Série "60 ans d’intercommunalité" // épisode 5

60 ans d’intercommunalité : Christophe Moralès

26-02-25 - 14:30
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Conseiller général, adjoint municipal, vice-président du District de 1985 à 1995, puis de l’Agglomération de 2008 à 2014, Christophe Morales, architecte urbaniste de profession, a été un acteur et un témoin privilégié de la construction de l’intercommunalité sur notre territoire. Il raconte.
Christophe Moralès
© Hugues Rubio
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L’aventure commence avec le District urbain. Comment fonctionnait cette structure ? 

Christophe Moralès : Au départ, le District de Montpellier n’est pas une grande structure. Il s’agit plutôt d’équipes réduites qui travaillent avec un esprit un peu « commando ». Son action se limite à la gestion des déchets et des secours, à la lutte incendie et à la création de zones d’activités (NDLR : Vendargues et Saint-Jean-de-Védas). Puis, sous l’impulsion de Georges Frêche, le District va monter en puissance dans les années 1980. Une véritable solidarité territoriale axée sur le développement économique se met en place. On va progressivement évoluer d’une intercommunalité de mise en commun des moyens vers un vrai projet collectif d’aménagement du territoire. Plus tard, avec l’Agglomération, une administration mieux structurée et plus solide, l’action publique va être encore plus efficace et plus en phase avec la géographie du bassin de vie global. 

Quels aménagements ont été réalisés par le District ? 

C. M. : Comme je le disais, petit à petit l’intercommunalité regroupe de plus en plus de compétences : urbanisme, transports, sports et culture, traitement des ordures, assainissement… Dans les années 1980-90, plusieurs aménagements sont réalisés. Je pense à Héliopolis, à la station de pompage Avias sur le Lez (1982), à la médiathèque centrale Émile Zola (2000) et au réseau de médiathèques, ou à la Piscine Olympique Angelotti (1996) et au réseau des piscines. Il y a aussi le Conservatoire de musique et l’École des Beaux-Arts… C’est également la municipalisation des transports en commun, puis la préparation de la construction des lignes de tramway. La ligne 1 était intra-montpelliéraine, mais dès la ligne 2, le réseau dépassait le territoire de la commune. Je pense enfin à l’usine de tri Demeter, inaugurée en 1994. 

Georges Frêches écolier affiche Déméter
Georges Frêche explique l'utilité de l'usine de tri Demeter aux écoliers (1991) - © L'association Georges Frêche
Affiche Mitterrand Christophe Moralès
Christophe Moralès a été élu local à Montpellier pendant plus de 30 ans - © Hugues Rubio - Archives de Montpellier
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Georges Frêches écolier affiche Déméter
Georges Frêche explique l'utilité de l'usine de tri Demeter aux écoliers (1991) - © L'association Georges Frêche
Affiche Mitterrand Christophe Moralès
Christophe Moralès a été élu local à Montpellier pendant plus de 30 ans - © Hugues Rubio - Archives de Montpellier

Vous avez été très impliqué dans ce projet Demeter ? 

C.M. : Oui, tout à fait. Et, on le voit encore aujourd’hui, la gestion et le traitement des déchets est un domaine où il n’y a pas de solution 100 % idéale, ni 100 % écologique, malheureusement… L’implantation de Demeter à Garosud a été une opération importante et délicate. Auparavant, nous avions pensé à un centre de tri avec recyclage vers Murviel-lès-Montpellier. Mais, les tensions avec le Département avaient alors bloqué ce projet. Pour l’usine Déméter, il a fallu dépasser des conflits entre les communes au moment de la fermeture de la décharge du Thot. Nous avions d’ailleurs organisé un référendum local sur le choix de la méthode de traitement et du lieu d’implantation en mai 1990, une première en France. Les résultats ont été largement favorables au projet. 

Pouvez-vous résumer l’intérêt de l’intercommunalité ? 

C.M. : Je vais citer l’ancien maire de Prades-le-Lez, Philippe Ogequi disait en 1987 : « Un Pradéen, c’est un Montpelliérain qui n’habite pas sur l’œuf ». C’est un bon résumé de l’intérêt de l’intercommunalité… Les habitants sont attachés au territoire, pas seulement à leur commune. Et avec une politique d’aménagement pensée globalement grâce aux nouveaux outils développés par l’intercommunalité, cela permet de renforcer la cohérence territoriale et de financer des grands équipements. Les plans de développement urbain peuvent être un bon exemple : aujourd’hui le PLUi est vraiment élaboré au niveau de la métropole. Avant, chaque commune avait son petit périmètre, sans forcément de convergence dans les projets.

Christophe Moralès Conseil d'Agglo 2001
Christophe Moralès lors d'un conseil de l'Agglomération en 2001 - © Archives de Montpellier

Elle n’a pourtant pas toujours fait l’unanimité ? 

C. M. : Elle s’est construite petit à petit. Il a fallu convaincre à chaque étape. Mais c’est vrai qu’en 2005, un certain nombre de communes ont fait scission. Dommage pour la cohérence territoriale. Notamment en ce qui concerne la continuité et l’accès au littoral, mais aussi l’aéroport international, qui n’est pas sur le territoire de la Métropole… Cette scission a été rendue possible par un cavalier législatif qui a introduit la possibilité de quitter unilatéralement une intercommunalité. Ce qui était impossible dans la loi d’origine. Aujourd’hui, il est obligatoire d’appartenir à une communauté de communes ou une intercommunalité. 

Quelles solutions a apporté l’Agglomération face à l’évolution de la démographie ? 

C. M. : Dans les années 1990, les communes périphériques de Montpellier connaissent une explosion de leur population. Les maires voyaient que leurs habitants avaient de plus en plus de mal à se loger correctement. Il n’y avait plus de foncier abordable « chez eux »… Cela a favorisé une prise de conscience de la logique positive portée par l’intercommunalité. Même si « l’ogre » Frêche était un peu clivant, il devenait évident que la répartition des flux de population et de leur habitat devaient être gérés au niveau global, et non seulement par Montpellier. Montpellier ne pouvait pas, et ne devait pas, supporter seule la charge des logements sociaux et des primo-accédants. Plusieurs maires avaient toutefois peur d’être « envahis par La Paillade »... On a d’ailleurs connu la même chose avec le tracé du tram un peu plus tard… Il y a eu beaucoup de discussions et de négociations. Un volontarisme fort, une vision globale dynamique et une nouvelle loi de décentralisation en 1999 ont favorisé le processus. À partir de là, il y a eu un rattachement en bloc, notamment des communes de l’ouest de Montpellier.

Quel bilan en dressez-vous ? 

C. M. : Je vais prendre l’exemple du tunnel de la Comédie, construit entre 1984 et 1986 pour le transit automobile. Aujourd’hui, il devient un axe dédié aux vélos… Le monde et les mentalités évoluent, mais la cohérence territoriale reste toujours aussi importante… En 40 ans, la transformation a été inimaginable, mais il y a toujours besoin de volonté et de continuité politique. Souvent plusieurs mandats sont nécessaires pour faire toutes ces réalisations. Regardez, l’instabilité à Nîmes à cette époque, dans les années 1990, a sans doute joué dans le fait que la ville ait un peu raté ce virage de l’intercommunalité… En résumé, l’intercommunalité, c’est essayer de faire avancer de front urbanisme, habitat et mobilités… tout en créant des pôles dynamiques et en développant des équipements qui profitent à tous. 


Source URL: https://encommun.montpellier.fr/articles/2025-02-26-60-ans-dintercommunalite-christophe-morales