Écrivain, peintre, metteur en scène, Valère Novarina (1942-2026), magicien du langage, chef de file de l’écriture contemporaine, s’est éteint discrètement au début de l’année. La programmation du 40e Printemps des Comédiens, lui accorde une place d’honneur. « Non pas sous forme d’hommage, il aurait détesté ce mot », explique Eric Bart, directeur artistique de cette nouvelle édition, mais plutôt comme une invitation ultime à entrer dans son monde ». Les Personnages de la pensée, présentée les 9 et 10 juin au théâtre Jean-Claude Carrière, œuvre jubilatoire pour dix acteurs et deux musiciens, est un pur concentré « Novarinien », l’auteur ayant signé pour cette pièce qui restera son œuvre ultime, à la fois le texte, les peintures et la mise en scène. Quelques jours plus tard, L’envers des mots, prolongera la traversée de cette œuvre singulière. Avec une lecture-spectacle conçue par Olivier Martin-Salvan, que Novarina surnommait son « soldat du langage ». Invitation à se glisser dans l’envers des mots, dans un corps à corps entre langue, musique, porté par plusieurs interprètes.
La virtuosité de ce jongleur des mots, qui peut effrayer autant qu’elle fascine, s’intègre à une célébration de la figure de l’auteur. De sa grandeur et de son mystère.
Anton Tchekhov (1860-1904), l’un des plus grands auteurs russes du XIXe siècle, est ainsi à l’affiche du Printemps. Avec les 30 et 31 mai, la première représentation en France de Vania, mis en scène par l’Argentin Guillermo Cacace et qui transpose l’intrigue campagnarde des Sérébriakov dans les sables du désert d’Acatama. Les 2 et 3 juin, Myriam Muller, installera son dispositif « quadrifrontal » sur la scène du théâtre Jean-Claude Carrière, pour présenter sa belle reprise d’Ivanov, pièce de jeunesse de Tchekhov qui y aborde paradoxalement, la souffrance d’un homme se voyant vieillir.
Au rang des auteurs, plus proches de nous, honorés par le festival, à signaler : Europa, présenté les 29 et 30 mai, qui convoquera ainsi sur scène, en personne, le temps d’un prologue, l’auteur libano-québécois Wadji Mouawad. Suivi de la mise en scène signée par Krzysztof Warlikowski, du Serment d’Europe, joué en polonais, surtitré en français : exploration à 75 années d’écart de la mémoire d’un crime.
Roberto Bolaño, poète chilien, disparu en 2003 fera l’objet d’un spectacle original compilant textes et interviews, mis en scène par Georges Lavaudant. Stella Maris, présenté du 10 au 13 juin, sera l’occasion de retrouver deux des protagonistes du Misanthrope créé à Montpellier, Éric Elmosnino et Mélodie Richard.
C’est aussi à la question de l’auteur – de l’autrice, en l’occurrence – et de son exploration du langage que s’intéressera le festival, avec la création par Thomas Blanchard et Olivier Martin-Salvan, d’un texte inédit de Marion Aubert : Les Gaulois. Diplômée de l’École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier, Marion Aubert développe depuis plusieurs années un théâtre où le comique, le trouble et la cruauté s’entrelacent. Dans une Gaule fantasmée, deux individus barbus et poilus, portant des masques de sanglier, vivent au bord d’une rivière. Seuls, perdus, ils essaient de tenir debout.
Cette variation loufoque et inquiétante sur l’Histoire Nationale, présentée les 29, 30 et 31 mai, rappelle aussi la priorité donnée par le festival à la défense de la création en région.
On retiendra ainsi, le focus spécial, proposé les 30 et 31 mai, consacré à quatre compagnies du territoire : On fera mieux la prochaine fois, mis en scène par Nicolas Heredia et interprété par les comédiens de la Bulle Bleue ; Et tout est rentré dans le désordre, écrit et mis en scène par Julie Genegmos et Marion Coutarel ; 5 secondes, spectacle solo, porté par l’ex-nageur Maxime Taffanel, sur un texte de Catherine Benhamou et une mise en scène délicate d’Hélène Soulié ; et Tragédie Démocratique, fruit d’un travail d’écriture collective, mis en scène par Lara Marcou et Marc Cittecoq pour le Groupe O.
L’occasion de rappeler aussi l’attachement du festival à la jeunesse et à la transmission. Pour accompagner « ceux qui feront les scènes de demain ». Avec notamment le « défi choral », proposé par deux anciennes de l’ENSAD, Marion Aubert et Marion Guerrero, aux « nouvelles et nouveaux » de la promotion 2026, dans une relecture du Peer Gynt d’Ibsen, présentée au Hangar Théâtre les 9, 10 et 13 juin ; suivie les 11, 12 et 13 juin, toujours au Hangar Théâtre, et avec la promo 2026 de l’ENSAD, de You can be do, compilation de textes de jeunes auteurs contemporains, mise en scène par Olivier Martin Salvan.
Une séquence « jeunesse et formation » que l’on ne peut dissocier du Printemps des Collégiens, qui ouvrira les portes du théâtre Jean-Claude Carrière, pour deux représentations données le 12 juin à 10h et 16h, à quatre classes des collèges de Montpellier. Shakespeare et citoyenneté, permettra ainsi d’entendre des extraits de Richard III, Hamlet et Beaucoup de bruit pour rien. Sans oublier également le rendez vous avec les élèves en formation au Centre des Arts du Cirque Balthazar, partenaire de longue date du Printemps des Comédiens. Un autre récit, nouvelle création mise en piste par Viola Grazioli et Martin Jouan, sera présentée du 10 au 13 juin, sous chapiteau.
La voix des femmes, résonnera de manière singulière, portée par trois grandes figures féminines du théâtre international. La Sicilienne Emma Dante, présentera en effet les 5 et 6 juin, Extra moenia, mosaïque quasi cinématographique sur les joies et les drames qui traversent une journée ordinaire ; la performeuse argentine Marina Otero, racontera avec Ayoub, l’épisode réel d’un projet de voyage à Tanger, d’un homme qu’il fallait secourir. Et puis l’abandon du projet, et le questionnement mené autour d’un amour pris au piège dans un monde impossible. L’artiste catalane Angélica Liddel, viendra rendre hommage au poète et écrivain japonais Yukio Mishima. Avec Seppuku, El funeral de Mishima, O el placer de morir, présenté les 6 et 7 juin, elle emballera les machines de la représentation, à travers une série de tableaux réunissant l’érotisme, la beauté et la mort.
Revoir les étoiles, les 12 et 13 juin à 22h à l’Amphithéâtre du Domaine d’O, permettra de retrouver la troupe australienne du Circa Ensemble et son metteur en scène, Yaron Lifschitz. Douze acrobates et quatre musiciens déploieront tout l’appareillage de l’acrobatie circassienne, cordes, trapèzes, perches pour un spectacle époustouflant qui clôturera ce 40e anniversaire du Festival. Avec un rendez-vous ultime, le 21 juin, à l’occasion de la Fête de la musique, pour profiter de la beauté du cadre, de la musique, de l’esprit de fête et des lampions…