Montpellier : qui était Alain Achille dont le gymnase des pongistes porte le nom ?

Décédé à Montpellier à 18 ans des suites d'un accident de la circulation, cet athlète était promis à une grande carrière internationale. En 1970, il avait réalisé la seconde performance mondiale sur le 110 mètres haies. Le gymnase où évoluent aujourd'hui les frères Lebrun, qui disputent actuellement le tournoi WTT Champions de Chongqing en Chine, porte son nom depuis 1994.
Portrait d'Alain Achille
Au même âge, il était plus rapide que Guy Drut qui sera champion olympique en 1976 à Montréal - © DR
Écouter

À Montpellier, pourquoi le gymnase où évolue aujourd’hui l’Alliance Nîmes-Montpellier Tennis de Table (ANMTT) porte le nom d’Alain Achille ? Ce sportif était-il un ancien pongiste ? Beaucoup de Montpelliérains se posent la question mais Internet, qui ne sait pas tout, n’apporte aucune réponse probante. Eh bien non, Alain Achille (1953-1971) ne pratiquait pas du tout le tennis de table. C’était en revanche un très grand espoir de l’athlétisme et un spécialiste du 110 mètres haies. Licencié au MUC à Montpellier, il était étudiant au CREPS de Boullouris dans le Var, où il préparait le professorat d’éducation physique. Et la fatalité a voulu que ce Montpelliérain ne connaisse pas la grande carrière sportive qui s’offrait à lui. Le 30 août 1971, alors qu’il venait juste d’avoir 18 ans, il est mort au domicile familial de l’avenue du Père Parguel. Ceci à la suite d’un accident de la route, survenu peu auparavant sur la route des plages, alors qu’il poussait sa mobylette… 

2e temps mondial de sa catégorie

« Lorsque j’étais dirigeant du club de tennis de table, j’ai cherché à en savoir plus sur lui. Depuis des années, chaque semaine, des pongistes viennent jouer dans cette salle, mais presque personne ne sait véritablement qui était Alain Achille. Cela m’a toujours étonné, concède Dominique Bilbao, un des dirigeants historiques du sport montpelliérain. Il était natif de Montpellier, mais d’origine guyanaise par son père. On a écrit que c’était un surdoué de l’athlétisme et c’est tout à fait vrai. Malgré son jeune âge, il avait le second temps mondial dans sa catégorie sur le 110 mètres haies, derrière l’Américain Rod Milburn qui sera champion olympique l’année suivante aux Jeux de Munich en 1972 ». Quatre ans plus tard, c’est bien un Français qui décrochera l’or olympique à Montréal. Mais ce sera Guy Drut…

Alain Achille en pleine course
En 1970, Alain Achille a pulvérisé le record de France cadets sur les haies - © DR

Porté par un vent invisible

« Doté de qualités physiques exceptionnelles, graine de champion dès le plus jeune âge », selon la presse sportive de l’époque, il faut retenir de la jeunesse triomphante d’Alain Achille qu’en 1970, sur le stade de Colombes, il a battu lors des Critériums nationaux juniors et cadets le record de France en le pulvérisant (13 secondes et cinq dixièmes), ce qui fit immédiatement de lui une valeur sûre de l’athlétisme national… Et pour cause, c’était bien la deuxième performance mondiale ! « Ce jeune homme courait comme porté par un vent invisible », pouvait-on lire sous la plume du journaliste sportif Christian Enette. Son record tiendra pendant une quinzaine d’années. 

La disparition tragique d’Alain Achille a jeté la consternation dans le monde sportif hexagonal et a privé l’athlétisme d’un hurdler au talent brut. Une décennie plus tard à Montpellier, tandis que sont construites des infrastructures modernes d’athlétisme pour équiper l’UFR-STAPS de l’université et du CREPS de Montpellier, le nom d’Alain Achille circule un temps pour cet équipement doté d’une piste de 400 mètres et d’une tribune d’un millier de places. Il sera finalement inauguré en 1988, mais le maire Georges Frêche a préféré un Hellène à un Achille. Ce sera Philippidès, le père spirituel du Marathon, et ce fut le choix de la raison. De multiples hommages seront néanmoins rendus au jeune athlète. Il y aura celui de Georges Frêche lors de « la nuit des Guilhems » au Zénith devant le monde du sport. Celui également de la fédération française d’athlétisme qui va instituer comme National le meeting Alain Achille qui était organisé localement par son club du MUC athlétisme. 

Fusion et salle à disposition     

Le club de tennis de table du Crès, avec son équipe féminine évoluant au haut-niveau, fait beaucoup parler de lui à cette époque. « Après les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992, Georges Frêche a souhaité que nous fusionnions avec le club de Montpellier. Pourquoi pas, mais qu’est-ce que nous avions à y gagner ? Il nous a promis une salle », ajoute Dominique Bilbao qui est aujourd’hui toujours en contact avec Alex Achille, le frère d’Alain. Un gymnase ? Il s’agit de la halle universitaire où jouait notamment le MUC handball, située à un jet de javelot de Philippidès. Le gymnase Alain Achille est inauguré sous ce nom en mars 1994. Les frères Lebrun ne sont pas encore nés, mais leur père Stéphane joue encore. L’histoire du Montpellier Tennis de Table pouvait alors commencer.   

En pleine course
© DR