Pignan lance un appel aux dons pour restaurer son château

17-05-26 - 14:00
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La commune de Pignan et la Fondation du Patrimoine ont ouvert une campagne de financement pour soutenir la sauvegarde du château. Des travaux importants sont menés sur ce bâtiment du XVIIe siècle, inscrit au titre des monuments historiques et qui abrite les services de la mairie.
Château de Pignan
© C. Ruiz
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Il faut se rendre à l’évidence. Le château du comte de Turenne, joyau patrimonial de Pignan âgé de près de 330 ans, a aujourd’hui besoin d’être préservé. Témoin de plusieurs siècles d’histoire, ce bâtiment emblématique a traversé les époques sans jamais perdre son identité. Mais le temps laisse inévitablement son empreinte. « Cette dégradation peut sembler discrète, presque imperceptible au premier regard, mais elle nous oblige à agir pour préserver ce patrimoine et le transmettre aux générations futures », souligne Michelle Cassar, maire de la commune.

Le changement de toutes les menuiseries

L’urgence concerne désormais la rénovation complète des menuiseries et des persiennes du château. Lancés en février, les travaux s’étaleront sur plusieurs mois. Un chantier d’envergure, indispensable pour sauvegarder l’édifice, dont le coût s’élève à 535 497,79 € HT.

Pour relever ce défi, la commune n’est pas seule. L’État, la Métropole de Montpellier et le Département de l’Hérault participent au financement de cette opération essentielle à la préservation du patrimoine local. Ensemble, leurs aides couvrent 60 % du montant total des travaux.

Mobilisation pour restaurer le château

Mais il reste encore une part importante à financer pour une commune de 8 500 habitants. C’est pourquoi la municipalité fait aujourd’hui appel à la générosité de tous, habitants, amoureux du patrimoine et entreprises, à travers une campagne de mécénat populaire et de mécénat d’entreprise menée avec la Fondation du Patrimoine.

Lancée en septembre 2024 pour une durée de trois ans, cette campagne de collecte de dons permet aux particuliers comme aux entreprises de bénéficier d’avantages fiscaux en soutenant la restauration du château.

Pignan
Signature de la convention par Michelle Cassar, maire de Pignan et Patrick Genet, Délégué régional de la Fondation du Patrimoine Occitanie - © Ville de Pignan

Un élan de dons pour le château

« Nous comptons sur tous les amoureux du patrimoine pour nous aider à préserver ce bâtiment chargé d'histoire », explique Michelle Cassar. La municipalité s'est fixée un objectif de 50 000 euros, un cap déjà bien engagé puisqu'au début du mois de mai, 28 515 euros avaient été récoltés, dont 4 000 versés directement par la Fondation du Patrimoine.

Une façon pour cet organisme privé à but non lucratif de récompenser le dynamisme de la collecte. « Chaque année, l'État nous verse 80 % des successions en déshérence. Charge à nous de les répartir entre différents projets », détaille Patrick Genet, son délégué régional. « Pour Pignan, il s'agit de saluer la motivation dont fait preuve la mairie pour animer sa collecte. Ce n'est pas toujours le cas pour d'autres projets. Depuis son lancement, elle progresse régulièrement. C'est bon signe pour atteindre l'objectif. »

Des entreprises locales engagées

Chacun peut participer grâce à un don libre, à partir de 10 euros. Parmi les 71 donateurs recensés à ce jour, figure notamment Christian Roux, un visage bien connu des habitants. Chaque lundi matin, ce retraité met bénévolement ses compétences au service du CCAS en tant qu’écrivain public. « J’habite à Pignan depuis 16 ans et je passe tous les jours devant le château. C’est la première fois que je fais un don pour le patrimoine. Si je peux contribuer à sa préservation, je le fais avec grand plaisir », confie-t-il. 

Les acteurs économiques locaux prennent eux aussi part à la préservation de l’histoire et de l’identité de Pignan. C’est notamment le cas du cabinet de géomètres-experts Epsilon GE, installé dans la commune depuis plus de 30 ans. Pour l’entreprise, cet engagement marque une première expérience de mécénat patrimonial, témoignant de sa volonté de contribuer concrètement à la sauvegarde du patrimoine local.

« Les finances publiques ne peuvent pas tout assumer seules », remarque Florence Amphoux, l’une des quatre associées du cabinet. « Préserver un bâtiment historique est essentiel. Dans le cadre de notre activité, nous réalisons régulièrement des relevés dans le vieux village et travaillons avec des architectes du patrimoine. Nous sommes donc particulièrement sensibles à cette dimension de conservation et de transmission. »

Un savoir-faire d’exception

Pour la fabrication des 72 fenêtres et d’une trentaine de persiennes, la commune a fait appel à l’entreprise d’ébénisterie Lo Nardo, basée à Fabrègues. Une commande d’envergure pour cette structure artisanale, mobilisée sur un chantier aussi exigeant que patrimonial.

« Il y avait une double contrainte », explique Frédéric Roussel, son dirigeant. « Il fallait reproduire fidèlement les modèles d’origine, ce qui a nécessité un long travail préparatoire en lien avec la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) et sous l’égide de la maîtrise d’œuvre du projet avec la société Almatoya. Par ailleurs, les menuiseries devaient répondre aux normes thermiques actuelles, devenues indispensables pour ce type de bâtiment. »

Un défi technique de taille pour l’entreprise. « Ce ne sont pas des fenêtres que l’on fabrique tous les jours. Nous avons dû nous adapter et concevoir un outillage spécifique pour cette commande », précise-t-il. Un savoir-faire reconnu, puisque Frédéric Roussel s’est vu décerner, en 2025, le titre de Maître Artisan Ébéniste par la Chambre des métiers et de l’artisanat de l’Hérault. 

Lo Nardo
Hugo, 1m85, apprenti chez Lo Nardo, à côté d'une fenêtre destinée au château de Pignan, de 3,82 m de haut - © Lo Nardo
Lo Nardo
Des outils spécifiques ont été fabriqués pour profiler les pièces de bois - © Lo Nardo
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Lo Nardo
Hugo, 1m85, apprenti chez Lo Nardo, à côté d'une fenêtre destinée au château de Pignan, de 3,82 m de haut - © Lo Nardo
Lo Nardo
Des outils spécifiques ont été fabriqués pour profiler les pièces de bois - © Lo Nardo

Un chantier qui fait grandir

Ce chantier d’envergure, dont l’achèvement est prévu cet été, représente à lui seul près de la moitié du chiffre d’affaires annuel de l’entreprise. Pour répondre à cette commande exceptionnelle, Frédéric Roussel a renforcé ses équipes en recrutant du personnel supplémentaire. « Ce projet a constitué un véritable levier pour créer des emplois durables. Il contribue aussi à faire évoluer et grandir l’entreprise », souligne-t-il.

Les dons sont possibles directement sur le site internet de la Fondation du Patrimoine ici. 

Trois siècles d’histoire au cœur de Pignan

Le château dit du comte de Turenne, a été réalisé en deux campagnes. En 1673, un aristocrate local Gabriel d'Hebles lance la construction de sa maison, après démolition des bâtiments existants et d'une partie du mur médiéval, il choisit un appareillage sur le modèle des constructions montpelliéraines avec fenêtres à meneaux. Cependant, il meurt avant l'achèvement de son château et de son orangerie. Le nouveau propriétaire du lieu, Henri 1er Bashy du Cayla marquis de Pignan, baron du Cayla fait appel à l'architecte Augustin-Charles d'Aviler, auteur de l'arc de triomphe du Peyrou à Montpellier, pour poursuivre le chantier achevé en 1698. Le château était le fief de la famille Bashy et puis de Turenne à partir de 1777, dernier seigneur de Pignan. En 1888, Napoléon Joseph de Turenne, 3ème marquis de Pignan vend à la commune le château qui devient l’hôtel de Ville.