Les Journées du cinéma suisse, fenêtres sur la diversité helvétique

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Du Tessin à la Suisse alémanique, les Journées du cinéma suisse mettent à l’honneur la richesse linguistique et culturelle du cinéma helvétique. Entre fictions marquantes, documentaires engagés et films familiaux, cette 18e édition offre, du 4 au 8 février à Montpellier, un panorama vivant, pluriel et profondément humain de la création actuelle.
QUIR
« QUIR » de Nicola Bellucci - © D.R.
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C’est Bagger Drama – Le drame des pelleteuses, que les programmateurs ont choisi pour ouvrir le festival, le 6 février au centre Rabelais, à Montpellier. Un choix judicieux puisque ce portrait d’une famille bouleversée par un drame et contrainte de se réunir pour sauver son entreprise, a séduit critiques et spectateurs des bords du lac Léman. 

Inédit en France, le long métrage de Piet Baumgartner, tourné en allemand, s’impose déjà comme l’un des films suisses majeurs de l’année. Il vient de décrocher sept nominations, dont celle du meilleur film, aux Quartz, les équivalents des César français. La cérémonie se tiendra le 27 mars.

Une place centrale donnée aux documentaires

Avec environ 80 films produits chaque année, la Suisse occupe une place modeste dans le paysage de la production cinématographique européenne, loin derrière des pays comme la France, qui en compte près de 300 par an. Les salles de cinéma de Zurich, Berne ou Genève présentent toutefois une singularité notable par la forte présence du cinéma documentaire dans leur programmation. Un genre qui rencontre régulièrement un large succès auprès du public.

Il n’est donc pas étonnant que le festival leur donne une place très importante. De QUIR, plongée sensible dans un lieu-refuge LGBT à Palerme, à Bergfahrt – La danse des cimes ou encore Jelmoli – Biographie d’un centre commercial, les documentaires présentés durant la semaine interrogent le monde contemporain. Identités, parentalité, mémoire collective, rapport à la nature ou à la consommation… Autant de thématiques qui dessinent une Suisse plurielle, ouverte et résolument actuelle.

"Bergfahrt – La danse des cimes" de
"Bergfahrt – La danse des cimes" offre un nouveau regard sur les Alpes, géants mythiques porteurs d’une force d’attraction puissante - © D.R.
Jelmoli – Biographie d’un centre commercial
"Jelmoli – Biographie d’un centre commercial", 125 ans d'un grand magasin emblématique de Zurich, temple de la consommation jusqu'en 2024 - © D.R.
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"Bergfahrt – La danse des cimes" de
"Bergfahrt – La danse des cimes" offre un nouveau regard sur les Alpes, géants mythiques porteurs d’une force d’attraction puissante - © D.R.
Jelmoli – Biographie d’un centre commercial
"Jelmoli – Biographie d’un centre commercial", 125 ans d'un grand magasin emblématique de Zurich, temple de la consommation jusqu'en 2024 - © D.R.

Une journée spéciale famille 

Le temps fort de cette édition sera la journée spéciale famille proposée le dimanche 8 février, au centre Rabelais. Trois films, aux formes très différentes exposent une réflexion sur la parentalité. 

Tout d’abord, le documentaire Les Papas observe quatre jeunes pères francophones dans leurs premiers mois de paternité, interrogeant le rôle masculin au sein de la famille. GEN prolonge cette réflexion en suivant le docteur Maurizio Bini, gynécologue à l’hôpital public de Milan, confronté aux enjeux intimes et politiques de la PMA et des transitions de genre. La journée se conclut avec Mother’s Baby qui explore le traumatisme de l’accouchement et le lien mère-enfant, dans une atmosphère fantastique. Ce thriller psychologique austro-suisse était en compétition à la Berlinade, l'an dernier. 

2026, 18e édition 

Créé en 2004 par Christine Bolliger, Suissesse installée à Montpellier, ce rendez-vous culturel est né d’un constat simple : « On me parlait beaucoup du cinéma suisse des années 60 à 80, mais très peu du cinéma suisse actuel. J’ai eu envie de faire découvrir cette nouvelle génération de cinéastes aux cinéphiles montpelliérains ». 

Si les débuts n’ont pas été des plus faciles, le festival a rapidement trouvé son public, soutenu par les associations locales et culturelles, à l'instar de la Société Helvétique de Montpellier. « Aujourd’hui, nous rassemblons en moyenne 50 à 80 spectateurs par séance, avec des pics d’affluence lors des soirées d’ouverture », détaille-t-elle. 

Une culture polyglotte 

« La Suisse compte quatre langues nationales qui sont l’allemand, le français, l’italien et le romanche », indique Geoffroy Baylaender, consul honoraire de Suisse à Montpellier. « Cette diversité se reflète naturellement dans le cinéma puisque chaque film est généralement tourné dans la langue dominante de sa région. » Pour être diffusés ailleurs dans le pays, ils nécessitent souvent des sous-titres, permettant aux 9 millions d’habitants d’y accéder. 

Ainsi chaque région apporte son style, son humour et sa sensibilité propres, au risque parfois, de perdre une partie du public. « À Lausanne ou Zurich, je ne sais plus, j’étais allé voir un film, tourné au Tessin, où l’on parle majoritairement italien », se souvient le consul, lui-même originaire de ce canton. « Dans la salle, les quelques personnes qui riaient aux blagues étaient des Tessinois, capables de comprendre les particularités de l’italien que l’on parle à Lugano. Néanmoins, il est important de conserver cette liberté linguistique qui fait partie intégrante de notre identité ».

>> À lire aussi :  « Les Suisses ont une identité plurielle »

Une diversité linguistique prolongée par la collaboration cette année de l’association C’est-Rare-Film, cheville ouvrière du festival, avec des associations suissophones, à savoir les allemands de la Maison de Heidelberg et du Centre Culturel Allemand et l’Association des Italiens de Montpellier. Une évidence pour Christine Bolliger : « Le cinéma suisse est très international, souvent coproduit avec d’autres pays européens. Donc pour moi, cette ouverture était naturelle ».

Deux mille ressortissants suisses vivent dans l’Hérault, dont la moitié réside dans la métropole de Montpellier. 

>> Le programme complet du festival 

"Nos Chasté" de Susanna Fanzun
"Nos Chasté" raconte l'histoire mouvementée du château de Tarasp, dans le canton des Grisons - © D.R.
Les papas
"Les Papas", une série de moments du quotidien, pleins de tendresse, de doutes et de remise en question - © D.R.
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"Nos Chasté" de Susanna Fanzun
"Nos Chasté" raconte l'histoire mouvementée du château de Tarasp, dans le canton des Grisons - © D.R.
Les papas
"Les Papas", une série de moments du quotidien, pleins de tendresse, de doutes et de remise en question - © D.R.

Source URL: https://encommun.montpellier.fr/articles/2026-01-30-les-journees-du-cinema-suisse-fenetres-sur-la-diversite-helvetique