Dans l'ombre des Gazelles du BLMA, les jeunes basketteuses rêvent d'élite

Alors que les Gazelles brillent au plus haut niveau, 23 jeunes joueuses du BLMA s’entraînent dur à leurs côtés, dans l’anti-chambre du basket professionnel. Toutes n’auront pas la chance d’embrasser une carrière en Ligue Féminine, mais le centre de formation du BLMA investit sur ces jeunes basketteuses pour qu’elles réussissent leur projet sportif et professionnel. Interview de Fred Chevally, directeur du centre de formation, qui vient de recruter Pierre Bressant, ancien pro et coach de la Tony Parker Academy, au poste de responsable.
Les deux équipes du centre de formation du BLMA de la saison 2025-2026
Les deux équipes du centre de formation du BLMA de la saison 2025-2026 - ©OLOART
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Combien de basketteuses font partie du centre de formation du BLMA ?

Fred Chevally : 23 filles cette saison, c’est une année record. Elles sont réparties dans l’équipe U18 élite (15-18 ans) et l’équipe espoirs (19-20 ans) qui joue en Nationale 2 (la quatrième division). Le centre de formation fait partie de la SAS du BLMA avec un budget de 320 000 euros sur les 2,7 millions d’euros du club.

Fred Chevally
Fred Chevally, en provenance de Lyon, directeur du centre de formation depuis 2024 - ©OLOART

Quel est le rôle du centre de formation ?

Fred Chevally : Nous sommes là avant tout pour aider les filles à atteindre leur meilleur niveau. Quel qu’il soit. Ligue 1, Ligue 2, Nationale... Même si nous sommes très fiers d’être championnes de France Espoirs en 2024 et vice-championnes en 2025, notre objectif premier n’est pas de gagner des matchs, mais d’abord de les former.

Elles rêvent pourtant d’intégrer l’équipe professionnelle ?

Fred Chevally : C’est en effet la réserve de l’équipe professionnelle, mais la marche est très haute entre les deux niveaux. La route est longue pour intégrer l’élite. Nos pros font partie des meilleures équipes françaises, difficile de s’y faire une place. Si nos meilleures jeunes s’entraînent au quotidien avec l’équipe pro et sont sur la feuille de match le week-end, elles jouent peu et signent rarement un contrat avec le BLMA en fin de formation. Notre rôle est aussi de renforcer les clubs locaux, de développer le basket féminin de haut niveau autour de nous comme à Mauguio ou à Castelnau-le-Lez.

Quelles sont les dernière jeunes qui ont signé au BLMA ?

Fred Chevally : Je pense que la dernière joueuse qui a débuté sa carrière professionnelle à Lattes, où elle a été formée, c’était Lidija Turčinović en 2012… Et cette saison, nous avons dans l’équipe professionnelle le retour de Kenza Salgues, benjamine chez nous et sortie du centre de formation en 2018, qui est passée par les États-Unis avant de venir jouer avec le BLMA. 

Garance Rabot et à droite, Kenza Salgues de retour à Lattes cette saison après avoir "grandi" au centre de formation du BLMA
Garance Rabot et à droite, Kenza Salgues de retour à Lattes cette saison après avoir "grandi" au centre de formation du BLMA - © C. Ruiz
 À chaque match des Gazelles, quelques joueuses du centre de formation sont sur le banc de l'équipe profesionnelle
À chaque match des Gazelles, quelques joueuses du centre de formation sont sur le banc de l'équipe professionnelle - © C. Ruiz
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Garance Rabot et à droite, Kenza Salgues de retour à Lattes cette saison après avoir "grandi" au centre de formation du BLMA
Garance Rabot et à droite, Kenza Salgues de retour à Lattes cette saison après avoir "grandi" au centre de formation du BLMA - © C. Ruiz
 À chaque match des Gazelles, quelques joueuses du centre de formation sont sur le banc de l'équipe profesionnelle
À chaque match des Gazelles, quelques joueuses du centre de formation sont sur le banc de l'équipe professionnelle - © C. Ruiz

Que sont devenues les meilleures joueuses du centre qui étaient sur le banc des pros la saison dernière ?

Fred Chevally : Elena Zemoura, par exemple, est partie à Aulnoye-Aymeries en Ligue 2, puis à Chartres qui joue dans le même championnat que nous. Anouk Brun est quant à elle en Ligue 2 à Monaco. Elles construisent petit à petit leur carrière sans brûler des étapes.

Comment recrutez-vous vos joueuses ?

Fred Chevally : Ce qui est fondamental dans notre recrutement, c’est le double projet sportif et scolaire. Elles doivent avoir le même niveau d’engagement et d’exigence sur le terrain qu’à l’école. Pour postuler, elles remplissent un dossier en ligne très détaillé sur ces deux aspects. Nous en sélectionnons ensuite vingt-cinq et les testons lors des journées de détection en février-mars. Nous leur faisons faire des tests physiques, du basket bien sûr, elles passent aussi entre les mains du kiné et du préparateur mental, elles visitent nos structures avec leurs parents… Cette année nous avons eu 250 candidatures pour quatre ou cinq places. C’est un exercice difficile de choisir ces jeunes joueuses, on prend notre temps. La formation dure au maximum cinq ans.

D’où viennent ces candidates ?

Fred Chevally : D’un peu partout en France. Mais en tant que club de la Métropole de Montpellier et de la Région Occitanie, qui nous soutiennent financièrement, nous avons la volonté d’intégrer en priorité des joueuses locales. C’est aujourd’hui le cas pour la moitié de notre effectif. Avant d’intégrer le centre de formation, de nombreuses joueuses viennent du pôle espoir au CREPS à Montpellier ou de l’Académie du BLMA.

Tea Polyte
Tea Polyte
capitaine de l'équipe Espoir du BLMA

"Je suis arrivée de Paris il y a trois ans, j'avais 14 ans. J'avais des copines parisiennes qui faisaient partie du centre de formation, c'est elles qui m'ont convaincue de venir. J'ai eu la chance de pouvoir m'entraîner avec elles avant de faire mon choix. J'avais postulé aussi à Bourges et Charleville, mais j'ai préféré venir au BLMA. Le niveau, l'ambiance, la réputation... C'est le meilleur centre de France. Loin de ma famille, j'avais besoin de retrouver un endroit chaleureux, d'être bien entourée pour me sentir bien. Je suis en terminale et j'envisage de faire un BTS en biologie-chimie. Depuis deux ans, j'ai la chance d'être capitaine. Je suis archi reconnaissante qu'on m'ait donné cette responsabilité, ça montre que mes efforts payent. Il y a une bonne dynamique dans le groupe, on est déjà en quarts de finale de la Coupe de France, j'y crois. Pour la suite de ma carrière, je rêve grand : Ligue féminine, Euroligue et même WNBA !"

Une joueuse
Yamina Abdelaoui
en première année du centre de formation du BLMA

"J'ai bientôt 17 ans, je viens de Lille, je joue au basket depuis l'âge de 4 ans, au début pour faire comme mon père. J'ai vite pris goût à ce sport. À l'âge de 15 ans, j'ai aménagé avec mes parents à Montpellier et je suis au centre de formation depuis la saison dernière. Mais je suis rentrée par la petite porte... Comme je ne mesure que 1,70 mètre, ce qui est petit pour le basket, le BLMA a préféré m'intégrer d'abord dans l'équipe régionale pour tester mon niveau et ma motivation. Comme j'ai persévéré et beaucoup travaillé pour faire mes preuves, j'ai commencé à m'entraîner avec les filles du centre une fois par semaine, puis tous les jours et j'ai fait ma place ! Je grandis au sein d'un très bel effectif et encadrement. Je progresse vite. Mon objectif est de jouer dans quelques années avec les pros au BLMA."

Quel est le quotidien sportif de vos joueuses ?

Fred Chevally : Elles s’entraînent tous les jours de 16h30 à 20h30 après leurs journée d’études, la plupart du temps au CREPS, plus les matchs le week-end. Préparation physique, musculation, basket… Elles doivent encaisser un rythme d’enfer, souvent plus lourd que celui des pros qui ont la chance de répartir leurs entraînements en deux sessions, le matin et le soir.

Où étudient-elles ?

Fred Chevally : Elles sont pour la plupart en classes aménagées au lycée Jean Mermoz à Montpellier dès 8h, où elle suivent un emploi du temps chargé. Elles font même les quatre heures de sport du programme des lycéens !

Qui compose l’équipe du centre de formation du BLMA ?

Fred Chevally : Je suis arrivé il y a deux ans et demi de l’ASVEL où j’étais pendant dix ans responsable administratif du centre de formation et du secteur amateur. On vient de recruter au poste de responsable du centre de formation, Pierre Bressant, ancien joueur professionnel franco-américain aux multiples records, notamment celui du nombre de passes décisives en un match… Il a entraîné les équipes féminines et masculines de l’ASVEL et dernièrement, il était coach de la Tony Parker Academy. Nous avons aussi deux autres entraîneurs. Une équipe sous la direction d’Olivier Ribotta, directeur général du club depuis quatre ans.

Romane Berniès
Les jeunes du centre de formation ont la chance de côtoyer notamment la capitaine du BLMA, Romane Berniès, vice-championne olympique aux JO de Paris 2024 - © C. Ruiz