Au croisement des cultures, au cœur de la Méditerranée, il en a fait depuis dix ans une manifestation culturelle et artistique incontournable. Le virtuose Rabie Houti a créé Al Andalous en 2016 à Montpellier, un festival de haute volée qui aspire à intensifier le lien entre Montpellier et ses villes jumelles du pourtour de la Méditerranée et à créer un dialogue interculturel entre les deux rives au travers d’un héritage commun et ce, dans un esprit d’ouverture et de partage.
Et aussi rendre accessible au plus grand nombre la richesse de ce patrimoine, résultat d'un métissage entre la musique arabe venue de l'Orient, la musique afro-berbère du Maghreb et la musique pratiquée dans la péninsule ibérique avant 711. Abdelkader Chaou, Anzul Project, Lila Borsal, Amel Zen… Une programmation d’excellence concoctée par un fin musicien, auteur compositeur, violoniste et chanteur du groupe Rabie Houti Band, qui pour les dix ans du festival Al Andalous, met l’Algérie à l’honneur, son pays de cœur.
Quel était votre intention en créant ce festival ?
Rabie Houti : Quand j’ai créé ce festival en 2016 à Montpellier, en parallèle de ma carrière artistique, mon idée était de promouvoir et de valoriser la civilisation Andalouse du IX au XIIIe siècle et sa musique, constituée autour de noubats originelles s'inspirant largement des modes byzantins, perses et arabes. Au début, ce festival durait un week-end, à présent ce sont 10 jours de festivités. En 10 ans, ce festival a pris de l’ampleur... Au fil du temps nous avons intégré des conférences, des ateliers, des tables rondes… autour de l’art en Méditerranée et nous avons ouvert le champ sur les musiques actuelles. Au cœur des cultures de la Méditerranée, je m’emploie depuis dix ans à faire de ce festival une manifestation culturelle et artistique très prestigieuse, entre traditions et créations contemporaines. Offrir une programmation de qualité au public et lui permettre de rencontrer, de découvrir des artistes qu’il n’a pas l’habitude de voir à Montpellier et dans la région.
Le festival est né à Montpellier, une ville à la croisée des cultures.
Rabie Houti : Oui, quand en 2014, j’arrive d’Algérie et que je m’installe à Montpellier pour poursuivre mes études, je prends une claque culturelle. Je découvre, en effet, que Montpellier est à la croisée des cultures. Je me suis renseigné et j’ai appris qu’il existait des liens et des échanges importants entre l’Andalousie et l’Occitanie... Au XIe siècle, des Andalous ont rencontré des troubadours. La faculté de médecine de Montpellier dispose d’ouvrages écrits par les Andalous. Je découvre, au détour d’une déambulation occitane, un musicien qui joue d’un instrument algérien El ghaita et qui me certifie qu’il s’agit d’un instrument purement occitan, la Gaïta... Quand je créé ce festival, j’ai tout cela en tête… Je pense à ces similitudes, au climat de Montpellier qui me rappelle Oran, ma ville natale, l’ambiance et la musique occitane m’ont rappelé la musique arabo andalouse. J’ai voulu un festival de haute volée qui aspire à intensifier le lien entre Montpellier et ses villes jumelles de la Méditerranée et à créer un dialogue interculturel entre les deux rives, dans un esprit d’ouverture et de partage. Et aussi rendre accessible au plus grand nombre la richesse de ce patrimoine résultat d'un métissage entre la musique arabe venue de l'Orient, la musique afro-berbère du Maghreb et la musique pratiquée dans la péninsule ibérique au Moyen-âge.
Cette année, vous avez choisi de mettre l’Algérie en lumière, pourquoi ?
Rabie Houti : Parce que c’est mon pays d’origine et de cœur. L’Algérie est un pays très riche au niveau culturel avec de nombreux styles musicaux : la musique kabyle, qui résonne comme la musique bretonne, celtique. Le chaârbi et l’arabo andalous qui peuvent facilement fusionner avec la musique occitane grâce à des similitudes dans le style et le jeu instrumental, le raï également que je compare au rock, c’est l’esprit rock et rebelle, il y a aussi le hawzi, la poésie chantée de Tlemcen. Pour les dix ans du festival, j'ai souhaité que l’Algérie soit mise en valeur. C’est là où je suis né, où j’ai commencé la musique et effectué tout mon parcours artistique avant d’arriver en France. Je me suis dit que j’aimerais rendre hommage à l’Algérie, valoriser et donner une belle image de ce pays. Ce festival est une façon d’honorer et de remercier l’Algérie et Montpellier. Et bien sûr, je pense au jumelage de Montpellier avec Tlemcen, la capitale de la musique arabo andalouse...
Quels sont les moments phare de la programmation 2026 ?
Rabie Houti : Cette année, nous avons choisi les artistes les plus emblématiques qui se sont produits au festival Al Andalous, lors des dix années passées. Les spectacles phare, je dirais : l’inauguration du festival le 1er avril à l’Opéra comédie de Montpellier avec Mana Gherbi, grande dame et star incontournable de la musique arabo andalouse, en Algérie et au Maghreb avec ses célèbres interprétations Hawzi et chaâbi. Et aussi, l’exceptionnelle rencontre entre Lila Borsali, héritière incontestée de la musique arabo-andalouse et l’immense Abdelkader Chaou, parmi les derniers maîtres de la musique chaâbi encore vivant. Ce sera au JAM, le 5 avril. Et bien sûr, le concert gratuit de clôture avec Samira Brahima, candidate de la saison 4 de l’émission The Voice, qui enflammera le public avec sa musique rai rock sur le grand Mail de La Paillade, le 11 avril en plein air. Et chaque année, nous invitons un groupe de musique kabyle après Tiwiza, en 2025, le groupe Anzul Project viendra le 4 avril, électriser la scène de la maison pour tous François Villon.
Où se jouent les spectacles et que vient chercher le public ?
Rabie Houti : La salle Pétrarque à Montpellier, c’est là où tout a commencé, le point de départ pour ce festival, mais au fil des éditions, je ne pouvais me contenter d’un seul lieu. Chaque salle a son cachet et son histoire. Le festival s’ouvre sur la prestigieuse salle Molière de l’Opéra... depuis 2021, le festival se produit à Grabels, mais aussi Clapiers, Castries... Ce festival de deux jours a bien grandi. Chaque année, le public vient de plus en plus nombreux, le succès est exponentiel. Je pense qu’au fil des années, il fait confiance à notre programmation exigeante. C’est un public cosmopolite... Les Algériens et des personnes d’origine "pieds noirs viennent" chercher la nostalgie, beaucoup de jeunes apprécient l’ambiance unique du festival... D’autres fans viennent pour la culture andalouse, la musique espagnole et les rythmes de flamenco. Certains sont venus une première fois, ils ont adoré et sont revenus inlassablement. Le public du festival Al Andalous est vraiment fidèle et exceptionnel.
>>> Réservations et Pass festival : my.weezevent.com
Informations sur le compte Facebook du festival : facebook.com/festivalalandalus