Difficile de passer à côté lorsque l’on visite la Tour Eiffel, à Paris. Tout autour du monument, à hauteur du premier étage, on peut lire le nom de nombreux savants français, gravés en lettres d’or. C’était une volonté de Gustave Eiffel, le père du monument, d’évoquer la science et le progrès. Comme elle a été construite pour l’Exposition universelle de 1889, qui célébrait le centenaire de la Révolution française, il voulait faire de son ouvrage plutôt qu’un monstre de « savoir fer » un éclatant symbole du génie français et du progrès scientifique.
Beaucoup parmi ces grands noms de l’histoire des sciences sont passés à la postérité (Ampère, Gay-Lussac, Lavoisier ou Becquerel) et ils sont au total soixante-douze. Mais, avec un regard plus contemporain, la lecture de cette liste de savants fait mal aux yeux car elle est uniquement masculine. La scientifique française la plus connue demeure pourtant Marie Curie, qui a d’ailleurs reçu deux prix Nobel. Mais elle n’y figure pas !
Premier coup de pioche
Aussi, à l’initiative de la Ville de Paris, de la société d’exploitation de la Tour Eiffel, du CNRS et de l’association Femmes & Sciences, une sorte de contre-projet a été lancé depuis de longs mois. Il visait à aboutir à une liste de 72 femmes, scientifiques du XXIe siècle, françaises ou ayant travaillé dans notre pays, afin que ces dames de fer, au nom d’une parité bien tardive, aient elles-aussi les mêmes honneurs et soient couvertes d’or. Ce projet a été présenté le 26 janvier dernier, jour anniversaire du premier coup de pioche de la Tour Eiffel, par Anne Hidalgo, alors maire de Paris. Les noms de ces femmes illustres (ou méconnues) devraient être inscrits courant 2007 et au-dessus de ceux des hommes. Autre symbole.
Figure de l’écologie évolutive
On retrouve là – enfin -, Marie Curie, sa fille Irène Joliot-Curie, l’informaticienne Alice Recoque, l’exploratrice Jeanne Baret, l’océanographe Anita Conti ou la mathématicienne Sophie Germain… Mais l’on remarque aussi une Montpelliéraine d’adoption et méconnue du grand public : la biologiste Isabelle Olivieri. Originaire du Val de Loire et décédée à Montpellier il y a 10 ans, l’intéressée était une chercheuse à l’institut des sciences de l’évolution (Isem) à Montpellier et elle avait reçu la médaille du CNRS en 2007 mais aussi le Grand prix de la société française d’écologie. Elle avait par contre refusé la Légion d’Honneur, en 2009, en opposition à la réforme de la politique de la recherche.
Comme il est mentionné sur le site de l’université de Montpellier, Isabelle Olivieri fut une figure phare de l’écologie évolutive, à une époque où articuler la génétique et l’écologie n’allait pas de soi. Elle a été le premier professeur de génétique des populations. « Spécialisée en sciences de l’évolution et plus particulièrement en génétique et en biologie des populations, elle a développé une démarche de modélisation mathématique. »
Cet hommage collectif est une heureuse initiative. Gardons tout de même en tête le point de départ. En 2021, Benjamin Rigaud était étudiant à la Sorbonne et guide touristique à la Tour Eiffel. Un jour, une touriste lui demanda où se trouvait le nom de Marie Curie sur la frise ? Il ne trouva pas. Le travail de réparation pouvait alors commencer…