Voilà déjà près d'un quart de siècle que des candidats à la profession de journaliste sont formés à Montpellier. Å ce jour, l’école a connu autant de directeur et directrices (Laurence Creuzot dès 2002, Benoît Califano durant 16 ans et Sophie Merle depuis 2024) que d’implantations (Grammont et Cité Créative en deux points distincts). Le 22 septembre, l’actualité du jour méritait bien de faire la Une. L’ESJ Pro Montpellier inaugurait ses nouveaux locaux au 31 rue Germaine Richier, autrement dit à la place de ce qui, au temps régimentaire, était l’annexe du musée de l’École d’Application et de l’Infanterie.
L’assistance était composée d’apprentis, d’actuels et d’anciens journalistes. L’existence, après la séance inaugurale, du pot de rentrée du Club de la Presse n’y était pas étrangère. À la formation classique (presse écrite, radio, télévision), l’école a élargi sa palette (médias numériques) et bénéficie aujourd’hui d’une flatteuse réputation. Un lieu ne vaut que par ce qu’on y fait. En l’occurrence du journalisme.
Pionniers
« Quand nous étions à Grammont, Georges Frêche ou Louis Nicollin nous faisaient des petites visites. Puis nous avons été des pionniers du quartier de la Cité Créative en nous installant dans l’ancienne infirmerie de l’EAI », indiqua Sophie Merle au sujet des premiers temps, avant de rendre hommage à son prédécesseur et de regarder vers demain. « Je suis heureuse d’être dans ces murs qui n’étaient encore qu’un dossier à mon arrivée. Christian Califano m’a laissé une maison respectée, dont je mesure la chance d’hériter. Les nouveaux espaces font de l’école une véritable maison et permettent des enseignements adaptés avec un plateau télé de 40 m², un studio podcasts et des logiciels professionnels. »
Défiance
La directrice posa ensuite une question fondamentale (« Pourquoi former des journalistes quand tout semble s’effondrer autour de la profession ? »). Et elle apporta une réponse motivée. « Précisément pour cela : la défiance envers la presse grandit, les fossés se creusent entres les citoyens et ceux qui les informent, les manipulations se multiplient, les ingérences étrangères aussi, sans parler de la concentration des médias et la remise en cause des faits eux-mêmes. Cela sème le trouble et le doute. Dans ce contexte, une école de journalisme n’est pas un luxe, c’est un rempart. »
Hommage
Le maire de Montpellier, lui, est intervenu en trois points : les anecdotes, le quartier et les convictions. « J’ai fait trois déménagements de l’ESJ. Alors adjoint à l’Urbanisme, j’ai dû trouver une solution après Grammont et vous êtes venus ici alors qu’il n’y avait encore rien sur ces 35 hectares. Aujourd’hui, nous sommes toujours disponibles pour vous aider dans votre formation comme pour les étudiants qui sollicitent une interview. Je souhaite aussi que soit saluée la mémoire de Benoît Califano. Comme je m’y étais engagé au moment de l’au-revoir, nous proposerons un lieu sur l’espace public. » Michaël Delafosse ajouta au sujet de la Cité Créative : « aujourd’hui, vous n’êtes plus seuls. Ce quartier est une grande fierté pour l’urbanisme montpelliérain car on a à la fois protégé des bâtiments pour raconter l’histoire de nos armées, on a surélevé pour produire du logement et on a amené le tramway et la Cité Créative est un lieu battant dans cette partie de la ville ».
Démocratie
Il termina en rappelant combien la démocratie est une valeur essentielle mais fragile. « Permettre à l’ESJ de poursuivre son aventure de la formation des journalistes dans des conditions favorables, c’est défendre la démocratie. À l’heure où la profession subit des mutations innombrables, il faut la défendre, comme nous le faisons pour les radios associatives. On a contribué à faire vivre la démocratie avec une exposition sur le dessin de presse et on poursuit en achetant un dessin auprès d ‘un caricaturiste à chaque numéro du journal municipal. Il n’y a pas de démocratie forte s’il n’y pas de presse libre et il n’y a pas de presse libre s’il n’y a pas de journalistes formés ».