Les cartes postales anciennes où baigneurs et dames en chapeaux se promènent agréablement sur les rives, confortent l’image d’un Lez, fleuve tranquille, propice à la somnolence et la rêverie… Dès l’origine, pourtant, le Lez, qui prend sa source à Saint-Clément-de-Rivière et se jette dans la Méditerranée après un parcours d’une trentaine de kilomètres, prêta docilement ses flots à l’activité et au travail des hommes et des femmes.
Le transport des marchandises
Voie d’accès privilégiée vers le port de Lattes et la mer, le Lez contribuera notamment au Moyen-Age à l’expansion économique de Montpellier. Jusqu’au XIXe siècle, il sera utilisé pour les exportations de vin. Jusqu’à ce que le phylloxera vienne stopper le trafic, déjà fortement condamné par l’apparition du chemin de fer. Après la Première Guerre mondiale, quelques barques ou chalands à fond plat continueront de l’emprunter pour effectuer quelques navettes.
Force motrice, l’eau du Lez est également utilisée par les nombreux moulins éparpillés sur les rives : moulins à blé, à huile, à poudre… Lorsque la municipalité de Montpellier, pour satisfaire les besoins en eau de la commune, s’avise d’augmenter le volume de pompage dans le fleuve, les « usiniers du Lez » exigent réparation à coup de procès retentissants. L’un d’entre eux, en 1898, mobilise plusieurs syndics de sociétés d’arrosages et une dizaine de moulins, parmi lesquels le Moulin de l’Evêque, le Moulin de Sémalen ou encore le Moulin de Sauret, ce dernier encore en exercice à ce jour.
Moulins et glacières
C’est encore un moulin, transformé au XIXe siècle, qui donne naissance à une nouvelle activité emblématique en bordure du Lez : la Glacière de l’Hérault. Elle va alimenter particuliers, restaurants et cafés de la ville en blocs rafraîchissants. Et la petite auto des Glacières devient au fil des ans l’un des spectacles préférés des Montpelliérains.
Un plaisir partagé avec le spectacle des lavandières. Figures populaires autant que redoutées, vêtues de bottes de zinc pour supporter l’eau froide, et jetant au promeneur téméraire quelques propos fleuris et de l’eau savonneuse. Les « bugadières » transportent en charrette jusqu’au fleuve leur cargaison de linge qu’elles font ensuite sécher sur place.

Guinguettes et lavandières
Guinguettes et restaurants complètent l’inventaire. Cuisiniers, maîtres d’hôtels, garçons de salle circulent parmi la clientèle dominicale. On vient se promener en barques, esquisser quelques pas de danse ou regarder s’ébattre baigneurs et baigneuses, chastement séparés par un filet de cordes. En 1835, Louis Corrady, inaugure la célèbre « Guinguette du Père Louis ». Rachetée en 1875 par Titus Rimbaud, l’auberge devient un établissement de prestige. Les petits salons intimes, chauffés en hiver sont très appréciés des dames. Les messieurs préfèrent une autre adresse. Celle de Tabarka, où dans les salons particuliers, cigares, chansons, jeux de cartes, promettent une ambiance plus décontractée.