Ouvrir une galerie d’art dans le quartier des Prés d’Arènes, à Montpellier, il fallait oser. Léo Cilas l’a pourtant fait. Depuis l’année dernière, l’artiste accueille visiteurs et créateurs dans un espace de 67 m² baigné de lumière, devenu en peu de temps un nouveau point de rendez-vous pour la scène artistique locale.
Artiste lui-même, issu de la culture graffiti, le trentenaire concrétise ainsi un projet qu’il n’imaginait pas voir se réaliser si tôt. « Je pensais le faire dans vingt ans. Mais quand l’opportunité s’est présentée, je l’ai saisie. »
L’aventure Restanque
Tout commence lorsqu’il intègre les Ateliers Ernest Michel avec l’association LineUp. C’est dans ce cadre qu’il prend part à l’aventure Restanque, un projet né du dispositif Permis d’imaginer, porté par la Ville de Montpellier et Altémed. L’initiative vise à transformer un ancien hangar industriel de 1 500 m² en un véritable pôle culturel. « L’idée était de réhabiliter ce lieu pour accueillir des ateliers d’artistes. Et il y avait suffisamment d’espace pour imaginer aussi une galerie d’art. »
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Artistes émergents
Intégrée à ce tiers-lieu artistique, la galerie évolue dans un environnement particulièrement dynamique où cohabitent ateliers, résidences et événements culturels. Cette proximité entre création et diffusion favorise les échanges et permet au public de découvrir les œuvres dans un cadre vivant, au plus près du processus artistique.
Depuis son ouverture, la Galerie Cilas favorise les artistes émergents et développe une programmation alternant expositions personnelles et collectives. « C’est un espace de diffusion pour des artistes contemporains dont les pratiques se situent entre peinture, abstraction, figuration et influences urbaines », explique son fondateur.
Un lieu pour collectionneurs
La galerie compte déjà sept expositions à son actif, un rythme soutenu qui reflète l’énergie de la scène locale. Parmi les artistes présentés figure notamment Zeklo, dont l’exposition « The World Is Yours » a marqué les esprits. D’autres propositions collectives, comme « Lignes, Surfaces, Volumes », ont permis d’explorer les dialogues plastiques entre formes, couleurs et construction de l’espace pictural.
7 000 visiteurs
Au fil des vernissages, le lieu attire un public de plus en plus varié. Habitants curieux, artistes montpelliérains, étudiants en art et amateurs de création contemporaine s’y retrouvent régulièrement. « Je pense que 7 000 personnes ont été accueillies », estime Léo Cilas. Cette diversité fait de la galerie un véritable espace de rencontre, où les discussions autour des œuvres occupent une place centrale. Les visiteurs peuvent y découvrir des créations originales, souvent proposées à des prix encore accessibles, ouvrant la porte à une nouvelle génération de collectionneurs.
Première incursion parisienne
Cette dynamique dépasse désormais le cadre local. En mars, la galerie montpelliéraine a récemment participé à l’Urban Art Fair à Paris, l’un des rendez-vous internationaux majeurs consacrés à l’art urbain. À cette occasion, Léo Cilas accompagnait l’artiste montpelliérain Mara, invité à présenter une exposition personnelle. Pour le galeriste, cette participation constitue une vitrine stratégique pour une structure émergente et les artistes qu’elle défend. « Participer à une manifestation parisienne représente certes un investissement important pour une jeune galerie, mais c’était l’occasion d’aller à la rencontre d’un public que nous n’atteindrions pas autrement. Les retombées se mesureront forcément dans la durée. »
Un vivier talentueux
Léo Cilas choisit avec soin les artistes qu’il expose. S’ils doivent correspondre à l’esprit qu’il souhaite insuffler à sa galerie, leur travail doit également avoir du sens. Le facteur humain est aussi important que l’artistique. « J’observe la scène de Montpellier, ce que les uns et les autres postent sur Instagram, par exemple. Ensuite, beaucoup se fait sur la rencontre avec l’artiste. Il faut que le courant passe entre nous. Il existe un vivier de créateurs talentueux qui n’ont jamais eu leur place en galerie. Ce sont eux que je favorise. »
Bla-Bla jusqu’au 23 avril
Jusqu’au 23 avril, la galerie présente « Bla-Bla », une exposition personnelle de Julien Barriol, un artiste qui construit une œuvre fondée sur le signe, la lettre et l’écriture détournée. En altérant leur lisibilité, il révèle la dimension parfois absurde ou oppressante de ces structures textuelles. « Son travail me semble particulièrement pertinent aujourd’hui. Nous vivons dans une époque où tout s’écrit, se commente, se partage, s’archive. Pourtant, plus les discours se multiplient, plus le sens semble se fragiliser. En rendant le texte instable, en perturbant sa lisibilité, Julien nous oblige à ralentir, à regarder autrement. Son travail laisse place au doute et à l’interprétation. »
L’exposition est visible du mercredi au vendredi (10h30 - 18h), le samedi (15h-18h30) et les lundis et mardis sur rendez-vous. Soirée de clôture de l’exposition, le jeudi 23 avril à partir de 18h.
galerie-cilas.com