Une BD pour mieux comprendre la désimperméabilisation des cours d'école

13-03-26 - 06:30
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La thèse de Louise Eydoux, post-doctorante au Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive (CEFE) de Montpellier, rattaché au CNRS, porte sur la désimperméabilisation et la végétalisation des cours d’école. Pour illustrer son travail, elle a collaboré avec la dessinatrice Aline Faure afin de créer la bande dessinée « Le dessous de ma cour d’école ».
couverture de la BD signée Aline Faure
La BD : un format plus efficace pour toucher le grand public - © Aline Faure
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Louise Eydoux, qu’est que le Centre d’Écologie Fonctionnelle et Évolutive de Montpellier ?

Louise Eydoux : Le CEFE est un laboratoire de recherche autour des thèmes de l’écologie et de l’évolution. Nous étudions les dynamiques à l’œuvre dans les écosystèmes qui nous entourent. Cela va des micro-organismes aux éléphants... L'équipe dans laquelle j'évolue est spécialisée dans les milieux urbains, mais d’autres travaillent sur l’Antarctique ou la savane africaine. 

Pourquoi choisir la désimperméabilisation des cours d’école comme sujet de votre thèse ? 

L. E. : Après mon école d’agronomie, je suis arrivée au CEFE pour ma thèse. J’avais envie de travailler sur la faune du sol en milieu urbain. Mon tuteur, Alan Vergnes, était déjà en lien avec la Direction Nature Agroécologie et Paysage de la Ville de Montpellier, et ce sujet de la désimperméabilisation a émergé. À ce moment-là, c’était quelque chose d’assez nouveau, ce n’était pas encore vraiment étudié, notamment au niveau des cours d’école. L’idée était de répondre à la question : quand on enlève le béton, qu’est-ce qu’il se passe ? 

En quoi cela consiste concrètement ? 

L. E. : Il s’agit d’enlever le béton, qui forme un manteau imperméable, pour reconnecter la strate aérienne avec la strate souterraine. Autrement dit, permettre à nouveau les échanges entre l’air, l’eau, le sol et le sous-sol. D’abord on casse et on enlève le béton. Ensuite, on décompacte et on décaisse le sol, car il a été tassé pendant longtemps. Il est donc très « fatigué ». Il faut l’aérer, le renouveler en le mélangeant avec de la terre plus riche en matières organiques. On apporte alors tout ce qu’il faut pour favoriser la pousse des végétaux. 

P 2 de la BD avec une cour d'école avant désimperméabilisation et végétalisation
© Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE
P3 de la BD avec visuels du sol en coupe, végétaux, racines, micro-organismes
© Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE
La post-doctorante Louise Eydoux pose avec la BD illustrant sa thèse, photos et ordinateur en arrière-plan
Post-doctorante au CEFE de Montpellier, Louise Eydoux présente la BD illustrant sa thèse sur la désimperméabilisation des cours d'école - © Louise Eydoux
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P 2 de la BD avec une cour d'école avant désimperméabilisation et végétalisation
- © Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE
P3 de la BD avec visuels du sol en coupe, végétaux, racines, micro-organismes
- © Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE
La post-doctorante Louise Eydoux pose avec la BD illustrant sa thèse, photos et ordinateur en arrière-plan
Post-doctorante au CEFE de Montpellier, Louise Eydoux présente la BD illustrant sa thèse sur la désimperméabilisation des cours d'école - © Louise Eydoux

Quels sont les bénéfices espérés ? 

L. E. : Ils sont multiples. D'abord, rétablir et améliorer le cycle de l’eau. Celle-ci s’infiltre à nouveau dans le sol, ce qui est nécessaire à sa vitalité. Puis, avec la végétalisation, cela favorise un retour de la biodiversité. C’est un peu comme une maison abandonnée qui a été rénovée, et où les habitants reviennent vivre. Ce retour est assez rapide. Vers de terre, fourmis et micro-organismes, tels des champignons ou des bactéries, repeuplent assez vite les sols. Ils sont indispensables au fonctionnement de l’écosystème du sol. Ces bienfaits sont aussi un enjeu pour les êtres humains. En particulier les premiers concernés : enfants, équipes pédagogiques et parents d’élèves. Outre l’étude de la biodiversité à l’école, chacun réapprend à côtoyer du vivant au quotidien, à vivre avec cette biodiversité qui fait totalement partie de notre propre écosystème. Il ne faut pas avoir peur des fourmis et des petites bêtes… Dans la perspective du réchauffement climatique, il est important de changer notre regard sur la nature et le vivant qui nous entourent. 

Combien de temps est nécessaire pour raviver cette biodiversité ?

L. E. : On ne savait pas à quoi s’attendre car la création naturelle d’un sol est longue. Cela prend des décennies, voire des siècles, de formation. Nous avons observé un retour de la vie en quelques années seulement. Cela est possible grâce à l’apport de « terre végétale », dans laquelle les micro-organismes sont déjà présents. Dans les cours d’école, sur une année, nous avons vu que certaines parcelles désimperméabilisées étaient déjà redevenues très vivantes, par comparaison aux autres.    

Pourquoi avoir demandé à la dessinatrice Aline Faure d’imaginer une bande dessinée pour illustrer votre thèse scientifique ? 

L. E. : La majorité de ma démarche scientifique s’est effectuée pendant les vacances scolaires, en l’absence des enfants, qui sont pourtant les premiers concernés. Nous avions envie de partager notre travail avec eux, de leur expliquer ce qu’on faisait dans les cours de leurs écoles (NDLR : Montpellier, Sussargues, Saint-Jean-de-Védas, Montbazin, Agde…). L’idée de faire une BD s’est imposée assez vite : c’est visuel, ludique, pédagogique et agréable à regarder. Je remercie Aline Faure pour son travail. Cela nous a permis de sortir un peu de notre laboratoire et de diffuser les résultats de notre étude d’une autre manière, plus adaptée au grand public. 

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© Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE
Page 7 de la BD avec une cour d'école végétalisée
© Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE
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- © Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE
Page 7 de la BD avec une cour d'école végétalisée
- © Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE
« C’était intéressant d’imaginer les interactions dans la cour d’école entre les enfants, les plantes et les petites bêtes »
La dessinatrice Aline Faure au travail avec cahier, feutre

« Louise m’a contactée parce que j’avais déjà réalisé des BD de vulgarisation scientifique, notamment sur la biologie marine. Elle souhaitait avoir un support illustré pour sa thèse. On s’est rencontrées et elle m’a expliqué son travail, pour que je puisse m’approprier le sujet avant de commencer à dessiner. Elle m’a aussi envoyé des photos, à la fois des cours d’école et de ses travaux en laboratoire. Nous avons fait beaucoup d’aller-retours pour vérifier que mes propositions correspondaient à la réalité, notamment sur les dessins des fourmis et des micro-organismes. C’était essentiel pour moi. Je me suis aussi rendu sur place pour repérer des éléments dans des cours d’école afin de créer une école imaginaire qui sert de fil rouge à la BD. Du point de vue artistique, c’était très intéressant, et c’était aussi un défi, de représenter la vie dans le sol avec les galeries, les racines, les micro-organismes... Moi, j’avais plutôt travaillé sur le monde marin jusqu’ici. Là, j'ai réalisé des coupes du sol en dessin… C’était également intéressant d’imaginer les interactions dans la cour d’école entre les enfants, les plantes et les petites bêtes ». 

Aline Faure
Vidéaste et dessinatrice de BD
P13 de la BD avec des enfants qui observent la biodiversité dans leur cour d'école végétalisée
© Aline Faure - Louise Eydoux - CEFE

>>> Ce projet collaboratif s’inscrit dans le cadre de la convention de partenariat entre le CEFE, la Ville de Montpellier et la Métropole

La Bande Dessinée « Le dessous de ma cour d’école », par Aline Faure, d'après Louise Eydoux.