Bien que ne figurant pas au programme officiel des Journées du patrimoine ce week-end, le ciné-club Jean Vigo y participe à sa manière. Il propose au public de visionner gratuitement quatre films issus du patrimoine cinématographique.
Un week-end avec Marilyn
Tous les long-métrages sont signés Billy Wilder, « un maître de la comédie américaine des années 1950-1960 », juge Jean Aubert, le président du ciné-club. Le choix des quatre films projetés n’a pas été laissé au hasard. Ils portent un regard critique sur le puritanisme de la société américaine de l’époque et mettent en valeur le talent de Marilyn Monroe et Jack Lemmon. L’adultère est au cœur de 7 ans de réflexion (18 septembre, 20 h), la prostitution déguisée flotte sur La Garçonnière (19 septembre, 14 h), une escroquerie à l’assurance est l’objet de La Grande Combine (19 septembre, 17 h), tandis que Certains l’aiment chaud (19 septembre, 20 h) joue avec les codes du travestissement.
Cinéma 1900
Une autre raison patrimoniale conduit à prendre le chemin du centre Rabelais, lieu des projections, situé au 27 boulevard Sarrail. Sa façade, en face de l’Esplanade, rappelle qu’il fut le temple du cinéma à Montpellier au début du XXe siècle. Inauguré en janvier 1909, il avait été financé par les frères Pathé qui voulaient diffuser leurs films en province. Le bâtiment conserve les traces de cette histoire. Son vaste hall d’entrée, desservi par deux larges escaliers, précède une salle haute de onze mètres.
Grâce au ciné-club Jean Vigo, le lieu a retrouvé, depuis plusieurs décennies, sa vocation première. Toute l’année, le public est invité à venir découvrir, un soir par semaine, l’un des films de la saison.
Place à l’utopie
Une quinzaine de longs métrages est ainsi réunie autour d’une thématique commune, élaborée plusieurs mois à l’avance par l’équipe du ciné-club. « L’an dernier, nous nous attachions aux détails. Cette année, place à l’utopie », annonce Jean Aubert. Un thème qui, selon lui, « oscille entre l’incarnation d’un idéal politique à construire et un espace imaginaire ».
Les programmateurs se sont donné carte blanche pour composer une saison éclectique, où les Marx Brothers côtoient le cinéaste indien Satyajit Ray, Jacques Tati, Spielberg ou encore Terry Gilliam. « Nous couvrons chaque saison un large spectre du cinéma mondial, des années 30 jusqu’aux périodes récentes. Nos choix semblent plaire car nous parvenons à fidéliser un public qui nous fait confiance ».
Le programme complet de la saison 2026-2027
Un lien maintenu
Chaque séance rassemble entre 80 et 100 spectateurs, pour un tarif qui ne dépasse pas 7 euros. Des recettes indispensables à la poursuite de l’activité, notamment pour financer la location, toujours coûteuse, des films.
Président du ciné-club Jean Vigo depuis 2019, Jean Aubert, professeur de physique-chimie, s’inscrit dans une longue histoire de cinéphilie montpelliéraine. Dans les années 1960, des passionnés avaient lancé, de manière informelle, les premières séances d’un ciné-club qui ne portait pas encore le nom de Jean Vigo. En 1976, Pierre Pitiot et Henri Talvat fondent l’association sous sa forme actuelle. « Cela fait 50 ans, au moins, que des amateurs de cinéma se retrouvent à Montpellier. Une telle longévité méritait d’être saluée par ce week-end gratuit », se réjouit le président.
La naissance de Cinemed
Dès ses débuts, ses fondateurs ont placé la programmation sous le signe de l’exigence. D’abord tournée vers le cinéma d’Europe de l’Est et l’avant-garde nord-américaine, elle s’est progressivement ouverte au patrimoine et aux grands classiques, en alternant films populaires et chefs-d’œuvre méconnus.
Précurseur, il s’est imposé comme un acteur à part entière de l’écosystème culturel montpelliérain. Parmi ses grandes réalisations figure la création, en 1979, du festival Cinemed, consacré aux cinématographies du bassin méditerranéen. À l’origine, il ne s’agissait pourtant que d’une semaine dédiée au cinéma italien. Sa 48e édition se tiendra du 16 au 24 octobre. Et s'il n'est plus géré directement par l'équipe actuelle du ciné-club, la quinzaine de bénévoles actifs maintiennent le lien en s'impliquant dans le programme des rétrospectives.
Le premier ciné-club de Montpellier
En 1925, Montpellier ne comptait pas moins de cinq cinémas. Leur succès était considérable, avec jusqu’à quatre séances quotidiennes. C’est dans cette effervescence que le docteur Paul Ramain, cinéphile averti, fonde les Amis du cinéma. Cet ancêtre du ciné-club actuel ne projetait pas de films, mais réunissait régulièrement ses membres (135 dès la création de l’association) et organisait des débats autour de différents sujets et enjeux cinématographiques.
L'idée lui avait peut-être été donnée l'année précédente par Jean Epstein. Le jeune cinéaste de 26 ans, déjà remarqué pour son audace formelle, était venu à Montpellier présenter son film Cœur fidèle. Il y avait exposé, devant des étudiants, sa conception d’un cinéma encore en pleine invention.