C’est une exposition qui fait déjà événement. Puisque c’est la première en France, jamais consacrée par une ville à son École des beaux-arts. Lieu de découverte et d’apprentissage souvent passé à l'arrière plan dans l’histoire locale. Avec en plus, une collaboration exceptionnelle entre le MO.CO Montpellier et le musée Fabre, qui permet de présenter, sur deux lieux, 300 ans d’histoire de l’art dans notre ville.
Une exposition qui, vu l’ampleur du projet, conter l’histoire de l’École des beaux-arts de Montpellier, aurait pu sombrer dans une chronologie indigeste. Alors qu’elle semble au contraire déployer ses ailes, à chaque étape du parcours, pour célébrer l’énergie, l’imagination, l’ambition, la création d’une éternelle jeunesse.
Car c’est bien de jeunesse qu’il est ici question. Puisque l’École des beaux-arts, telle qu’on la connait aujourd’hui sous le nom de MO.CO. ESBA, si elle a subi bien des métamorphoses et des déplacements, depuis ses origines et l’établissement d’une école des dessins par un certain Abraham Fontanel, quelques années avant la Révolution, a su maintenir une certaine constance : poser un cadre, dans lequel de jeunes apprentis venaient apprendre leur futur métier d’artiste.
Qu’ils se soient appelés Alexandre Cabanel, François-Xavier Fabre, Albert Dubout, Germaine Richier, Valentine Schlegel, Pierre Soulages, Robert Combas, Suzanne Ballivet ou Vincent Bioulès, tous sont venus y confronter leurs années de jeunesse au regard exigeant de leurs maîtres. Avant de s’inventer un style, une destinée, ils y ont perfectionné leur technique, appris à maîtriser dans l’atelier, les outils, les couleurs, les matières. Tout en y découvrant, dans une émulation collective, un espace de réflexion sur le processus de la création artistique.
Et c’est avec beaucoup d’émotion, que l’on retrouve, au fil des salles du MO.CO, cette sensible progression. Avec dès les premières salles, un foisonnement d’œuvres d’artistes, datées de leur vingtaine : portrait au fusain sur papier, signé par Pierre Soulages, alors qu’il n’avait que 20 ans ; esquisse à l’huile de jeune dessinatrice immortalisée par François-Xavier Fabre à 29 ans ; coin d’atelier sur carton d’un Vincent Bioulès âgé de 21 ans ; amusante installation sous forme de boîte à pharmacie, signée par une Émilie Plateau de 19 ans...
L’exposition présentée au MO.CO, dans les magnifiques salles de l’hôtel Montcalm, développe ainsi, en plusieurs « paliers » thématiques, cette plongée immersive dans les grandes heures de l’École des beaux-arts de Montpellier. Depuis les pères fondateurs, à la génération dorée (dans les années 1920-1950), en passant par l’éclosion du mouvement Supports/Surfaces ou du Groupe ABC dans les années 70. Sans faire l’impasse sur quelques figures marquantes radicales, comme Bernard Frize et Robert Combas, jusqu’aux diplômés des années 2000.
Vu la richesse de l’exposition, il vous faudra un petit sas de décompression, avant de vous attaquer à l’autre volet de l’exposition, présenté cette fois au musée Fabre. Qui vous entraîne dès l’atrium Richier, sous une lune signée Bruno Peinado qui semble affoler toutes les boussoles. Et précipiter vers les salles 7 et 8, jusque-là réservées aux grands maîtres du Nord, une sélection passionnante d’élèves du Sud. Une invasion, tout de même circoncise à ces deux salles, dans une organisation thématique ; dont un volet consacré à la commande publique qui permet à plusieurs siècles d’écart de découvrir les travaux préparatoires de deux projets emblématiques : celui d’Ernest Michel, en 1887, pour décorer le foyer de l’opéra Comédie ; et celui de l’artiste Mona Young-eun Kim, en 2017, pour le plafond des halles Laissac.
La suite de l’exposition ouvre largement les vannes, laissant dialoguer les vénérables collections avec plusieurs œuvres contemporaines, dans un esprit souvent facétieux, parfois provocateur, qui propose au visiteur un véritable jeu de piste. Ici une nymphe de marbre, faisant face à un triptyque de Pablo Garcia (diplômé en 2006) ; là un immense et magnifique cheval en résine et métal, signé Sébastien Duranté (diplômé en 2011) ; là encore, des baigneurs, saisis sur les rives du Gardon par Gaétan Vaguelsy (diplômé en 2019) faisant face aux célèbres « Baigneuses » de Courbet, objet de scandale dans les années 1850.
Cette confrontation des regards, qui pourrait n’être qu’anecdotique, prend une portée plus subversive en salle 39, où deux œuvres au crayon de l’artiste marocain Soufiane Ababri (diplômé en 2010), figure engagée de la lutte contre le racisme et les discriminations, viennent interroger un autre chef d’œuvre du musée peint en 1870 par Frédéric Bazille, La jeune femme aux pivoines, alors même que s’engageait l’histoire coloniale qui allait placer – pour près d’un siècle - l’Afrique entière sous la domination de l’Europe.
Passionnante, riche, intelligente, surprenante, amusante… On ne peut qu’égrener à l’envie toutes les raisons d’aller voir et revoir l’exposition présentée au MO.CO et au musée Fabre jusqu’au 3 mai 2026. Et de profiter également du vaste programme proposé en complément du MO.CO. ESBA au Frac Occitanie, en passant par le cinéma Utopia et plusieurs galeries d’art montpelliéraines (AL/MA, Les ChantiersBoîteNoire, Vasistas, Iconoscope, Aperto).
L’École des beaux-arts de Montpellier : une histoire singulière - Jusqu’au 31 mai 2026
- MO.CO. – hôtel Montcalm – 13, rue de la République – 04 99 58 28 00 – du mardi au dimanche, de 11h à 18h (octobre – mai) / de 11h à 19h (juin-septembre) - moco.art
- Musée Fabre – 39, bd Bonne-Nouvelle – 04 67 14 83 00 – du mardi au dimanche, de 11h à 18h – museefabre.fr
TARIFICATION SPÉCIALE
Conçue en deux volets, entre le MO.CO. et le musée Fabre, l’exposition est accessible à tarif réduit dans les deux établissements, sur présentation du billet d’entrée de l’autre établissement.