Jean-Michel Mart est photojournaliste à Midi Libre depuis plus de 35 ans. Et cela fait bien vingt piges qu’il voulait consacrer une exposition personnelle à Montpellier avec son compère Michel Marguier, savoureux duo à l’œil et la plume. Il a fallu être patient, mais nous y voilà ! Pour le coup, le premier n’a pas rechigné sur le donné à voir : 330 images encadrées sous la bannière « Les Montpelliérains », - titre simple et efficace – à découvrir jusqu’au 29 mars aux Échelles de la Ville. Un nouvel écrin habillé avec soin par la Ville de Montpellier, en lieu et place de l’ancienne médiathèque Fellini. « Mimi », lui, a signé le texte d’introduction de l’exposition, escapade virtuose sur une ligne d’amitié entre René Fallet et Antoine Blondin. « Michel est un de mes frères que ma mère n’a pas reconnus », ironise le photographe.
Jean-Michel Mart, c’est tout un poème. Incapable d’être sérieux plus de trente secondes, travaillant en se marrant, à moins que ce ne soit l’inverse, toujours à l’affût d’une boutade ou d’une tirade d’auteur. Lors du vernissage, chacun a ainsi pu apprécier sa façon d’accueillir les invités, empruntée à Michel Audiard (« Je ne me souviens pas de vous avoir invités »), ou sa manie de dénoncer les discours convenus avec sa formule éculée (« Eh bien ce n’est pas sans une certaine émotion… »).
Un œil malicieux
Un photographe, c’est d’abord un œil. Celui de JMM est malicieux. Il sait débusquer le petit à-côté de la chose photographiée qui, souvent, fait toute la différence entre une photo d’illustration pour marquer un souvenir et une photographie saisissante car de métier. Le terrain d’expression de Jean-Michel Mart est le quotidien de la ville de Montpellier, entre sa poésie urbaine, ses figures imposées et ses instants d’humanité. Lui, balayant les conventions et le tout-venant, est un artiste des petits riens qui font du bien. Ce qui ne l’empêche pas de portraiturer à merveille. « C’est un grand honneur pour moi d’exposer à Montpellier. J’ai l’impression d’être prophète en mon pays, dit-il avec sincérité en dédiant son exposition à tous les reporters de presse et les journalistes. Je montre ce qu’a été ma vie professionnelle. C’est une ville qui est faite de toutes les autres et qui les vaut toutes. J’espère que chacun y trouvera son compte ».
Faire les trois-huit
Puis, Jean-Michel Mart parle d’une presse qui est en train de disparaître. Celle qui allait chercher l’info et, souvent, rejetait le tout cuit. « On n’est plus à l’époque de Desproges qui disait que les journalistes faisaient les trois-huit : huit heures au boulot, huit heures au bistrot et huit heures à dormir. Cela se perd un peu. Et puis, nous sommes tous un peu menacés par les McCarthy pointure 34, vous savez de qui je veux parler. » Avant que le public ne s’engouffre vers les deux niveaux d’exposition, le photographe cita Bertrand Poirot-Delpech, longtemps journaliste au Monde, pour un sublime mot de la fin. « Comme les pièces de théâtre dont ils partagent le caractère de miracle quotidien et d’éphémère, chaque jour renouvelé, les journaux mériteraient de ne survivre que dans la mémoire tremblante de ceux qui les ont aimés de toutes leurs forces. »
Exposition à voir aux Échelles de la ville, place Paul-Bec, du mardi au dimanche de 10h à 18h, sauf de 13h à 14h.