Dominique Cabrera connaît bien Montpellier. La réalisatrice vient souvent rendre visite à sa mère. Celle-ci est une experte de la broderie. Un univers qui a éveillé la curiosité de la cinéaste du Lait de la tendresse humaine. Le projet devait d’abord prendre la forme d’un documentaire. Il s’est finalement transformé en long-métrage de fiction.
Un scénario à quatre mains
Pour l’écriture, Dominique Cabrera a fait appel à son amie Anna Zisman. « Elle m’a proposé de réfléchir à l’histoire d’un groupe de femmes retraitées qui se retrouvent autour de la broderie. Un jour, l’une d’elles délaisse les modèles imposés et commence à broder ses visions et ses peurs d’enfant, avec la fougue d’une artiste. Cela ne va pas être anodin pour les autres », "pitche" la scénariste montpelliéraine.
Anthropologue au départ, documentariste depuis, Anna Zisman s’est prêtée avec enthousiasme à l’exercice de l’écriture à quatre mains. Ensemble, les deux femmes ont imaginé une fiction autour d’un geste ancestral, à la croisée de la création et de la transmission. « Nous nous sommes demandées en quoi suivre un modèle pouvait être rassurant, et s’en affranchir, effrayant. Ce travail a été très stimulant. Nous avons mêlé deux sensibilités pour créer un univers commun », souligne la co-autrice.
Montpellier à l’affiche
Séduite par le scénario, la productrice parisienne Gaëlle Bayssière accompagne la cinéaste à travers sa société de production Everybody on Deck. « Cette histoire illustre qu’à tout âge, on peut s’émanciper. Dominique porte un regard singulier sur la vieillesse, et Hélène Vincent comme Yolande Moreau y incarnent de très beaux personnages » se réjouit-elle, précisant qu’elle était déjà aux côtés de Dominique Cabrera sur Corniche Kennedy en 2017. La distribution compte également le montpelliérain David Ayala (remarqué l’an dernier dans Miséricorde d’Alain Guiraudie). La réalisatrice a confié la prise de son à Olivier Schwob, un autre montpelliérain qui a travaillé avec des figures comme Agnès Varda, Bertrand Tavernier, Robert Kramer ou encore Quentin Dupieux.
Le tramway, objet scénaristique
Dès le départ, le décor montpelliérain s’est imposé comme une évidence. « Ce choix a nourri mon écriture, confie Anna Zisman. J’ai pu intégrer des éléments scénaristiques propres à la ville. » De nombreuses scènes se déroulent en extérieur. Lors du tournage, au printemps dernier, la ligne 5 était encore en travaux. « Nous avons choisi d’en faire un élément du récit. Comme le chantier évoluait chaque jour, il nous a fallu tourner les séquences dans l’ordre chronologique. Le chantier de la ligne 5 est devenu un véritable marqueur temporel du film. »
La caméra au cœur de la ville
Des femmes comme les autres a bénéficié du soutien du Fonds d’aide ICC de la Métropole et de l’accompagnement attentif du Bureau d’accueil des tournages de la Ville. La réalisatrice a arpenté Montpellier au fil des scènes, mêlant tournages en intérieur et prises de vues en extérieur. Parc Clemenceau, rame de tramway, bus de la TaM… la caméra s’est glissée au cœur du quotidien montpelliérain, capturant la ville telle qu’elle est. Patrick Blossier, le directeur de la photographie a d’ailleurs tenu à conserver la lumière naturelle, malgré les contraintes que cela représente.
Revenue quelques jours en septembre tourner les dernières scènes, Dominique Cabrera s’est ensuite plongée dans la post-production de son film. Il devrait se retrouver l’année prochaine sur les écrans montpelliérains.
Julie Savelli, maîtresse de conférences en études cinématographiques à l’université de Montpellier Paul Valéry, a dirigé l'ouvrage Dominique Cabrera, l’intime et le politique, chez De l’incidence éditeur. Il réunit en 460 pages, une vingtaine de contributions signées notamment Annie Ernaux et Laure Adler. Des documents de travail sont compris, ainsi que des entretiens avec des collaborateurs proches. De quoi baliser une œuvre qui compte dans le cinéma français contemporain.