Le 30 avril, Vegapolis* faisait sa première mondiale sur les écrans du Hot Docs, le festival international du documentaire de Toronto. Pour le public nord-américain, c'était une première rencontre avec la patinoire emblématique de Montpellier, objet du film de la réalisatrice Micha Barban Dangerfield. S'il n'est pas reparti avec un prix, il avait déjà su se faire remarquer par le Hollywood Reporter (référence absolue de l'industrie cinématographique) qui le citait parmi les premières mondiales les plus attendues de la compétition. Une visibilité précieuse, qui place Montpellier sous les projecteurs d'une scène documentaire mondiale. « Les Canadiens ont été curieux de découvrir comment, dans le sud de la France, une patinoire peut être un lieu qui révèle quelque chose de plus profond auprès des adolescents. Un espace où se nouent des amitiés, où l'on dissèque ses premières amours et où se dessinent les rêves d'avenir », explique Romain Rampillon, le producteur du film.
Avant la Nuit, une ascension éclair
Dans le prolongement de cette reconnaissance, sa société de production Avant la Nuit, fondée à Montpellier il y a seulement cinq ans, s’impose progressivement comme un acteur qui compte dans les festivals internationaux. Avec Vegapolis, déjà huitième film produit, la structure confirme une trajectoire ascendante. Plusieurs de ses productions précédentes ont été remarquées dans des rendez-vous majeurs : La maison brûle, autant se réchauffer, présentée à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes en 2023 ; Les Liens du sang, Grand Prix 2024 du court métrage au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer ; ou encore Khmerica*, distingué par une mention spéciale du jury en 2025 à Visions du Réel, en Suisse.
115 sélections, 14 prix
Depuis plusieurs années, les Montpelliérains trouvent dans les festivals à la fois visibilité et reconnaissance. L’an dernier, Mes fantômes arméniens*, coproduit par Bapla Films, a été dévoilé en avant-première mondiale à la Berlinale, l’un des rendez-vous les plus prestigieux du cinéma mondial.
Dans cette même lignée, Knit’s Island*, réalisé en 2023 par les Montpelliérains Guilhem Causse, Ekiem Barbier et Quentin L’Helgoualc’h, illustre parfaitement cette montée en puissance. Le film a connu un parcours exceptionnel, avec pas moins de 115 sélections et 14 prix, dont deux à Visions du Réel. Pour son producteur Boris Garavini (Les Films Invisibles), ces circuits constituent un levier décisif : « Ces grands rendez-vous cinématographiques sont des vitrines. Cela a permis à Knit’s Island d’être ensuite projeté dans les cinémas au Chili, au Japon, Taïwan et Hong Kong. En France, il a été diffusé dans 10 salles et a réalisé 6 000 entrées ».
Entre art et business
Un résultat jugé très satisfaisant pour cette structure encore modeste, basée à Alès et fidèle à ce trio de jeunes réalisateurs de Montpellier. Cette relation de confiance, construite dans la durée, s’est ainsi prolongée avec La vraie vie*, présenté à CannesSéries l’année dernière, puis avec Normal Planet, actuellement en circulation dans plusieurs festivals au Portugal et en Pologne.
Un festival n’est pas seulement des projections. Celui de Toronto, le plus important d’Amérique du nord pour les documentaires, est un marché économique. Romain Rampillon le dit sans détour : « Je suis resté six jours à Toronto et la plupart de mon temps s’est passé en rendez-vous professionnels pour trouver de l’argent en vue de nos futurs projets, parfois au détriment du plaisir de découvrir les films du festival ».
Être sélectionné, déjà une victoire
Une sélection, même sans prix, suffit parfois à tout changer. Elle agit comme un label de qualité, ouvre des portes, rassure les financeurs. Cyril Favelin, dirigeant de Sélénite Productions, dont le court métrage Finir au soleil* a circulé en 2025 dans une quinzaine de festivals le confirme : « Être sélectionné, c’est déjà une victoire. Surtout si le festival est qualificatif pour les Oscars, comme celui de Tirana où notre film a été présenté ».
Un avis partagé par Alice Baldo, de Bapla Films. « La présentation de Mes fantômes arméniens à Berlin a constitué un véritable tremplin pour la sélection dans d'autres festivals. Elle a également conféré à ma jeune société de production la crédibilité nécessaire pour décrocher des financements sur mes projets suivants, notamment auprès de la Région Occitanie et de la Métropole de Montpellier ».
L'envers du tapis rouge
Encore faut-il y entrer. La compétition est féroce, les places rarissimes. « Les festivals reçoivent des milliers de films chaque année pour seulement quelques dizaines de places », rappelle Boris Garavini. Dans cet environnement, l'improvisation n'a pas sa place. Il faut cibler, anticiper, composer avec des contraintes strictes telles que l’exigence de premières mondiales, des lignes éditoriales définies, des calendriers serrés. « Hot Docs privilégie des documentaires de société accessibles, avec un côté pop, tandis que d'autres, comme Visions du Réel, valorisent des œuvres plus singulières », décrypte Romain Rampillon. Connaître ces différences, c'est déjà une partie du travail.
Le distributeur, clé du succès
Reste que, sans accompagnement, la diffusion d’un film peut vite se transformer en parcours du combattant. Tous les producteurs évoquent un travail à la fois chronophage et coûteux, chaque inscription représentant un investissement sans garantie de sélection. Dans ce contexte, le rôle des sociétés de distribution devient réellement déterminant. Cyril Favelin en témoigne : « Notre distributeur, bien implanté à l’international, a permis de franchir des frontières difficiles d’accès. Finir au Soleil a ainsi participé à de nombreux festivals indépendants aux États-Unis, mais aussi au Liban, en Turquie et jusqu’au Kurdistan irakien ».
Zagreb, consécration internationale
Les coproductions internationales constituent souvent un atout décisif. Les deux longs-métrages des Films d’Ici Méditerranée (Josep, sélectionné à Cannes en 2020 et They Shot the Piano Player*) ont bénéficié de sorties officielles dans les pays coproducteurs ; le second a même figuré parmi les dix meilleurs films espagnols de 2023 selon la critique. Mes fantômes arméniens a été soumis à l’Oscar du meilleur film international sous le drapeau de l’Arménie.
Le studio Les Fées Spéciales a lui aussi tiré parti de cette dynamique. Son court-métrage d’animation 2h14*, a été présenté en mars dernier au Kaboom Festival d’Amsterdam. « La durée du film est trop longue pour ce qu’ils diffusent habituellement. Le fait qu’il ait bénéficié du Fonds néerlandais pour le cinéma a joué en notre faveur », explique le producteur Flavio Perez, qui annonce également que son film sera en juin, en compétition officielle à Animafest Zagreb, l'un des festivals d'animation les plus exigeants au monde. Cette sélection est une consécration de plus pour la scène cinématographique montpelliéraine.
Ainsi, au fil des sélections et des distinctions, ces productions contribuent à installer Montpellier sur la carte du cinéma international. Le territoire s’affirme désormais comme un véritable vivier de talents, confirmant progressivement son statut de place émergente du 7e art.
*Film soutenu par le Fonds d’aide ICC de la Métropole de Montpellier.