Roberto Bandeira de Mello : Ma nomination en tant que consul honoraire est venue d’une proposition du consulat général de Marseille, en réponse au souhait du président du Brésil de mettre en avant la diversité de la société brésilienne. Mon parcours a retenu leur attention. J’ai été quelques années membre du Conseil des Étrangers et je suis très impliqué dans le milieu associatif, notamment avec l’association Cafofo, un réseau de coopération entre les Brésiliens de Montpellier. Musicien, je vis ici depuis 2007, l’année de naissance de ma fille. J’enseigne les percussions au Conservatoire de musique de Sète. J’interviens également auprès des professionnels de l’éducation pour développer la sensibilisation musicale. J’aime créer des instruments à partir de matériaux recyclés. Cela m’a d’ailleurs permis, en 2002, de gagner la révélation MTV, en créant de la musique électronique à partir de ces instruments.
Combien de Brésiliens vivent ici ?
Roberto Bandeira de Mello : Aujourd’hui, la métropole compte environ 600 Brésiliens. La communauté est très variée. Une grande partie s’installe définitivement, mais certains viennent pour leurs études ou dans le cadre de missions professionnelles, notamment au Cirad. Les échanges universitaires se développent de plus en plus : il est désormais possible d’obtenir un double diplôme d’ingénieur franco-brésilien à Polytech Montpellier ou à l’Institut Agro Montpellier. Le sport joue également un rôle dans ces liens : plusieurs équipes font appel à des joueurs brésiliens. On se souvient de Julio César, défenseur international de la Seleção et l’une des premières grandes stars du MHSC dans les années 80, ou encore de Vitorino Hilton, qui a marqué l’histoire du club. Aujourd’hui, le Montpellier Handball compte deux joueurs brésiliens de renom : Bryan Monte et Rogerio Moraes (la saison prochaine). Il y a beaucoup d'associations brésiliennes qui font vivre notre culture. On peut s'en rendre compte chaque année lors du Carnaval do Brasil qui est un grand moment de fête à Montpellier.
Où en est le jumelage entre Montpellier et Rio de Janeiro ?
Roberto Bandeira de Mello : Signé en 2012, ce jumelage a été mis en pause ces dernières années, en raison de la situation politique compliquée au Brésil. Mais les choses devraient évoluer. En 2025, nous célébrons les 200 ans des relations diplomatiques entre la France et le Brésil, et de nombreux événements sont prévus, notamment à Montpellier. Le lien avec la ville remonte au XVIIIe siècle, avec l’arrivée des premiers Brésiliens venus étudier la médecine à l’université de Montpellier. Ce sont eux qui ont ensuite contribué à diffuser les idées des Lumières au Brésil. D’ailleurs, la devise nationale brésilienne, « Ordre et Progrès », est directement inspirée de la philosophie positiviste du Montpelliérain Auguste Comte.
Qu'est-ce qu'il y a de brésilien à Montpellier ?
Roberto Bandeira de Mello : La douceur de vivre, la convivialité, et bien sûr, l’amour de la musique et de la culture. La langue aussi crée un pont entre nos deux régions : l’occitan et le portugais partagent de nombreuses similitudes. À mon arrivée, j’écoutais souvent Radio Lenga d’Òc, et à ma grande surprise, je comprenais tout !
Swile et Brasiloca : les succès franco-brésiliens
En rachetant la start-up brésilienne Vee Beneficios en 2021, la Montpelliéraine Swile a fait son entrée en Amérique du Sud. Spécialisée dans la dématérialisation des titres-restaurants, elle vise à reproduire au Brésil son succès français. Vee Beneficios, active sur le même secteur, comptait 750 entreprises clientes, dont Whirlpool et Burger King. Avec 50 millions d’actifs éligibles et un taux de dématérialisation proche de 100 %, le Brésil est le plus grand marché mondial des avantages salariés, mais aussi l’un des plus disputés. Swile y affronte notamment Edenred, le géant français déjà bien implanté mais qu'elle n'a mis que 6 ans à rattraper dans l'hexagone. Basée à São Paulo avec 200 employés, elle annonce viser la rentabilité d’ici la fin de l’année.
Dans un tout autre secteur, Brasiloca renforce les liens économiques entre la France et le Brésil en important des produits authentiques à Montpellier. Basée au Marché Gare, l’entreprise distribue boissons, tapas, açaí et autres spécialités brésiliennes. « Nous ciblons principalement les professionnels – magasins, restaurants, plages privées – avec 300 références », explique sa gérante, Inês Ferreira. Elle mise notamment sur les bières artisanales brésiliennes, qui réinventent les styles classiques en intégrant des ingrédients tropicaux comme les fruits exotiques, le café, le cacao ou les épices.
