« Je pense que la pierre que nous posons aujourd’hui est du niveau du lancement d’une ligne de tramway ou de la rénovation d’un quartier au titre de l’ANRU Mosson où l’on met un demi-milliard d’euros. » Comme l’on ne saurait suspecter le préfet de l’Hérault d’un quelconque parti-pris, cette phrase de François-Xavier Lauch dit toute l’importance de la pose de la première pierre, le 27 mars, de la future chaufferie biomasse du réseau de chaleur Nord Alco. Elle se situera le long de la route de Ganges, entre le parking relais Occitanie et le rond-point de la Lyre.
Cette installation sera raccordée au réseau de chaleur - qui est déjà réalisé à plus de 90% - et va s’étirer sous terre sur vingt-et-un kilomètres à terme, du CHU à la Mosson, en passant par Sanofi. « Le réseau principal, ce sont des tubes aller et retour de 250 millimètres dans lesquels on véhicule un fluide assez anodin, de l’eau chaude qui part entre 80° et 90° et qui revient à 60°. On démarrera en septembre sur 9 kilomètres mais on sera déjà à 50% de notre activité, notamment grâce au raccordement du CHU, ou le carré Uranus et la piscine Neptune que l’on alimente déjà. Tout se passe à l’intérieur de l’usine et depuis la RD65, elle accueillera entre cinq et six camions par jour », détaille Frédéric Cauvin, directeur de l’énergie chez Altemed qui travaille en coordination avec les services de la Métropole et les entreprises. En attendant de pouvoir utiliser le bois, elle servira ses premiers clients en utilisant du biométhane, ce gaz naturel d’origine verte.
Produire notre propre énergie
Dès 2026, conformément à l’ambition de souveraineté énergétique de la Métropole et à la feuille de route de son plan climat, une énergie décarbonée va être accessible pour plus de 19 000 équivalents-logements et de nombreux établissements publics, dont écoles, collèges et lycées. La particularité du réseau général (voir l’encadré) est que tous les équipements utilisent de façon massive une énergie de récupération. « Nous voulons que notre territoire produise sa propre énergie car nous pensons qu’il faut conduire la transition écologique et solidaire et décarboner pour réduire nos émissions de CO2. C’est le sens de la 5e ligne de tramway, du bustram, c’est le sens de la prime de 2 600 euros que nous accordions aux particuliers qui font évoluer leur logement sur le plan énergétique et c’est aussi pour cela que dès cet été avec notre plan climat, tout projet de 300 mètres carrés devra lui aussi être producteur d’énergie », rappelle Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole.
Une histoire d’amour
Partageant évidemment la nécessité de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, François-Xavier Lauch, le préfet de l’Hérault, a rappelé que dans cette métropole avec peu d’industrie et trop peu d’agriculture, les deux principaux leviers sont les transports et l’habitat. « Je parle de l’habitat dans sa double dimension de la manière dont on construit et comment on utilise les bâtiments, comment on les chauffe et on les rafraîchit. La chaleur bois est au cœur des priorités pour l’énergie avec des objectifs très ambitieux : doubler la quantité de chaleur renouvelable entre 2022 et 2035, ce qui signifie de doubler le rythme de création des réseaux de chaleur d’ici 2030. » Enfin, il s’est félicité de « l’histoire d’amour » entre Montpellier et l’Ademe, romance qui s’est traduite par 42 millions d'euros d’aides en 15 ans.
Les réseaux de chaleur et de froid dans la métropole
Il faut distinguer ceux qui sont portés par Altemed et par des opérateurs privés. Altemed déploie le bois chaleur à Nord Alco, Universités, Port Marianne, à la Cité Créative et à Antigone qui est l’unité la plus ancienne. Sur la ZAC Beausoleil, il s’agit d’énergie de récupération des eaux usées, à Garosud, c’est une énergie de récupération par méthanisation, au Nouveau Saint-Roch, c’est du solaire photovoltaïque. Aux Hauts de Jausserand (ex site d’IBM) et à Eurêka, l’énergie récupérée est celle des data center. Enfin, il est aussi question de géothermie, sur nappe à Cambacérès et sur sondes à Ode à la Mer. Des opérateurs privés opèrent également à Montpellier, Castelnau-le-Lez et Juvignac.

En chiffres
Le coût global du réseau de chaleur Nord-Alco (chaufferie, réseaux et sous-stations) est de 64 millions d’euros, (dont 22 millions d’euros de subventions de l’Ademe). Le coût de la chaufferie biomasse est de 17 millions d’euros (dont 6 millions d’euros de subventions de l’Ademe). À terme, la chaufferie remplacera 110 chaufferies collectives au gaz et plus de 2 000 chaudières individuelles. 20 500 tonnes de biomasse seront consommées par an et 13 000 tonnes d’émissions de CO2 seront évitées. 30 emplois pérennes sont créés et non délocalisables. Enfin, près de 5 millions de mètres carrés, soit 46 000 équivalents-logements, seront chauffés par l’un des douze réseaux de chaleur de la Métropole d’ici 2030, soit trois fois plus qu’en 2019.