse, la liberté d’écrire, la liberté d’informer, la liberté de faire de la radio, de faire du documentaire. Mais il y a étonnement encore beaucoup de méconnaissance. Lors de séances, certains collégiens étaient persuadés que pour convaincre un patron de parler aux médias, il suffisait de le payer. Les journalistes suivent des règles déontologiques extrêmement précises et c’est bien de les faire connaître.

Conférence Cécile E.
Conférence sur le thème des moustiques - © G.T.

Ce fut un mois dense, vous avez assuré 35 séances auprès de toute une palette de publics.

Cécile Everard : Le postulat de départ de cette résidence était de s’adresser et de s'adapter à une diversité de publics. En effet, ce fut un mois riche et dense, intense, complet de 35 sessions. Des rencontres, conférences, ateliers, tables rondes auprès de publics variés des personnes âgées du CCAS, des EHPAD, des écoliers, des collégiens, des détenus, des agents de la Métropole, des étudiants, des professionnels… J’ai utilisé l’écrit et le podcast, les très jeunes ont adoré. Certains sont même revenus plusieurs fois à différentes sessions. J’ai utilisé également le jeu de rôle, notamment avec des détenus. D'abord, j’ai eu l’immense privilège d’être interviewée par Hector, l'incroyable journal de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone. Ils m’ont interviewée, alors qu’ils sont plutôt habitués à interviewer des célébrités telles que Jean-Jacques Goldman ; c’était chouette ! Leurs questions étaient pertinentes puisqu'ils n’ont pas accès aux réseaux sociaux. Ils ont interprété un jeu de rôle sur les risques technologiques : une fausse explosion et incendie dans une usine de Sète, inspirée d’un fait réel. Ils devaient aller chercher les informations et assister à une conférence de presse. Ils se sont rendu compte de la difficulté de se mettre dans la peau d'un journaliste et de trouver les bonnes questions. Ils étaient troublés, sollicités de toute part, noyés sous l’information... C’était intéressant, il fallait trier les informations, croiser les sources...

Quels sont les moments forts durant cette résidence, certainement riches en émotion, que vous retenez ? 

Cécile Everard : Peut-être celui avec les dames du CCAS de Castelnau ; pour le podcast, elles ont proposé de parler de cuisine et des violences faites aux femmes. Elles se sont interviewées mutuellement, micro en main ; elles ont créé des chroniques incroyables. C'était très émouvant, le podcast a été un super vecteur. Et aussi, dans une médiathèque, un petit garçon qui a fait son reportage tout seul en entier comme un pro sur un terrain de pétanque voisin. C’était drôle. Il a rencontré des personnes gentilles et d’autres plus grognons. Il a bouclé seul le podcast et voulait savoir s'il serait diffusé sur le service public ! 
Dans les EHPAD, les personnes âgées se sentaient importantes en s’exprimant avec un micro, avec l’impression que leurs paroles étaient prises en compte. Des moments très forts. Lors d'une séance sur le chocolat qui donne des crises de foie, ce fut la surenchère à celle qui mangeait le plus de chocolat !
Dans les collèges, j’ai inventé une fake news concernant la face cachée de la lune : je prenais la posture d'une climato-sceptique, leur expliquant que le changement climatique n’est pas forcément lié à l’activité humaine... Ils m'ont affirmé être à l'aise avec la désinformation. "Oui, madame, bien sûr, on ne se laisse pas avoir !" Puis, je leur révélais leur avoir donné une fausse information. L’un des enfants m’a interpellé : "Mais alors votre parcours professionnel, il est tout aussi faux ?". 
Finalement, le fait d’avoir donné une fausse information décrédibilisait l’ensemble de mes paroles. C’est intéressant. 

Quels sont vos projets après cette résidence ?

Cécile Everard : J’enseigne le journalisme dans plusieurs écoles. Et là, je vais participer aux finales régionales et à la finale nationale du concours Ma thèse en 180 secondes car j’encadre des doctorants de plusieurs universités, l’une de mes doctorantes est déjà sélectionnée.  Ensuite, je vais effectuer une mission à Bruxelles pour l’Organisation des États Afrique, Caraïbes, Pacifique pour qui je coache des chercheurs, entrepreneurs, innovateurs. Cet exercice fait appel à mes compétences journalistiques, mais aussi aux compétences que j’ai acquises dans l’humanitaire et le développement. Si durant plus de 20 ans, je n’ai travaillé qu’exclusivement en tant que journaliste-reporter en radio, presse écrite et agence de presse, j'ai élargi mon champ professionnel ces dernières années en passant un master en coopération internationale et aide humanitaire. Je travaille avec des organisations internationales sur des programmes liés à l’agriculture durable, à la recherche et à l’innovation. Toute cette expérience a vraiment enrichi et nourri cette résidence. J’y ai tout donné et avec mon cœur !


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