Les élèves de l’école Périclès peuvent désormais mettre un visage sur le nom inscrit au fronton de leur établissement. Vendredi 18 septembre, à l'occasion de la clôture de la Journée nationale des enfants du patrimoine Levez les yeux ! et pour l'ouverture du week-end des Journées européennes du patrimoine, le buste de l'homme d'État athénien a été inauguré à l'entrée de l'école, au cœur du quartier Antigone.
« Dénommer, c'est aider à connaître »
Dans son discours, le maire de Montpellier, Michaël Delafosse a rappelé la grande figure politique de la démocratie que représentait Périclès, « élu à vingt-trois reprises comme stratège ».
« Périclès, c'est celui qui a mené pour sa cité une politique de grands travaux. » Citant le Parthénon, « qu'il ouvrait aux artistes de toute la Grèce classique », il a rappelé que les actions de l’homme d’État étaient « le témoignage d'un amour des arts et de la confiance dans les artistes », tout en établissant un parallélisme avec l’hospitalité montpelliéraine : « Avant de vous rejoindre, j'étais à Arabesques et c'était bouleversant parce que des artistes de Beyrouth, d'Algérie, du Maroc, de Palestine, d'Égypte, y étaient présents. De se dire que notre ville est hospitalière aux artistes, cela montre ce que c'est finalement un engagement. » (…) « La loi de Zeus est la loi de l'hospitalité. Nous sommes tous les enfants de la Grèce. »
Installé à l’entrée de l’école élémentaire éponyme, le nouveau buste est ainsi destiné à être vu chaque jour par les enfants, sur leur chemin d’écolier, par leurs familles et les agents de l’établissement, mais aussi par les habitants et passants empruntant cet axe du quartier. Il devient à la fois un élément du paysage urbain et un support de sensibilisation à l'histoire et aux arts.
Une inauguration qui donne également tout son sens à l'ambition formulée par la Ville d’une réflexion plus large sur la signification des noms donnés aux équipements et espaces publics, soulignée par le premier édile de la Ville.
« Quand on dénomme, ça dit évidemment des choses, ça dit l'époque. »
Car derrière le nom donné à une rue, à une école, estime le maire, doit aussi se trouver une possibilité de découverte et d'appropriation. Pour les enfants qui la fréquentent, soulignait-il, en mentionnant les propositions des dénominations d’établissements, à venir au prochain conseil.
« Ce n'est pas juste un nom, c'est comment ce nom aide à se construire. »
L'arrivée du buste ajoutant à cette ambition de transmission. « Voir son visage, se projeter, construire son imaginaire », a énuméré Michaël Delafosse avant de résumer : « Dénommer, c'est aider à connaître. »
Le maire s'est également adressé directement aux écoliers, les invitant à devenir à leur tour les passeurs de cette histoire : « Vous portez le nom d'une école à l'histoire glorieuse que vous avez très bien racontée. »
Et de conclure : « Périclès reste une figure très inspirante. »
Un nouveau visage dans le paysage d’Antigone, telle « une invitation à se questionner »
Pour Bénédicte Best, directrice de l'école élémentaire Périclès, l'installation du buste permet de donner une dimension concrète au nom porté par l'établissement. « Porter le nom de Périclès, ce n'est pas seulement porter le nom d'un personnage de l'histoire, c'est aussi transmettre des valeurs : apprendre, réfléchir, s'exprimer, écouter les autres. »
Un message qui prend tout son sens dans une école. Figure emblématique de la démocratie athénienne, Périclès, qui a vécu au Ve siècle avant notre ère, reste associé à l'essor politique, culturel et artistique d'Athènes ainsi qu'aux valeurs de citoyenneté et de transmission du savoir.
« À l'école, chaque jour nos élèves apprennent à devenir des citoyens », a poursuivi la directrice, avant d'insister sur la portée pédagogique de cette nouvelle présence dans l'espace public : « Que ce buste devienne pour nos élèves un objet de curiosité, une invitation à se questionner. Car apprendre l'histoire, c'est aussi apprendre à mieux comprendre le monde d'aujourd'hui pour imaginer celui de demain. »
Maï-lan et Yasmine, élèves de CM2, racontent Périclès
Et qui mieux que les enfants pour raconter celui dont leur école porte le nom ? Devant l'assistance, Maï-lan et Yasmine, élèves de CM2, ont présenté à leur tour la figure de Périclès et ce qu'elle représente, au nom des élèves de l'établissement.
« Périclès est né il y a environ 2 500 ans à Athènes, en Grèce. Il était un homme politique très important. »
Les deux écolières ont notamment rappelé son rôle dans la vie de la cité : « Il a notamment encouragé les citoyens à prendre part aux décisions de la cité. Sous son influence, Athènes est devenue une ville très puissante et un grand centre de culture, de sciences et d'art. »
Avant de conclure sur le lien avec leur propre établissement : « Aujourd'hui encore, son nom reste associé à la démocratie, à la culture et au rayonnement de la Grèce antique. C'est pour cette raison que notre école porte fièrement son nom ».
Une prise de parole particulièrement saluée par le maire de Montpellier.
Une nouvelle statue dans le parcours antique d'Antigone
L'installation ne doit rien au hasard. Pensé par l'architecte Ricardo Bofill, Antigone assume depuis sa création un dialogue très affirmé avec l'Antiquité, jusque dans les noms de ses lieux et sa statuaire. La Ville a ainsi installé dans le paysage urbain plusieurs moulages. Avec Périclès, ce parcours compte désormais 13 statues. Six ont déjà été restaurées, dont la Diane de Versailles, la Victoire de Samothrace et le dieu de l'Artémision, tandis que plusieurs autres font actuellement l'objet d'un diagnostic.
Fabrication du buste
Le visage qui accompagne désormais l'école renvoie à une longue histoire. Le buste reproduit le célèbre portrait de Périclès attribué au sculpteur grec Crésilas, réalisé vers 430 avant notre ère et connu grâce à plusieurs copies romaines, notamment celles conservées aux musées du Vatican et au British Museum.
La reproduction installée à Antigone reprend précisément le buste conservé au musée Pio-Clementino de Rome. Elle a été réalisée par l'atelier de moulages de la Réunion des musées nationaux - Grand Palais, déjà à l'origine de la plupart des reproductions présentes dans le quartier.
Le musée des Moulages de l'Université de Montpellier Paul-Valéry conserve, lui, une reproduction de la version du British Museum.
Le socle, partie intégrante de l'œuvre
Au-delà du moulage de Périclès, son implantation devant l'école a également reposé sur un travail spécifique autour de son socle, réalisé par l'entreprise Artprotec, installée à Saint-Drézéry : « Il a fallu faire un moule de béton et de ferraille, puis les quatre faces ont été assemblées et collées sur place », avec un temps conséquent prévu en amont pour un séchage optimal, comme en témoigne Pierre Susini, dirigeant et fondateur d’Artprotect. Un travail important de finition a également été observé pour cette réalisation avec la volonté de coller au maximum à l'original et notamment une gravure des caractères dans des polices similaires, comme le souligne celui qui a été, par le passé, ébéniste à Montpellier durant plus d’une décennie, et dont les collaborations actuelles s’étendent jusqu’au Louvre à Paris ou au Mucem à Marseille.