« Abel, j’adore mes parents » : une BD montpelliéraine sans filtre, à découvrir

Portée par l’autrice et illustratrice Charlotte Quentin et accompagnée par l’éditeur montpelliérain Alter Comics, la bande dessinée “Abel, j’adore mes parents” aborde avec humour et tendresse les réalités de la parentalité. Une œuvre qui témoigne d’un parcours créatif engagé, dans un contexte difficile pour toute la filière.
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Autrice, illustratrice, enseignante, Charlotte Quentin a plusieurs cordes à son arc - © A. V.
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Une BD née du quotidien d’une jeune mère quadra

Illustratrice naturaliste reconnue, notamment au zoo deLunaret ou auprès du Conservatoire du littoral, Charlotte Quentin – alias Leokadie sur les réseaux – signe avec Abel, j’adore mes parents sa première bande dessinée. Un projet intimement lié à son expérience personnelle.

« Au début, je publiais des vignettes sur Instagram pour “me soulager” sur mon quotidien », explique-t-elle. Devenue mère, elle cherche alors à exprimer par l’humour les bouleversements liés à la maternité : l'accouchement, la charge mentale, les nuits écourtées... mais aussi les joies inattendues.

À Montpellier depuis l’âge d’un an, passée par l’ESA Saint-Luc, école supérieure d’arts de Liège, elle a toujours trouvé dans le dessin un moyen d’expression privilégié. « Je n’aimais pas l’école, j’étais surtout douée pour le dessin et la création… Cela est depuis toujours mon mode d’expression. Petite, je voyais déjà ma maman dessiner. Plus tard, j’ai fait l’école en arts appliqués de Liège en Belgique. C’était naturel, je ne me suis pas posée beaucoup de questions. »

Un naturel et une spontanéité qui ont toujours fait partie de sa vie.  « J’ai toujours su qu’à mes 40 ans, il se passerait quelque chose, sans savoir quoi. J’ai eu 40 ans et trois jours après je devenais maman. Je n’ai plus d’anniversaire depuis (rires) ! Pour moi, la grossesse à ce moment-là, cela devait se passer ainsi. Je ne voulais pas d’enfant avant et je ne m’étais jamais mis de pression autour de ce sujet. C’est ainsi pour la plupart des aspects dans ma vie : je mets du temps, mais tout se fait naturellement. Sans parler de destin, des signes se sont toujours présentés pour que ce ne soit pas du pur hasard. » 

Pour cette première BD, la sincérité est assumée : « Comme pour beaucoup de femmes je crois, on parle plus facilement de soi… Les réseaux sociaux montrent des “mères parfaites” et cela ne reflète pas la vraie vie. C’est une pression. C’est bien de voir des gens qui galèrent autant que soi, de savoir qu’on n’est pas toute seule. Tout est un peu caricatural, un peu grossi. Sauf le père (rires) ! Mais toutes les personnes concernées ont très bien réagi. »

Un réalisme sans filtre qui résonne : de nombreuses lectrices l’ont remerciée d’offrir une vision authentique et décomplexée de la parentalité. « C’est le plus beau cadeau qu’elles pouvaient me faire. »

La BD est disponible en ligne et chez les libraires indépendants.
Pour suivre l’autrice : Instagram : @leokadie_Facebook : Charlotte Quentin autrice BD.

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© DR

Une rencontre déterminante avec Alter Comics

Si l’envie existait, tout est réellement né d’une rencontre. À l’hôtel du Palais, place de la Canourgue à Montpellier, Charlotte Quentin croise par hasard Jean‑Christophe Lopez, fondateur d’Alter Comics. Une connaissance commune les relie. Leur échange improvisé donnera naissance au projet.

« Je lui ai montré mon travail et nous avons discuté de l’idée de sortir une BD… J’ai la fierté d’avoir ensuite pu écrire, dessiner, encrer et coloriser, avec une liberté de ton appréciable. »

Jean‑Christophe Lopez, qui a immédiatement été séduit, se souvient : « Je l’ai encouragée à commencer à l’écrire… Dès ses premiers envois, j’ai trouvé cela bien écrit, hilarant. » Ce qu’il apprécie particulièrement ? « Sa marque de fabrique, c’est la mise en couleur », un élément essentiel pour nous, pour rendre l’album accessible et vivant.

Alter Comics accompagne ainsi la jeune autrice dans l’un des parcours les plus exigeants du monde de l'édition. « Quand on est une femme, lancer sa première BD, ce n’est pas évident, souvent on a très peu de soutien et peu de prises de risques. Après, c’est plus facile. Il y a un effet de communauté de lecteurs qui donne une dynamique. C’est toujours un pari pour l’éditeur et pour l’auteur. » 

Une sortie qui marque le début d’une aventure

Parue en octobre 2025, Abel, j’adore mes parents connaît déjà un bel accueil. La sortie a été célébrée symboliquement à l’hôtel du Palais, là où l’idée est née.

« L’idée est que chaque année on puisse faire un tome, pour suivre la vie d’Abel au fur et à mesure qu’il grandit, ses évolutions et les défis nouveaux de chaque âge. » 

Dans la vie de tous les jours, le petit héros sait que sa maman travaille en dessinant et qu'il incarne une histoire. 

La BD marque aussi une étape personnelle : « Cela a été hyper intéressant à faire et cela m’a permis de maturer sur plein de choses… Mon premier moteur avec cette BD était de faire rigoler. Cela a été très différent de l’illustration, où il y a une commande précise : on part d’un thème et on vient greffer son style. Ce n’est pas le même engagement, pas le même regard. On s’investit encore plus dans la BD, avec le texte, et lorsqu'on parle de soi. » 

Des pages extraites de la BD à découvrir ici.

Créer dans un secteur en crise : un défi permanent

Derrière l’enthousiasme, la réalité économique du monde de la BD pèse. L’éditeur Jean-Christophe Lopez ne cache pas son inquiétude :
« La BD est en crise actuellement. Tout souffre. On n’avait pas connu cela depuis 30 ans. Il y a moins de visibilité, moins d’achats et beaucoup de reports de projets. »

Une fragilité qui touche directement les auteurs et les autrices, dont seulement 5 % arrivent à vivre pleinement de la pratique et sont le plus souvent mus par la passion que par une rémunération stable.

Charlotte Quentin raconte avec humour les sacrifices que nécessite un tel projet : « Je suis fatiguée ! ». Neuf mois de travail, entre son métier d’illustratrice, la vie familiale et la création complète de l’ouvrage.

« Avoir un métier à côté est nécessaire. Le domaine manque malheureusement d’aides et de considération. »

La création BD, rappellent-ils, demande trois compétences réunies : « dessin, écriture, arts appliqués… trois métiers en un pour le 9e art. »

Une crise qui est aussi accentuée par les algorithmes, qui réduisent la diversité culturelle : « Les algorithmes enferment. On cherche moins, on découvre moins. »

Entre humour, anecdotes du quotidien, récit de maternité, Abel, j’adore mes parents est une BD qui célèbre la parentalité sans clichés, et également une œuvre portée par deux voix montpelliéraines engagées. Le parcours de Charlotte Quentin et le soutien d’Alter Comics illustrent combien la création demeure essentielle, malgré les difficultés du secteur.

« Le destin c’est le chemin, un train qui passe et qui te fait te demander ce que tu dois faire : monter ou le laisser passer. C’est par nos choix qu’on peut changer les choses », conclut l'éditeur.