Archéologie : Diane Dusseaux pose son regard sur le musée Henri Prades

19-09-26 - 06:30
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Samedi 26 septembre, le musée Henri Prades fêtera ses 40 ans. Cet équipement métropolitain qui jouxte le site archéologique de Lattara à Lattes est un des premiers musées de site en France. À l'occasion de cette célébration, la rédaction s’est entretenue avec Diane Dusseaux, conservatrice du musée archéologique Henri Prades depuis 2015.
Diane Dusseaux devant l'entrée du musée
Diane Dusseaux, conservatrice du musée archéologique Henri Prades - © L.P.
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Quel regard portez-vous sur l’évolution du musée sur ces quatre décennies ?

Diane Dusseaux : En me plongeant dans les archives pour préparer l'exposition des 40 ans (voir encadré ci-dessous), le premier constat est que le musée a beaucoup changé. À son inauguration en 1986, c'était un musée à l'image des structures archéologiques des années 1980, mais déjà précurseur en tant que « musée de site » (ndlr : il jouxte le site archéologique de Lattara, port antique du VIe siècle avant notre ère). À son ouverture, son architecture et sa muséographie étaient très enviées et faisait référence dans la profession. 

Aujourd'hui, nous basculons dans le référentiel du XXIᵉ siècle. Évidemment, nous avons suivi les évolutions classiques liées aux musées et aux pratiques culturelles des publics, mais certaines choses n'ont absolument pas changé, notamment l'esprit d'équipe. C'est une petite équipe d’une quinzaine de personnes très solidaire. En retrouvant des photos des repas d'équipe des années 1980, on s'aperçoit que l'ambiance et les lieux sont restés les mêmes. C'est un héritage fort, propre à l'esprit collectif du travail de terrain en archéologie. 

Justement, la synergie d'origine prévoyait d'associer le musée, le site et le centre de recherche...

D. D. : L'idée initiale d'associer étroitement le musée, le site archéologique et le centre de recherche. Ce projet, lancé il y a cinquante ou soixante ans, arrive enfin à son aboutissement. En archéologie, on travaille sur le temps long... Tout ce qui a été fait auparavant n'a pas été inutile ! Ce sont des pierres posées qui nous ont permis de mener à bien ce projet aujourd'hui. 

Que fait précisément l'équipe de recherche du CNRS à Lattara ?

D. D. : L'équipe du CNRS (rattachée au laboratoire Archéologie des Sociétés Méditerranéennes de Montpellier) dirige les fouilles programmées sur le site de Lattes (Lattara et la Cougourlude). Elle étudie tout ce qui sort du terrain : objets, éléments de faune... Il y a des passerelles permanentes entre la recherche et le musée : nos expositions s'appuient très souvent sur leurs travaux de recherche. Notre collaboration est fluide et s’est renforcée autour d'un objectif scientifique commun : donner à voir la réalité de Lattara, ce port gaulois ouvert sur la Méditerranée.

archéologues foulants
La campagne de fouilles 2019 sur la zone portuaire de Lattara - © Hugues Rubio
des archéologues sur le terrain
Les fouilles préventives de 2018 menées par l'INRAP (photo) ont mis à jour des vestiges d'occupation sur le site de la Cougourlude. Cet été l'équipe du laboratoire de recherche Archéologie des sociétés méditerranéennes y a mené de nouvelles fouilles - © C. Ruiz
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archéologues foulants
La campagne de fouilles 2019 sur la zone portuaire de Lattara - © Hugues Rubio
des archéologues sur le terrain
Les fouilles préventives de 2018 menées par l'INRAP (photo) ont mis à jour des vestiges d'occupation sur le site de la Cougourlude. Cet été l'équipe du laboratoire de recherche Archéologie des sociétés méditerranéennes y a mené de nouvelles fouilles - © C. Ruiz

Comment les découvertes archéologiques ont-elles métamorphosé le parcours du musée en 40 ans ?

D. D. : Le parcours permanent reflète l'état de la recherche. Dans les années 1980, ce sont surtout les découvertes exceptionnelles de la nécropole romaine (stèles funéraires, céramiques sigillées, verreries) qui étaient présentées. En 40 ans, les archéologues ont creusé plus profondément pour atteindre les niveaux liés à la période de fondation du site (vers le Vᵉ siècle avant notre ère). Nous avons donc rééquilibré le parcours permanent en réduisant la période romaine pour valoriser l'époque gauloise et cette rencontre unique entre Étrusques, Grecs et Gaulois. Ce que l'on donne à voir aujourd'hui continuera d'évoluer au rythme des campagnes de fouilles. 

Au fil du temps, le musée a aussi ouvert ses portes à la création artistique.

D. D. : Absolument. La Cité des Arts (Conservatoire de Montpellier) intervient régulièrement au musée depuis sa création. Ce dernier propose aussi des expositions d'art contemporain et des résidences artistiques. Cette démarche s'inscrit dans le cadre d'un partenariat avec le MO.CO. Montpellier Contemporain. Chaque année, un artiste plasticien est invité à créer des œuvres qui viennent résonner ou dialoguer directement avec la collection permanente et les pièces archéologiques du musée. À ce sujet, nous avons sélectionné deux photos très parlantes dans l'exposition anniversaire. La première montre des enfants dans les années 1990 devant des statues sans tête. La seconde, prise 20 ans plus tard exactement au même endroit, montre de jeunes danseurs du Conservatoire en pleine performance. Cela illustre magnifiquement la continuité de la transmission culturelle et la façon dont l'art vivant vient habiter le musée. 

Vous allez animer une conférence le 26 septembre. Quels sujets aborderez-vous ?

D. D. : Je présenterai le projet du « musée de demain » et sa future transformation. Au vu des enjeux actuels, j'y intégrerai également une dimension climatique : nous aborderons l'évolution environnementale du site archéologique et du littoral, ainsi que la résilience des Gaulois face aux changements climatiques qu'ils ont eux-mêmes traversés. Lattara a beaucoup à nous enseigner à ce sujet. Ce sera aussi l'occasion, aux côtés du président de la Métropole et du maire de Lattes, d'esquisser les grandes étapes à venir pour l'infrastructure. 

Comment avez-vous conçu la programmation de cet anniversaire ?

D. D. : De façon très visuelle et symbolique. Dans l’exposition, nous mettons en avant les coulisses et l'envers du décor : les photos de la ferme d'origine (Saint-Sauveur), la période des travaux portés grâce au soutien solidaire des collectivités publiques (Ville de Lattes, Métropole, Département) et de l'État, mais aussi les repas d'équipe, le montage des expositions ou encore les grands événements populaires comme les Fêtes de l'Antiquité. Au rez-de-chaussée, nous allons également reconstituer un peu de la muséographie des années 1980 avec des ensembles de céramiques sigillées et de verres soufflés romains, afin d'illustrer l'évolution des modes de présentation des collections dans les musées. 

Le programme du samedi 26 septembre 

  • Dès 13h30 : accueil avec un café de bienvenue
  • 14h : inauguration de l’exposition rétrospective Le musée a 40 ans.
  • 14h30 : conférence de Diane Dusseaux, 40 ans après, un nouveau projet pour Lattara.
  • 16h : spectacle de Fabien Bages, Henri Prades, le courage de la passion.

✅ Entrée libre et gratuite ✅

Le lien avec le jeune public semble aussi être un fil conducteur historique ?

D. D. : C'est même une constante depuis les débuts ! Dès les années 1980 et 1990, alors que ce n'était pas encore systématique dans les musées, Henri Prades qui était instituteur amenait ses élèves et faisait ses cours sous le porche (ndlr : actuelle entrée du musée), et les services éducatifs (du musée et du centre de recherche) faisaient venir des classes sur le chantier de fouilles. L'accueil des scolaires et du jeune public fait véritablement partie de l'ADN de ce lieu depuis ses premières heures. 

Henri Prades, instituteur avec ses élèves au musée
Dès son ouverture, le musée accueillait les scolaires. Ici, l'instituteur Henri Prades en visite au musée avec ses élèves - © Archives du musée Henri Prades

Quelle est votre position sur l'utilisation du numérique dans le musée ?

D. D. : Nous l'intégrons de manière très raisonnée pour ne pas tomber dans le côté gadget. Les musées ont une responsabilité quant à la surexposition aux écrans. Nous privilégions l'audio, comme avec le podcast George et les secrets du musée lancé cet été, qui peut être écouté de partout. L'archéologie fait rêver et invite au voyage : l'audio permet de préserver cet imaginaire tout en ouvrant le musée vers l'extérieur. 

Pour terminer cet entretien, quelle est votre pièce préférée parmi les collections ?

D. D. : C'est une petite tête de statuette en terre cuite d'origine grecque, mesurant seulement 3,6 cm de haut et datant de -475 avant notre ère. Elle représente la sphère intime et domestique, la protection du foyer. Ce qui me la rend particulièrement attachante, c'est le petit impact qu'elle porte sur le nez : c'est un coup de truelle donné involontairement par l'archéologue au moment de sa découverte. Elle incarne à la fois la rencontre des cultures à Lattara, la croyance individuelle et l'histoire même de la recherche archéologique sur le terrain. 

>>> Pour en savoir plus lire ici : Le musée Henri Prades fête ses 40 ans

museearcheo.montpellier3m.fr

la statuette
Statuette en terre cuite d'origine grecque, mesurant seulement 3,6 cm de haut et datant de -475 avant notre ère trouvée sur le site de Lattara - © L. Damelet CCJ