SÉRIE "CONSULS À MONTPELLIER" // ÉPISODE 8

Consuls à Montpellier : « Les Suédois trouvent ici une douceur de vivre à ciel ouvert »

19-07-26 - 06:30
Imprimer
Claire Feller est la dernière en date des consuls honoraires nommés à Montpellier. Depuis 2025, cette avocate engagée représente le royaume de Suède, pays nordique où le soleil se fait rare et la convivialité se vit en intérieur.
Claire Feller, consule honoraire de Suède à Montpellier
© C. Marson
Écouter

Claire Feller : Je suis arrivée de Lorraine il y a dix-sept ans pour faire mon droit à Montpellier. J'ai prêté serment en 2014 et je ne suis plus repartie. En parallèle de mes activités professionnelles, j'organise chaque année la Courstache, une course caritative contre les cancers masculins. La dernière édition a rassemblé près de 2 000 personnes et permis de récolter 38 000 euros pour la recherche.

Comment se passent vos premiers pas de consule honoraire ?

Claire Feller : C'est passionnant et prenant. J'ai été nommée en 2025 et le consulat a ouvert en février dernier. J’ai reçu une formation géopolitique et administrative. Le consulat de Suède existait à Montpellier jusqu'en 1977. C'est la persévérance des ressortissants suédois, fédérés dans l'association scandinave Scand'Oc présidée par Ann Berglund, qui a rendu possible cette réouverture. Les citoyens suédois sont plusieurs centaines, établis solidement à Pézenas et autour de Béziers. Ce sont principalement des retraités, mais selon Scand'Oc, des travailleurs à distance s'installent de plus en plus dans la région.

Que viennent-ils chercher ?

Claire Feller : Les soirées dehors à déguster du bon vin, comme le dit avec humour Ann Berglund. En Suède, il fait nuit et froid une bonne partie de l'année. La convivialité se vit chez soi, et les Suédois ont développé un art de vivre dans des intérieurs chaleureux. Ils trouvent ici cette même douceur, mais à ciel ouvert. Ce sont des gens remarquablement accessibles. Depuis les années 1960-1970, le vouvoiement a été abandonné, sauf à l'adresse du roi, lequel est, rappelons-le, d'origine française, descendant direct de Jean-Baptiste Bernadotte, maréchal de Napoléon et fondateur de la dynastie régnante.

Quels rapports entretiennent Montpellier et la Suède ?

Claire Feller : Ils sont anciens et variés. Au XVIIe siècle, la reine Christine de Suède avait pour peintre officiel le Montpelliérain Sébastien Bourdon. Plus près de nous, la présence des internationaux Lucas Pellas et Sebastian Karlsson a largement contribué aux succès du Montpellier Handball. Des collaborations sont engagées avec des universités suédoises dans le cadre de projets de recherche européens. C'est notamment le cas de la faculté de droit, qui intègre la Suède dans ses échanges Erasmus+.

Y a-t-il des liens économiques entre la Suède et le territoire ?

Claire Feller : On pense évidemment à Ikea, présent depuis 2015, vitrine du dynamisme économique suédois dans la région. Les échanges vont désormais s'intensifier avec le rétablissement de la ligne aérienne directe Montpellier-Stockholm. C'est notamment une opportunité pour la startup enCaps. Basée à Lattes, elle est spécialisée dans les solutions de passeport numérique et vient de signer un partenariat stratégique avec le groupe suédois Exertis Zoom, spécialiste mondial de la distribution de produits numériques.

Qu'y a-t-il de suédois à Montpellier ?

Claire Feller : Le tableau de Bourdon, peint à Stockholm vers 1653. C'est un portrait du comte palatin Adolf Johan de Pfalz, cousin de la reine Christine. Il est visible au musée Fabre.

Inauguration du consulat honoraire de Suède, le 12 mai 2026, à Montpellier
Inauguration du consulat honoraire de Suède, le 12 mai 2026, en présence de Son Excellence Madame Caroline Civini, Ambassadrice de Suède en France et Clare Hart, vice-présidente de la Métropole de Montpellier, déléguée au Rayonnement international - © MRI
Carl von Linné
Linné, l'ami suédois qui n'est jamais venu

Le naturaliste suédois Carl von Linné, père de la classification biologique moderne, n'a jamais foulé le sol languedocien mais il en connaissait la flore mieux que bien des Montpelliérains.

À partir de 1737, il entretient une correspondance abondante avec François Boissier de Sauvages, titulaire de la chaire de botanique à l'université de Montpellier, qui lui envoie régulièrement des spécimens de plantes de la région. Les deux hommes ne se rencontreront jamais, mais une véritable amitié à distance les unit, Linné vouant à son confrère montpelliérain une admiration profonde et répétée dans leurs échanges. Boissier de Sauvages parraine l'entrée de Linné, en tant qu'associé étranger, à la Société royale des sciences de Montpellier en 1741.

Fruit de ces échanges épistolaires, Linné baptise dix-huit espèces végétales du nom de Montpellier, dont l'Érable (Acer monspessulanus), l'Astragale de Montpellier ou l'Œillet de Montpellier.