Filmer à hauteur d'enfants

12-04-26 - 06:30
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Comment écrire, scénariser et tourner avec des enfants ? Cette question sera au cœur d’une table ronde organisée lundi 13 avril à 19h au cinéma Nestor Burma, à Montpellier. Avant la rencontre, le public pourra découvrir deux courts-métrages dans lesquels l’enfance occupe une place centrale. Une soirée pour explorer les défis et les richesses de la création cinématographique avec de jeunes interprètes.
Le bateleur
Louis Béliveau, le jeune acteur du "Bateleur" de Jennifer Fanjeaux - © D.R.
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Raoul et Louis ont une dizaine d’années. Ils sont les jeunes protagonistes de deux films sensibles qui explorent, chacun à leur manière, les tourments de l’enfance face au monde parfois dysfonctionnel des adultes. Dans Le Bateleur, de Jennifer Fanjeaux, Raoul attend avec impatience de renouer avec son père, autorisé à sortir provisoirement de prison. De son côté, Louis, le héros de Finir au Soleil, d’Ephrem Koering, se retrouve confronté à l’angoisse provoquée par une mère qui semble peu à peu s’éloigner.

Filmer l’enfance

Deux récits intimes dont les origines diffèrent : l’un s’inspire d’un questionnement familial, l’autre d’un souvenir d’enfance. « Quand on est petit, on est totalement dépendant des adultes. On doit attendre, sans forcément comprendre ce qui se joue réellement. Cela peut devenir très angoissant », explique Ephrem Koering. Dans son film, le réalisateur exorcise une brève panique ressentie à l’âge de huit ans lorsqu’il s’était retrouvé seul dans la voiture familiale, persuadé que sa mère l’avait abandonné. « L’enfance est un apprentissage », ajoute Jennifer Fanjeaux, qui n’a pas choisi le titre de son film au hasard. « Dans le tarot, le bateleur est un jeune homme qui doit apprendre à maîtriser les outils dont il dispose pour progresser. »

Les deux auteurs ont mis beaucoup d’eux-mêmes dans ces rôles. Cependant, une fois le personnage d’enfant imaginé, encore faut-il trouver le jeune comédien capable d’incarner pleinement cette idée initiale. Pour les deux films, le processus de sélection s’est déroulé de manière différente. Jennifer Fanjeaux connaissait déjà Louis Béliveau (13 ans), qui habite dans le même village qu’elle. En l’observant, elle a très vite eu la certitude qu’il serait parfait pour interpréter son Raoul.

Jennifer Fanjeaux
Avec "Le Bateleur", Jennifer Fanjeaux signe son premier court-métrage - © C. Ruiz

La spontanéité avant tout

Ephrem Koering, de son côté, a eu recours à des séances de casting. Pour mener à bien cette recherche, il a fait appel à Marion Stamegna. « Auditionner des enfants, qui ne sont pas comédiens, est un exercice délicat. Il faut comprendre le personnage et les attentes du réalisateur, explique la directrice de casting reconnue pour la justesse de son regard. Face aux enfants auditionnés, on ne passe pas par l’intellect mais davantage par la spontanéité. Ephrem m’a fait confiance et, lorsque je lui ai proposé Robin Maisonneuve (11 ans) pour incarner Louis, même s’il ne correspondait pas forcément à l’image qu’il avait d’abord en tête, il a reconnu que nous avions trouvé la bonne personne ». 

Une fois le tournage lancé, la personnalité des jeunes acteurs devient déterminante. Les deux réalisateurs confient d’ailleurs avoir réécrit certains dialogues en fonction de leur interprète. « Il m’a nourrie », se souvient Jennifer Fanjeaux, qui a laissé une large place à l’improvisation sur le plateau. « Le temps est limité quand on tourne avec un enfant et il faut que tout soit prêt dès qu’il arrive », renchérit Ephrem Koering. « Je n’ai pas donné trop d’indications à Robin afin qu’il ne perde pas son naturel. »

Finir au Soleil
Robin Maisonneuve et Ephrem Koering sur le tournage de "Finir au Soleil" - © Yannick Rodiere

Les enfants sur le plateau

Dans les deux cas, les parents des enfants ont assisté à toute la durée du tournage. Une présence obligatoire, précieuse, véritable garde-fou protecteur. « Une fois, prise dans l’action, je ne me suis pas rendu compte que Louis était fatigué. C’est sa mère qui m’a alertée : “Tu fais une dernière prise et c’est terminé.” Elle avait entièrement raison », reconnaît la réalisatrice, qui s’est constamment efforcée de maintenir une attitude bienveillante envers le jeune garçon. Une atmosphère similaire régnait sur le plateau de Finir au Soleil. « La présence d’enfants crée une ambiance un peu colonie de vacances, c’était très chouette » s'enthousiasme Ephrem Koering. 

En France, des centaines d’enfants courent les castings chaque année et des agences spécialisées leur font miroiter une longue carrière et pourquoi pas, un statut de célébrité. La réalité semble être tout autre, comme le rappelle Marion Stamegna : « Les rôles principaux pour eux sont assez rares et un enfant ne le demeure pas très longtemps ». Pour une Sophie Marceau ou un Benoît Magimel, révélés à l’adolescence et toujours à l’affiche 40 ans après, combien de jeunes talents n’ont été que des étoiles filantes ? 

Projections et débats 

Le Bateleur et Finir au Soleil, présentés au cinéma Nestor Burma 13 avril à 19 h, ont reçu le soutien du Fonds d’aide ICC de la Métropole de Montpellier. Créé en 2022, il a pour objectif d’encourager l'émergence de talents et de consolider la filière de l’image en permettant un ancrage durable des professionels sur le territoire métropolitain, à travers le financement d’œuvres singulières dans les champs de l’animation, du documentaire, de la fiction, du jeu vidéo et des expériences immersives.

La projection sera suivie d’un échange sur le thème « Écrire, scénariser et tourner avec des enfants », en présence de :

  • Jennifer Fanjeaux, réalisatrice de Le Bateleur et de son interprète Louis Béliveau ;
  • Ephrem Koering, réalisateur de Finir au soleil ;
  • Marion Stamegna, directrice de casting.  

>>> Entrée libre mais il est préférable de s’inscrire au préalable ici.