Expositions : Numa Hambursin nous fait entrer dans les coulisses du Carré Sainte-Anne

14-06-26 - 06:30
À l’occasion de l'exposition "Mirage" de Jaume Plensa, présentée au Carré Sainte-Anne jusqu'au 1er novembre 2026, Numa Hambursin, directeur artistique du lieu, nous fait entrer dans les coulisses de cette collaboration avec l’un des plus grands sculpteurs contemporains. Choix de l’artiste, installation des œuvres monumentales et ambitions culturelles pour Montpellier : il revient sur les secrets de cette exposition exceptionnelle.
Numa Hambursin, directeur artistique du Carré Sainte-Anne et l'artiste Jaume Plensa lors du vernissage de l'exposition "Mirage"
Numa Hambursin, directeur artistique du Carré Sainte-Anne et l'artiste Jaume Plensa lors du vernissage de l'exposition "Mirage" - © L. Séverac
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Comment avez-vous choisi l’artiste Jaume Plensa ? 

Numa Hambursin : Pour investir le Carré Sainte-Anne, il faut des artistes qui soient capables de jouer avec ce lieu. Il y a une grande élévation, une verticalité dans le Carré Sainte-Anne, ils doivent pouvoir travailler dessus et s’en inspirer, il faut qu’un lien se crée avec ce lieu particulier. Le lieu doit choisir l’artiste, c'est d’ailleurs mon rôle en tant que commissaire d'exposition, mais l’artiste doit aussi choisir le lieu. C’est ce qui s’est passé avec Jaume Plensa quand il est rentré dans le Carré Sainte-Anne. Il a vu ce lieu merveilleux et a immédiatement dit oui. C’est vrai que c’est un lieu qui ne ressemble pas à ce qu’on voit généralement dans l’art contemporain, un carré blanc sur fond blanc. Ça demande donc un rapport particulier à l’espace ainsi qu’à la spiritualité. 

Est-ce qu’un lieu comme celui-là n’a pas tendance à écraser les œuvres qu’il accueille ? 

Numa Hambursin : C’est justement pour ça qu’il faut trouver des artistes qui vont pouvoir non pas rivaliser avec le lieu, mais le contrarier. Certains, au contraire, vont souligner ces qualités, ce qui est le cas de Jaume. Si on regarde bien, la matière des différentes sculptures rappelle le caractère religieux du lieu, mais sans insister. On a vraiment des œuvres d’art qui jouent avec l’espace.

Expo Ste Anne
Une rencontre entre l'œuvre et le lieu - © L. Séverac
Ste anne et l'oeuvre
"Pour investir le Carré Sainte-Anne, il faut des artistes qui soient capables de jouer avec ce lieu" - © L. Séverac
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Expo Ste Anne
Une rencontre entre l'œuvre et le lieu - © L. Séverac
Ste anne et l'oeuvre
"Pour investir le Carré Sainte-Anne, il faut des artistes qui soient capables de jouer avec ce lieu" - © L. Séverac

Qu’est-ce qui vous plaît en particulier chez Jaume Plensa ? 

Numa Hambursin : J’aime son rapport à la beauté. Un rapport assez rare dans le monde de l’art contemporain. C’est une notion à laquelle il réfléchit, qu’il aime et je crois que nous sommes justement dans un moment où on a envie de beauté. On a envie que l’art contemporain s’empare de cette question et que l’artiste y réponde. Je pense que c’est pour ça que Jaume Plensa est l’un des sculpteurs les plus célèbres au monde.

Vous avez accueilli l'artiste JR précédemment, comment parvenez-vous à convaincre ces grands artistes ? 

Numa Hambursin : Quand j’ai commencé à m’occuper du Carré Sainte-Anne, avant sa rénovation, c’était un lieu qui n’était pas du tout connu, voire méprisé. Il fallait réussir à convaincre les artistes de venir, et à l’époque, j’utilisais un argument qui était de dire aux artistes que certes nous n’avons pas beaucoup d’argent, mais vous aurez toute liberté pour travailler. Puis, petit à petit, les préoccupations qui sont les miennes dans l’art contemporain ont commencé à être plus écoutées et le Carré Sainte-Anne a suivi cette évolution. Aujourd’hui, le Carré Sainte-Anne est un lieu connu et identifié sur lequel on peut travailler. Je pense également que désormais les artistes connaissent mon travail. Ils savent qu’on va réaliser une exposition qui dans ce cadre-là sera souvent un petit bijou. Les artistes ont besoin de ça pour avoir envie de venir.

l’exposition "Adventice" de l’artiste international JR, présentée au Carré Sainte-Anne
L’exposition "Adventice" de l’artiste international JR, présentée au Carré Sainte-Anne - © C. Ruiz

Quels artistes rêveriez-vous d’accueillir ici ? 

Numa Hambursin : On peut dire que j’ai beaucoup de chance dans la vie. Entre les artistes que programmés au Carré Sainte-Anne et ceux exposés au MO.CO, j’ai finalement accueilli, au fur et à mesure, des artistes du monde entier. J'espère continuer à en découvrir. 

Avez-vous déjà essuyé des refus de la part d’artistes ? 

Numa Hambursin : C’est très rare et bien souvent ce sont des refus liés à des conditions spécifiques. Il m’est arrivé de dire à un artiste que j’avais besoin de lui pour une exposition dans un an, mais celui-ci était déjà pris ailleurs, par exemple au MOMA (Museum of Modern Art) ou au Centre Pompidou... Mais je n’ai jamais eu de refus net et catégorique. 

Quelles sont les principales étapes pour organiser une exposition comme Mirage ?

Numa Hambursin : La première étape consiste à convaincre l’artiste. Dans un second temps, il faut discuter avec lui, voir ce qu’il a envie de faire. Ça peut paraître simple, mais il faut parvenir à enlever les barrières mentales et psychologiques que peuvent se mettre les artistes, des barrières qu’ils mettent entre eux et leur propre liberté et ça c’est le rôle du commissaire d’exposition. Je leur explique qu’il est normal d’avoir des barrières, parfois même de se censurer, je fais en sorte justement de briser ses contraintes. 

cartel de l'expo
L'exposition de l'artiste catalan de renommée internationale est à voir jusqu'au 1er novembre 2026 - © L. Séverac

Les œuvres de Jaume Plensa sont immenses, comment les avez-vous faites entrer ? 

Numa Hambursin : Les magiciens gardent leurs mystères ! Cela dit, je peux vous donner quelques pistes. Il y a un moule, les formes se posent sur ce moule et on retire les éléments qui sont à l’intérieur, petit à petit, il ne reste plus que l’enveloppe, mais c’est un secret… L’objectif est justement de faire comme un fantôme, faisant ainsi référence au nom de l’exposition : Mirage.

Pensez-vous que Montpellier mérite elle aussi d’être mise en avant pour son art ? 

Numa Hambursin : J’en suis persuadé. Il est important de ne pas rougir à Montpellier. Nous avons malheureusement une vue déformée des choses. On pense d'abord à Paris, puis au reste de la France. Mais quand on s’attarde sur le Midi de la France, ce qui entoure la Méditerranée et donc l’Occitanie et PACA (Provence-Alpes-Côtes-D’Azur), il y a tant de musées, d’expositions, de fondations… De Menton à Collioure, il n’y a aucun équivalent dans le monde, et pourtant j’ai voyagé partout pour l’art contemporain. Montpellier attire de plus en plus de visiteurs et d’artistes du monde entier avec le Carré Sainte-Anne, le musée Fabre, le MO.CO., le MO.CO. Panacée, mais également avec le COPAQO (Comité d’Orientation et de Pilotage Artistique pour la Qualité des Œuvres).

"Envie d'être en vie" d'Elisa Fantozzi, place Pablo Picasso, quartier Port Marianne, une concrétisation sur l'espace public du COPAQO
"Envie d'être en vie" d'Elisa Fantozzi, place Pablo Picasso, quartier Port Marianne, une concrétisation sur l'espace public du COPAQO - © L. Séverac
"Orphée hors de terre" de Nicolas Alkin lpace DElaunay àç la cité créative dans le cadre du COPAQO et de l'arrivée de la ligne 5
"Orphée hors de terre" de Nicolas Alkin lpace DElaunay à la cité créative dans le cadre du COPAQO et de l'arrivée de la ligne 5 - © L. Séverac
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"Envie d'être en vie" d'Elisa Fantozzi, place Pablo Picasso, quartier Port Marianne, une concrétisation sur l'espace public du COPAQO
"Envie d'être en vie" d'Elisa Fantozzi, place Pablo Picasso, quartier Port Marianne, une concrétisation sur l'espace public du COPAQO - © L. Séverac
"Orphée hors de terre" de Nicolas Alkin lpace DElaunay àç la cité créative dans le cadre du COPAQO et de l'arrivée de la ligne 5
"Orphée hors de terre" de Nicolas Alkin lpace DElaunay à la cité créative dans le cadre du COPAQO et de l'arrivée de la ligne 5 - © L. Séverac

Le maire Michaël Delafosse veut faire de Montpellier un projet artistique. Ça a permis un fleurissement des œuvres d’art dans la ville sans équivalent. Aujourd’hui, des artistes du monde entier ont repéré Montpellier sur la carte. Nous devons être fiers d’être dans une zone géographique qui compte parmi les plus riches du monde en terme d’art et au sein de laquelle Montpellier a une place très particulière. Si on se redonne rendez-vous dans 20 ans, vous verrez qu’il y aura plus d'œuvres contemporaines à Montpellier que dans la plupart des villes du monde !


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