SÉRIE VIVRE ET LIRE // ÉPISODE 4

Histoire : « Dans les rues du Clapàs », figures populaires et petits métiers d’autrefois à Montpellier

17-08-24 - 08:00
En lien avec l'emblématique rendez-vous littéraire de la Comédie du livre - 10 jours en mai qui s'est déroulée du 10 au 19 mai 2024, la rédaction de En Commun vous invite à découvrir une sélection de libraires et d'ouvrages. Épisode 4 : Publié pour la première en 1896, « Dins las Carrièiras dau Clapàs » (Dans les rues du Clapas), fait revivre en une cinquantaine de portraits rédigés – et illustrés – par le peintre et journaliste montpelliérain Edouard Marsal (1845-1929), les figures populaires et petits métiers d’autrefois. Réédité par les Editions Jorn, dans une traduction occitan-français, l’ouvrage est aussi augmenté d’un travail photographique qui permet de mettre face à face, le Montpellier d’hier et celui d’aujourd’hui.
Couverture du livre Dans les rues du Clapàs
© DR
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Magnifique initiative des Editions Jorn, de rééditer un ouvrage longtemps indisponible, et qui rassemble pourtant dans un immense bouquet, la bande sonore qui manquait à l’histoire de Montpellier. Celle des cris, des chants, des musiques qui envahissaient les rues, au temps des petits métiers aujourd’hui disparus. De la vendeuse d’herbettes au rémouleur, du vendeur de lait ou de vinaigre au chiffonnier, en passant par la vendeuse de cierges ou d’allumettes. Petites figures, humbles et modestes, que l’on croyait condamnées à augmenter le décor des crèches traditionnelles. Mais que l’émergence d’une discipline nouvelle, celle de l’archéologie du paysage sonore, qui mobilise chercheurs et historiens de renom, ramène tout d’un coup sur le devant de la scène.

Portrait au crayon d'Edouard Marsal
Edouard Marsal (1845-1929), par lui-même - © DR

Les cris de la rue

Publiée pour la première fois dans les pages du journal local La Campana de Magalouna, bimensuel montpelliérain qui circula de 1892 à 1933, cette série de portraits que l’on doit à la plume et au crayon d’Edouard Marsal (1845-1929) fut réunie en volume et éditée une première fois en 1896. Dans une version entièrement rédigée en occitan. Les Editions Jorn, ont eu la bonne idée de sortir de l’oubli ce magnifique ouvrage, désormais présenté dans une édition bilingue, accompagné des textes et dessins d’origine, augmentés d’un travail de recherche sur la géographie des lieux, qui permet de présenter face à face, croquis de l’artiste et emplacement actuel. Un véritable travail de fourmi et de repérage, que l’on doit à la passion et l’énergie de Pascal Wagner, également traducteur de l’ouvrage. Ainsi pour la cinquantaine de portraits présentés, chaque illustration est accompagnée d’une photo réalisée à l’emplacement exact où l’artiste fixa pour l’éternité le mouvement et l’expression de son petit personnage. 

Grabièl, le trompette de la place de la Canourgue
Grabièl, le trompette de la place de la Canourgue - © DR
Madame Cissé et Besièrs
Madame Cissé, la vendeuse de rubans, et Besièrs, au vin joyeux, qui habitait l'Esplanade, "5e arbre à gauche" - © DR
Las aurelhetas (les oreillettes), que l'on mangeait à Carnaval dans le quartier Boutonnet
Las aurelhetas (les oreillettes), que l'on mangeait à Carnaval dans le quartier Boutonnet - © DR
La carrejaira (la porteuse) installée à l'angle des Halles Castellane
La carrejaira (la porteuse) installée à l'angle des Halle Castellane - © DR
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Grabièl, le trompette de la place de la Canourgue
Grabièl, le trompette de la place de la Canourgue - © DR
Madame Cissé et Besièrs
Madame Cissé, la vendeuse de rubans, et Besièrs, au vin joyeux, qui habitait l'Esplanade, "5e arbre à gauche" - © DR
Las aurelhetas (les oreillettes), que l'on mangeait à Carnaval dans le quartier Boutonnet
Las aurelhetas (les oreillettes), que l'on mangeait à Carnaval dans le quartier Boutonnet - © DR
La carrejaira (la porteuse) installée à l'angle des Halles Castellane
La carrejaira (la porteuse) installée à l'angle des Halle Castellane - © DR

Montpellier et Clapàs, en face à face

On pourra ainsi refaire l’itinéraire emprunté autrefois par Marsal dans les rues du centre-ville, et retrouver assise sur sa chaise, à l’angle des halles Castellane, la porteuse tricotant, son coussin de portage fixé sur la tête et attendant un nouveau fardeau ; au bas du boulevard Jeu de Paume, le vendeur de beignets avec son tablier et sa casquette ; la marchande de betteraves, rue de l’Huile ; l’horloger en blouse noire, caissette sur le dos, descendant la rue Saint-Pierre… Et surtout réentendre leurs cris et leurs voix. 

  • Ding ! Ding ! C’est l’horloger qui passe.
  • Mangez-en des artichauts, un sou, un sou !
  • Du bon vinaigre, des sarments secs, qui en veut ?

Encore que pour vraiment voyager dans le temps, il vaudra mieux se reporter à la version occitane, langue parlée à l’époque de Marsal par la quasi-totalité des habitants de Montpellier, que chacun appelait alors avec affection « le Clapàs ». La vendeuse de « cagarauletas » son panier sous le bras, ramènera ainsi vers la ville sa moisson d’escargots ; « lo cridaire de vi », proposera à 5 sous le litre de bon vin rouge ; et les « carrejaires de ramilha », descendront du Peyrou leurs fagots sur le dos. 

Ouvrage publié avec l’aide de la Région Occitanie et de Montpellier Méditerranée Métropole.

Dins las Carrièiras dau Clapàs (Dans les rues du Clapas) – Édouard Marsal. Éditions Jorn – edicions-jorn.com - 20 euros

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Le temps des gourmandises : à gauche, las Flausounas, tartelettes chaudes vendues rue Jacques Coeur, et à droite, le marchand de begnets, installé à l'angle de la rue du faubourg Saunerie et Boulevard Jeu de Paume
Le temps des gourmandises : à gauche, las Flausounas, tartelettes chaudes vendues rue Jacques Coeur, et à droite, le marchand de beignets, installé à l'angle de la rue du faubourg Saunerie et boulevard Jeu de Paume - © DR

À découvrir : le magnifique portrait consacré à Edouard Marsal, par Micha Cotte, metteuse en scène et réalisatrice, augmenté par les animation de Jean-Pascal Girou.