Retour sur le procès Klaus Barbie avec un acteur clé des débats

22-03-26 - 06:30
Imprimer
Le 31 mars au Kiasma, le musée de la Résistance et de la Déportation de Castelnau-le-Lez organise une conférence exceptionnelle en présence de Jean-Olivier Viout qui était le substitut du procureur de la République en 1987. Ce procès historique était le tout premier en France pour crimes contre l'humanité, même si le "boucher de Lyon" avait déjà été jugé deux fois par contumace.
Affiche de la conférence
Les locaux du musée ne permettant pas l'acccueil d'un large public, cette séance aura lieu au Kiasma - © DR
Écouter

Voici quelques jours, le musée de la Résistance et de la Déportation de Castelnau-le-Lez a accueilli la conférencière Michèle Descolonges à propos du « Journal d’une indésirable », celui de Regina Felsen, une juive polonaise, mère d’un petit enfant, qui a passé en 1939/40 un an au camp de Rieucros, à Mende, avant de pouvoir s’en échapper. 

Le 31 mars, le temps d’une séance au Kiasma, le musée s’associera cette fois à la Commission histoire et patrimoine du barreau de Montpellier pour un autre rendez-vous assez exceptionnel celui-là. Il s’agira d’évoquer le procès Klaus Barbie qui s’est tenu au printemps 1987 devant la cour d’Assises du Rhône. Un événement historique et juridique majeur car c’était la première fois en France qu’un homme comparaissait pour crime contre l’humanité. 

Jugé deux fois par contumace

« J’ai assisté à cette conférence il y a deux ans lorsqu’elle a été programmée au lycée La Merci. J’ai trouvé qu’il était intéressant de la faire venir à Castelnau-le-Lez car on est sur une année anniversaire du procès de Nuremberg mais aussi parce qu’elle permet de comprendre que juridiquement ce procès a été rendu possible grâce à une loi de 1964 qui rendait les crimes de guerre imprescriptibles. En effet, Barbie avait été jugé et condamné deux fois par contumace en 1952 et 1954 », explique Anik Deschamps, ancienne professeur d’histoire et bénévole activée au musée. Seulement, il avait échappé à la peine de mort car les condamnations des années 1950 pour crimes de guerre étaient prescrites lors de son extradition de Bolivie, en 1983.  

Lors de cette conférence, pour laquelle la réservation est obligatoire, ce sont les enjeux et les leçons de ce procès mémorable qui seront évoqués. Et pour cela, le musée castelnauvien a fait appel à un invité qui fut au cœur des débats : Jean-Olivier Viout, le substitut du procureur au procès de Klaus Barbie. Ce magistrat est aujourd’hui le président du Conseil d'orientation du Mémorial national de la prison de Montluc et de l’association du Mémorial de la Shoah de Lyon. En 1987, il était donc substitut général à Lyon et occupa le siège de l’accusation aux côtés du procureur général Pierre Truche, au cours du procès de Klaus Barbie. 

Réfugié en Amérique du Sud

« L’intitulé sur les enjeux et les leçons a été choisi par le conférencier lui-même. La leçon, c’est de montrer dans quel cadre la justice a pu agir, celui de la loi de 1964 donc, puisque le nom de Barbie était cité dans trois rafles dont celle des enfants d’Izieu, poursuit Anik Deschamps. L’enjeu, c’est de pouvoir porter cela aujourd’hui à la connaissance du public et notamment des étudiants ». Cette conférence évoquera ainsi le parcours de cet enfant du fanatisme nazi, qui devint officier de la Gestapo et fut connu par la population française comme « le boucher de Lyon ». S’étant enfui en 1945, puis réfugié en Amérique du Sud après avoir été utilisé par les Américains comme agent de renseignement pendant la Guerre froide, il échappa donc aux procès et aux condamnations que la France voulut appliquer.

Cependant, la loi votée en 1964 établit l’imprescriptibilité les crimes contre l’humanité et cela a permis à la Justice française d’obtenir un mandat international. Plus d’une centaine d’associations et de particuliers se portèrent partie civile pour ce procès historique. Il a été entièrement filmé. 

Entrée gratuite. Réservation obligatoire auprès du musée par mail (crhrdmusee@gmail.com) ou téléphone 04 67 14 27 45 - Date limite de réservation : mardi 24 mars.