En cette période où l’actualité ne nous remonte souvent que les fracas du monde, Marion Fayolle, elle, nous parle d’amour et cela fait un bien fou. Tout n’est pas rectiligne pour autant. Ses amours sont biscornues ou contrariées, parfois étranges, s’enlacent, se tournent le dos, s’attirent et se repoussent comme de tendres Aimants (d’amour donc) devenus de simples aimants (métaux, un peu lourds). Autrice, illustratrice et dessinatrice de presse, elle a signé l’affiche de la Comédie du Livre – 10 jours en mai qui est disponible en trois versions. Mais elle expose également à l’espace Dominique Bagouet jusqu’au 6 septembre.
« Je travaille sur des petits formats et quand j’ai vu la salle, je me suis un peu inquiétée car il y avait beaucoup de place », commente Marion Fayolle, ardéchoise d’origine, passée par une école d’art à Strasbourg et aujourd’hui établie dans la Drôme. Mais je me suis appuyée sur les personnage de mon livre Les Aimants sorti en début d’année. Je suis quelqu’un qui se pose beaucoup de questions et je me suis toujours sentie un peu morcelée dans mon travail entre le dessin de presse, l’écriture et l’illustration. En venant à la Comédie du Livre, je ne voulais pas montrer simplement une affiche. Mais parler de mes romans et de mes dessins. »
Passer sous la jupe
Le défi de la mise en espace a été parfaitement relevé en jouant sur le ludique et la drôlerie. À l’image de cette jupe rouge centrale, tel un théâtre de curiosités, sous laquelle il faut se glisser pour retrouver des dessins érotiques, où le sexe n’est jamais montré, car souvent caché par un légume. « La question de la sexualité n’est pas souvent abordée dans le dessin. Je l’ai fait dans un petit recueil (Les coquins). Je suis souvent censurée sur les réseaux sociaux alors que mon approche est de l’ordre de la poésie. Je suis dans la réflexion, pas dans la perversion », commente Marion Fayolle. Autre facette de l’illustratrice, cet accrochage somnolent où le visiteur peut se glisser entre un drapé de corps et des coussins de papier. Humour toujours avec ce cadre au mur où un couple est comprimé dans des serre-joints. « C’est ma vision du couple parfois, mais parfois seulement », s’amuse-t-elle. Ou ces randonneurs qui se tournent le dos mais dont les sacs à dos s’embrassent…
De l’ordre de l’invisible
L’expérience des rencontres, le jeu sur les ombres à taille humaine, le sentiment amoureux, les choses qui sont de l’ordre de l’invisible, le doute permanent, c’est une série de petites lucarnes sentimentales que Marion Fayolle a ouvertes. Récipiendaire l’an passé du prix Habiter le monde, décerné par Sauramps et Midi Libre, elle poursuit de l’aveu même de Régis Penalva, le directeur de la Comédie du Livre – 10 jours en mai « l’écriture d’une histoire montpelliéraine ».
L’art de la bande dessinée
Lors du vernissage de cette exposition, Agnès Robin, adjointe au maire à la Culture, a évoqué le changement de destination de la salle. Jadis réservée au patrimoine artistique régional, la programmation s’était ensuite orientée en 2023 autour de trois axes : un artiste du territoire, un projet autour des arts et des sciences et un autre lié à la Comédie du Livre – 10 jours en mai, souvent de la jeunesse ou de la bande dessinée. Fab Caro, Frédéric Pajak ou Albertine ont ainsi été accueillis. Désormais, l’espace Bagouet sera consacré à l’art de la bande dessinée, à l’art graphique, aux illustrations, aux arts visuels et aux dessins.