Les trombes de grêle matinales n'ont pas dissuadé les nombreuses personnes venues honorer la mémoire de Lounès Matoub, en ce samedi 24 janvier, jour d’inauguration par le maire de Montpellier, d’une rue au nom de ce grand chanteur kabyle dans le quartier Montpellier Sud, non loin du parc Nino Ferrer. Et si la pluie cessa au commencement de la cérémonie, elle fut remplacée par les larmes d’un auditoire ému.
Mort pour ses idées
Grande figure de la chanson kabyle, idole de tout un peuple, Lounès Matoub était une voix écoutée et respectée pour ses prises de position en faveur de la démocratie et la laïcité. Son assassinat, le 25 juin 1998 à Tizi-Ouzou, à 42 ans, durant la Guerre civile algérienne, fut une onde de choc et provoqua révoltes et émeutes. À ses côtés, dans sa voiture criblée de balles, ses trois passagères furent grièvement blessées. Parmi elles, sa femme Nadia. Laissée pour morte, elle a raconté cette tragédie, dans un livre poignant Pour l’amour d’un rebelle, aux éditions Robert Laffont.
Une poésie qui résonne toujours
Nadia Matoub était présente lors de l’inauguration. Accompagnée de Nadir Bettache, président de l’association Identités et Partage, elle a dévoilé la plaque mémorielle, aux côtés du maire de Montpellier, pour qui, confie-t-il, cette inauguration « est sans doute la plus forte et la plus intense que j'ai eu à faire ».
En s'opposant avec courage à l'autoritarisme et au fanatisme religieux, Lounès Matoub sert encore de guide à toute une génération, dont le chanteur lyrique et plasticien Azal Belkadi : « Il était notre porte-parole, l’espoir de toute une jeunesse opprimée. Pour moi, il est toujours vivant, sa musique et sa poésie résonnent encore ».
Lounès Matoub, porte-parole
Lounès Matoub, militant de la cause identitaire berbère en Algérie a apporté sa contribution à la revendication et la popularisation de la culture amazighe et au combat pour la démocratie et la laïcité. Il est une grande figure de la chanson kabyle, l’idole de tout un peuple. Malgré les menaces, un enlèvement en 1994 et la violence de guerre civile algérienne, il n'a jamais renoncé à s'exprimer. Son assassinat le 25 juin 1998 à Tizi-Ouzou, à 42 ans, fut une onde de choc, un séisme dans le monde et provoqua révoltes et émeutes de douleur qui coutèrent la vie à trois jeunes kabyles, tués par les forces de l’ordre : Sahli Redouane, Ait idir Rachid et Ouali Hamza. Dans le véhicule criblé de balles, Nadia Matoub et ses sœurs Farida et Ourda furent grièvement blessées. L’épouse laissée pour morte racontera cette tragédie, dans son livre poignant Pour l’amour d’un rebelle, aux d’éditions Robert Laffont. Matoub Lounès demeure un symbole de résistance, de dignité et de liberté, dont l'œuvre et le message continuent d'inspirer encore et encore. Adolescent, Hakim Areski découvre les chansons engagées de Matoub Lounès, qui provoquent en lui, une prise de conscience. À 18 ans, il prend part en Kabylie, à une manifestation pacifique pour dénoncer les injustices. Le 27 avril 2001, lors du sanglant Printemps noir, la police charge, il reçoit une balle à la tête. En une fraction de seconde, il devient aveugle. Hakim Areski raconte cet épisode dramatique dans son livre Renaitre dans la nuit, aux éditions XO. C’est l’histoire de celui qui vingt plus tard deviendra champion olympique de cécifoot au JO de Paris 2024.
Je tiens vraiment à remercier monsieur le maire de Montpellier pour sa prise de position courageuse et exceptionnelle. La voix des victimes de l’arbitraire s'est exprimée avec force. Nous avons vraiment rendu hommage à Lounès et je suis repartie avec le sentiment du devoir accompli ; Honorer Lounès Matoub, c'est refuser de détourner le regard des situations d'injustice. Lounès a été assassiné à l'âge de 42 ans et jusqu'à ce jour, on ne connaît pas la vérité. Et comme à chaque rencontre, nous rendons hommage à Lounès et nécessairement à la mémoire des jeunes tués par les forces de l'ordre. Et selon les mots de monsieur le maire, Matoub Lounès est un combattant absolu de la liberté. Oui combattant toute sa vie, il l'a été. « Puisque né Kabyle, mon nom est combat. » Lounès n'a jamais détourné le regard face aux injustices. Ceux qui l’ont tué voulaient briser l'exemple de la liberté, l'exemple de la résistance, l'exemple du courage, ils n'ont pas réussi. Nous sommes nombreux aujourd'hui à résister et les jeunes plus encore. Faisons comme Lounès, soyons dignes de son combat. Il vient d’être dit que l’on emprisonne pour la liberté d'expression. Actuellement, en Algérie, Il y a beaucoup de prisonniers politiques et d'opinion. Faisons comme Lounès et dénonçons les injustices, soyons dignes de son combat. Alors qu’aujourd’hui, nous vivons une période de répression extrême, si l'on se met à chanter Lounès, à répéter ses mots en les vidant de leur sens ; cela signifie au contraire que Lounès sert à faire oublier la répression. Or ce n’est pas Lounès Matoub qui doit servir de diversion, pour faire oublier la répression que subit son peuple. Je pense à mes amis actuellement détenus en Algérie ; mon amie Mira Moknane, universitaire, mon ami Rafik Bellayel, Tahar Achiche, Arezki Hidja , Elkhodir Bouchlaghem, Cherif Mellal, Wafia Tidjani, Arezki Hidja, Mohamed Tadjadit, Ghilas Benkerrou, Lounès Ghougad, Salim Bouaza, Allas di Tlelli, Youcef Gueddache, Yacine Nechak, Mouhend Laskri, Azwaw Hadjaz, Siphax Mamouv, Moualek Mouhend Oubelaid, Lyes Touati.
Je veux parler d'eux parce que cela fait plus d’un an et demi que je ne peux plus les entendre. Leur disparition s’apparente à une mort pour moi, alors qu'ils n’ont absolument rien fait. Ce sont tous les enfants de Lounès Matoub. On ne peut pas aujourd'hui parler de Lounès Matoub, sans évoquer ces prisonniers. Nous avons tous en mémoire le cri déchirant des mères des condamnées à mort de l'affaire, dite de Larbaâ Nath Irathen. Aujourd'hui, c'est Lounès Matoub qui nous réunit par son combat ; soyons solidaires de tous les opprimés, il serait fier de nous. Tanemmirt n wen !