Un cinéaste indonésien plante sa caméra à l'Opéra Comédie de Montpellier

C’est une première. Un réalisateur indonésien a choisi Montpellier pour tourner une partie du biopic consacré à la cantatrice Rose Pandanwangi. Un pari relevé en un temps record grâce à la mobilisation de deux producteurs montpelliérains.
Tournage Rose
© C. Ruiz
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L’aventure débute en janvier, lorsque l’Ambassade de France en Indonésie sollicite le producteur montpelliérain Jérémie Palanque. Depuis 2018, sa société Woooz Pictures s’est imposée comme un trait d’union entre les continents, en accompagnant des projets internationaux singuliers, à l’image de White Snow de l'Indien Praveen Morchhale ou de Chimbo cheBere, production venue du Zimbabwe.

Une demande urgente 

« Le réalisateur Razka Robby Ertanto avait entamé le tournage d’un film à Jakarta et devait poursuivre en Europe avec plusieurs scènes supposées se dérouler dans les opéras de Rotterdam et de Bucarest. Mais aucun de ces lieux n’était disponible. On m’a alors demandé de trouver, dans l’urgence, une alternative crédible », raconte Jérémie Palanque.

Situé dans l’Indonésie de l’après-guerre, le long-métrage Rose Pandanwangi retrace l’histoire vraie de cette cantatrice, encore vivante, dont la trajectoire intime épouse les soubresauts de la naissance d’une nation encore fragile. « À travers elle, c’est toute l’émergence tourmentée de l’Indonésie que je souhaite raconter, entre espoir, chaos et affirmation culturelle », indique le réalisateur, qui a signé plusieurs longs métrages et séries, explorant des sujets sociaux et contemporains.

« Je lui ai proposé l’Opéra Comédie, dont il est immédiatement tombé amoureux », confie le producteur. Un véritable coup de foudre, que confirme Putry Yulandari, l’assistante indonésienne de production : « Quand Jérémie nous a suggéré ce lieu, nous l’avons aussitôt cherché en ligne. Les images que nous avons trouvé sur internet étaient magnifiques et nous avons donné notre accord dans la foulée. »

L’efficacité du Bureau des tournages 

Devenu, de fait, coproducteur, Jérémie Palanque embarque dans l’aventure Anthony Thédenat, fondateur de Spot Studio, basé à Lansargues, qui mobilise aussitôt le réseau professionnel qu’il tisse depuis 2009. En à peine trois semaines, les deux trentenaires relèvent un véritable tour de force. Ils constituent une équipe technique, recrutent des figurants et, au-delà de l’opéra, dénichent d’autres décors à travers la ville.

« Le Bureau des tournages de Montpellier a fait preuve d’une aide précieuse et d’une réactivité exemplaire, souligne Anthony Thédenat. Razka souhaitait également tourner au domaine de Grammont, à l’hôtel de Girard et au château de Flaugergues. Le tout en seulement trois jours. C’était un défi logistique incroyable ».

Jakarta, Bucarest, Rotterdam… à Montpellier

Arrivé à Montpellier fin février, le réalisateur indonésien confie avoir éprouvé un véritable choc esthétique : « C’est une ville magnifique que je ne connaissais pas. Curieusement, certaines façades m’ont rappelé les bâtiments coloniaux du XIXᵉ siècle à Jakarta. J’ai immédiatement tourné quelques plans qui s’intégreront parfaitement au film ».

Le 28 février, dès l’aube, l’équipe de tournage a pris possession de la scène de l’Opéra Comédie. Entourée d’une chorale, l’actrice Pevita Pearce, qui incarne l’héroïne, s’apprête à donner deux concerts fictifs, l’un à Bucarest, l’autre à Rotterdam. Pourtant, c’est bien à Montpellier que les deux séquences sont mises en boîte. Un subtil travail de scénographie et quelques métamorphoses du décor suffiront à transporter les spectateurs d’une ville à l’autre.

Tournage en 35 mm

Dans la salle, une poignée de figurants montpelliérains, vêtus d’élégants costumes des années 1950, incarnent le public. « Nous allons les cloner en post-production afin de remplir la salle », précise le réalisateur, saluant les prouesses du numérique. Un paradoxe assumé. Car si les foules naîtront grâce aux technologies digitales, le film, lui, est intégralement tourné en 35 mm, un choix audacieux à l’heure où la quasi-totalité des productions privilégie le numérique.

À l’instar du choix de la pellicule, rien n’est laissé au hasard et chaque détail est envisagé avec la même exigence, jusque dans la conception des costumes. Pour les imaginer, le réalisateur a fait appel à l’Américain Paul Tazewell, oscarisé l’an dernier pour Wicked. Une collaboration prestigieuse qui promet une signature visuelle d’une rare élégance, en parfaite harmonie avec la richesse plastique du film.

Une équipe montpelliéraine 

Sur les 75 membres que compte l’équipe, près d’un tiers sont des techniciens locaux (machinistes, électriciens, assistants réalisation). « Le territoire regorge de professionnels talentueux », se réjouit Anthony Thédenat. Parmi eux, Armand Lacroix. Tout juste diplômé en cinéma de l’université Paul-Valéry, le jeune homme de 27 ans a été recruté comme régisseur adjoint. « Mon rôle est de veiller à la logistique quotidienne, d’anticiper et de résoudre les imprévus pour que le tournage se déroule de manière fluide et efficace », explique-t-il. Participer à un long-métrage étranger constitue, reconnaît-il, un atout précieux dans un secteur particulièrement concurrentiel. « Quand on débute, le bouche-à-oreille joue un rôle essentiel, et intégrer une équipe peut s’avérer difficile. »

Mais cette première expérience d’envergure pourrait bien lui ouvrir la voie à d’autres collaborations. Et pourquoi pas avec le même réalisateur qui garde Montpellier dans un coin de sa tête pour d’éventuels futurs films.   

Rose
Le réalisateur Razka Robby Ertanto est reconnu dans plusieurs festivals asiatiques de cinéma - © C. Ruiz
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Pevita Pearce incarne la cantatrice Rose Pandanwangi - © C. Ruiz
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Une chorale indonésienne professionnelle a fait le voyage pour tourner à Montpellier - © C. Ruiz
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Les figurants ont été recrutés à Montpellier - © C. Ruiz
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Le tournage se fait en 35 mm - © C. Ruiz
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Le Montpelliérain Armand Lacroix, régisseur-adjoint mais aussi figurant dans le film - © C. Ruiz
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Les co-producteurs français, Jérémie Palanque et Anthony Thédenat - © C. Ruiz
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Les films indonésiens sont de plus en plus présents dans les festivals internationaux - © C. Ruiz
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Le réalisateur Razka Robby Ertanto est reconnu dans plusieurs festivals asiatiques de cinéma - © C. Ruiz
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Pevita Pearce incarne la cantatrice Rose Pandanwangi - © C. Ruiz
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Une chorale indonésienne professionnelle a fait le voyage pour tourner à Montpellier - © C. Ruiz
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Les figurants ont été recrutés à Montpellier - © C. Ruiz
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Le tournage se fait en 35 mm - © C. Ruiz
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Le Montpelliérain Armand Lacroix, régisseur-adjoint mais aussi figurant dans le film - © C. Ruiz
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Les co-producteurs français, Jérémie Palanque et Anthony Thédenat - © C. Ruiz
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Les films indonésiens sont de plus en plus présents dans les festivals internationaux - © C. Ruiz