À la Superluette, on composera son assiette mais aussi la démocratie alimentaire

À l'heure où la précarité alimentaire augmente, la Ville de Montpellier s'appuie sur les dynamiques associatives pour co-construire à l'échelle des quartiers des maisons de l'alimentation solidaire. Deux structures ont déjà vu le jour en 2025. Bientôt opérationnelle, celle de Celleneuve a été inaugurée le 7 février. Une journée festive, à l'initiative des quatre associations co-gérantes, marquera son lancement le 11 avril.
Beaucoup de monde devant les locaux
La Ville a remis les clés aux quatre associations co-gérantes de la Superluette, la maison de l'alimentation solidaire de Celleneuve - © C. Marson
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La Superluette, la maison de l’alimentation solidaire de Celleneuve, sera au cœur d’une journée festive et printanière le 11 avril, à l’initiative des associations qui vont faire vivre ce nouveau lieu. Mais, dès le 7 février, la Ville de Montpellier a officiellement remis les clés aux quatre associations co-gérantes : l’Esperluette, la Caisse alimentaire commune, Vrac & Cocinas et LaBoca. À l’heure où la précarité alimentaire augmente, la collectivité s’appuie en effet sur les dynamiques associatives et l’investissement des habitants pour co-construire de nouvelles formes de solidarités alimentaires. 

Une des principales pistes de travail étant donc de constituer un réseau de Mas – maison de l’alimentation solidaire – suivant des logiques de quartiers. Ainsi, la Mas d’Hauts Val & Co a vu le jour aux Hauts de Massane (entreprise à but d’emploi du dispositif Territoire zéro chômeur de longue durée) et la Mas Chez Antoine a été créée aux Arceaux (dans l’espace Ambroise Croizat géré par le CCAS). La prochaine implantation concernera le quartier Lemasson. 

Pas qu’une épicerie

La Ville de Montpellier a acquis et rénové les locaux de la Superluette. Lors de son inauguration, la représentante de la collectivité a rappelé qu’il s’agissait d’un projet collectif porté depuis cinq ans avec des acteurs engagés sur la solidarité alimentaire. Ce projet n’est pas qu’une épicerie (les étals viendront d’ailleurs plus tard) mais un projet de démocratie alimentaire. Il sera certes possible sur place de manger, d’acheter et de se rencontrer. Mais c’est avant tout un lieu social, où chacun pourra faire ses propres choix. Y compris celui - de plus longue haleine - de construire demain une véritable sécurité sociale de l’alimentation qui est expérimentée à Montpellier et sur d’autres territoires. 

Inauguration en extérieur
L'inauguration de la Superluette s'est déroulée sur l'esplanade Léo Malet - © C. Marson

Puissance collective

Françoise Jover, membre du conseil d’administration collégial de l’Esperluette, a rappelé que cette association est née en mars 2020, au tout début du confinement. « Six ans plus tard, il y a toujours un volet solidaire dans toutes nos activités comme l’épicerie, le groupement d’achats, le café associatif, la cantine participative, la cuisine dedans et dehors, le four à pain mobile, les échanges de services ou les soirées ateliers… La Mas, c’est le fruit d’une histoire commune, de l’émergence de l’Esperluette à l’arrivée d’autres associations, en collaboration avec les collectivités. Il y a une puissance collective sur les enjeux de politique alimentaire. Dans l’esprit de l’Esperluette, nous voulons faire ensemble pour que chacune et chacun se sentent légitimes à investir ce lieu durablement. »

Reprendre la main

La Caisse alimentaire commune promeut la MonA (monnaie alimentaire) et voit, elle aussi, dans cette Mas une autre ouverture vers plus de démocratie alimentaire. Pour Mikaele Moine Cérame, elle est « le fruit de réflexions conjointes des associations. Un comptoir des habitants sera ouvert dans la Mas et une partie des comités citoyens pourra s’y tenir »

Nicolas Bricas, préside Vrac et Cocinas qui existe depuis 5 ans : « Nous animons dans les quartiers des groupements d’achats pour accéder à des prix, parfois subventionnés par l’État, à des produits de qualité sur un catalogue construit avec les habitants. Nous expérimentons aussi de nouvelles formes de solidarités. On doit permettre aux habitants de reprendre la main sur leur alimentation. Ils ont le droit de dire la façon dont ils ont envie que leurs enfants soient nourris demain ». 

Pauline Scherer, sociologue et fondatrice au sein de LaBoca, a souligné le rôle de ce laboratoire des communs de l’alimentation, créé depuis peu. « Nous voulons poursuivre des travaux de recherche et les actions avec les associations et les habitants concernés pour agir afin qu’il y ait plus de démocratie et de justice sociale dans l’alimentation. Pourquoi avons-nous autant de difficultés pour garantir à tous une alimentation digne et respectueuse de notre environnement ? Il y a un enjeu scientifique de produire des connaissances sur ce que l’on fait. Avec la Mas, on proposera aussi des choses car on a besoin de résister à ce qui nous arrive et de lieux pour se rassembler et avancer. » 

La Superluette proposera ainsi une large palette d'activités à des tarifs très solidaires : café, épicerie solidaire, cantine participative avec ateliers cuisine pour préparer des repas, boissons et recettes partagés, implication des enfants dans la vie du lieu, culture de plantes aromatiques, espace d’échanges et de débat sur les questions d’alimentation, programmation culturelle et conviviale, et d’autres activités de lien social comme des ateliers réguliers de théâtre. 

Conférence de presse à la Mas
Solène Champroix, chargée de projet Mas pour l'Esperluette, a évoqué la journée festive du 11 avril - © C. Marson