C’est une conférence à l’initiative de l’association Identités et partage, qui s’annonce captivante sur la fonction et le pouvoir des perles en Afrique, le 7 mai 2026 à 19h au Corum par la passionnée et passionnante Tonia Marek.
Une fascination muée en une étude approfondie
Cette Montpelliéraine, citoyenne du monde, née en France, a passé son adolescence en Algérie. Après un doctorat en Santé publique aux États-Unis, sa carrière internationale l’a amenée à vivre et à travailler longuement en Afrique en tant qu’épidémiologiste. Elle a profité de ces séjours pour collectionner des perles d'Afrique, confectionner de magnifiques colliers qu’elle expose dans le monde entier et pour se documenter auprès de guérisseurs traditionnels et de prêtres animistes. C’est ainsi que sa fascination pour les perles africaines s’est muée en une étude approfondie.
Devenue experte dans le domaine, et chercheuse reconnue à l’échelle internationale, Tonia Marek a été commissaire d’importantes expositions consacrées aux perles, notamment au musée national de Préhistoire et d’Ethnographie du Bardo à Alger et lors de la Semaine du verre de Venise. Son influence s’étend des conférences académiques (Society of Jewelry Historians, Londres) à la scène artistique internationale avec ses créations de colliers à New York, Paris et Dakar.
Les perles accompagnent chaque étape de la vie
En Afrique, les perles et les masques ont une valeur spirituelle. Chargés de symbolisme, de pouvoirs, ils font souvent partie de rituels ancestraux.
Lors de cette conférence : Les Africains aiment la verroterie, disaient-ils... Tonia Marek souhaite montrer au public cet aspect méconnu des perles en Afrique.
« On connait leur côté ornemental et leur valeur sociale, notamment quand elles sont portées par un chef de tribu ou un roi, mais elles ont d’autres fonctions très importantes, celles de guérir et de prévenir les maladies, dans le cadre de rituels très précis qui relient le visible à l’invisible », confie celle qui offrira une immersion dans la mémoire rituelle des peuples et démontrera l’importance sociale des perles en Afrique subsaharienne, leur valeur patrimoniale et comment les perles accompagnent chaque étape de la vie, de la naissance à la mort.
De perles de négoces à perles de traites
« C’est parce que nous apprécions et soutenons le précieux travail de Tonia Marek que nous organisons cette très intéressante conférence. Mais surtout parce que ses recherches nous interpellent ; en tant qu'Africains et en tant qu'Amazigh, Berbères, nous nous sentons proches des rites et de la symbolique des perles africaines. Et bien entendu, nous sommes sensibles à la question de l'esclavage », explique Nadir Bettache, président de l’association Identités et Partage.
Les pays européens ont commencé directement avec l’Afrique au XVe siècle... D’abord les Portugais, puis les Français, les Anglais, les Hollandais... Ils ont apporté une multitude de marchandises, des perles, de la vaisselle, des alcools, du fer pour les échanger contre de l’or, de l’ivoire, de l’huile de palme, mais aussi contre des esclaves. L’Afrique fut l’un des principaux territoires d’échanges des perles de Venise ou de bohèmes. Du XVe au XIXe, ces perles servent aussi de monnaie d’échanges dans le cadre de la triste traite négrière, celles que l’on appelait verroterie, comptaient parmi les objets de pacotilles utilisés lors du commerce triangulaire Europe-Afrique-Amérique. De perles de négoce, elles deviennent perles de traite et ne sont jamais sorties d’Afrique, elles y sont restées. Elles sont, à l’heure actuelle, utilisées par des Africains dans leurs rituels thérapeutiques. Les Africains aiment la verroterie, disaient-ils... Tonia Marek invite le public à s’interroger.
Les Européens étaient étonnés de la fascination que ces perles exerçaient sur les Africains au point que des esclaves soient vendus, échangés contre des perles verre, mais n’ont jamais cherché à savoir à quoi servaient ces perles. Les Européens considéraient ces perles comme une monnaie d’échanges avec 1 000 % de bénéfice ! Les Africains échangent des esclaves contre de la pacotille, disaient les colonisateurs, sauf que pour eux ce n’était pas de la pacotille, elles avaient une valeur réelle et spirituelle. Les Africains ont attribué à ces perles de traite encore à présent utilisées dans leurs rituels, de grands pouvoirs thérapeutiques. Voilà ce que je veux expliquer.
Collection, passion, recherches
Et aussi parler d’ethnocentrisme européen, cette tendance à privilégier les normes et valeurs de sa propre société pour analyser les autres sociétés. Ma passion des perles a débuté dans les années 80, lors de mes séjours en Afrique de l’Ouest. Sur les étals des marchés, on trouvait des perles à profusion, elles sont belles. J’ai commencé à les collectionner et à confectionner des colliers. Un jour au Sénégal, un tradithérapeute, devenu mon père spirituel, a vu le collier que je portais et m’a dit : j’ai besoin de ces perles. Il s’appelle Banou, je savais qu’il officiait avec les plantes, mais pas avec les perles... Je l’ai questionné. Il m’a expliqué que telle perle agissait contre la rougeole, celle-là contre les maux de tête... Voilà comment a commencé mon travail de recherches. Ensuite, j’ai questionné des médecins traditionnels qui utilisent des perles dans leurs pratiques, que ce soit dans les religions locales, autochtones, chez les Dogons ou chez le Vaudou dans le golf du Benin qui se servent des perles pour communiquer avec les esprits. Une perle n’a pas de valeur en elle-même, elle a le pouvoir et la valeur que lui attribuent les médecins traditionnels.
Recherches sur les fonctions des perles d’Afrique
- Direction Artistique et conception de l’exposition de perles : Back From Africa, commissaire Augusto Panini, organisé par Bottega Cinni pour la Venice Glass Week. Venise. Septembre 2024.
- Artiste en Résidence pour documenter : Les perles dans le Vaudou, centre culturel La Grande Place, Porto Novo, Bénin. Décembre 2023 - Janvier 2024.
- Conférences :
- African Beads & Their Roles in Rituals à la Society of Jewellery Historians, Londres, Angleterre. Novembre 2024
- Les perles dans les rituels en Afrique à l’École du Patrimoine Africain, Porto Novo et à l’Université d’Abomey Calavi, Bénin. Décembre 2023.
- Fonctions Rituelles des Perles de Venise en Afrique, à la Venice Glass Week, Venise, Italie. Septembre 2020.
- À l’Institut Supérieur des Arts et des Cultures du Sénégal pour des étudiants de Master 2 spécialisés en Patrimoine culturel. Dakar, Sénégal. 2010 et 2011. - Commissariat et Conception de l’exposition Pouvoirs des perles d'Afrique, musée National du Bardo, musée de Préhistoire et d’Ethnographie, Alger. Décembre 2014 à octobre 2015.
- Publications : The bead that gives his power to the Dogon Priest, Bulletin de la Society of Bead Researchers, automne 2015. USA ; La Couleur de l'Invisible, 2010. Mali.