Montpellier : la Cité Créative va tomber dans les bras d'Orphée

Sur la place Delaunay, une œuvre d'art a été révélée le 12 décembre sur ce qui était l'ancienne place d'armes du temps régimentaire. L'auteur de Orphée hors de terre, artiste d'origine belge installé en France, a livré une prestation étonnante le jour de l'inauguration, sous la forme d'un duo musical à la flûte traversière.
Vue de l'oeuvre
La sculpture se trouve sur la place Delaunay au coeur de la Cité créative - © L. Séverac
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Il n’y a pas si longtemps en ce lieu, celui de l’ancienne École d’application de l’infanterie (EAI), la journée était rythmée au son du clairon. Le 12 décembre, à l’heure du dévoilement d’une sculpture sur la place Delaunay de la Cité Créative, dans le cadre du COPAQO (1), l’instant inaugural fut dicté contre toute attente par la flûte traversière. Celle jouée par Alquin, l’auteur de ce Orphée hors de terre également artiste et dessinateur. Pour ce qui est de la pratique artistique, bon sang ne saurait mentir, il est le fils du peintre Pierre Alechinsky bientôt centenaire qui, pour les Belges, est à l’art moderne ce que la houppette est à Tintin.

Sur le sol et sans socle

Nicolas Alquin avait fait venir à lui la voix de théâtre de son ami Cyrille Zakof pour un duo discours musical inédit et charmant. « La Cité Créative est le lieu des dernières inventions technologiques. Que vient donc faire Orphée dans cette fête ? Il est là pour vous prévenir de quelque chose. Tout comme ces masques tibétains grimaçants qui sont portés par les danseurs pour repousser le mal. Cette sculpture d’Orphée fait face au passé pour nous suggérer d’éviter une erreur », assura le performeur. L’Orphée de Nicolas Alquin nous montre une torsion terrible et illustratrice de bien des tourments. C’est Maarten Van de Voorde, l‘architecte urbaniste de la Cité Créative, qui a suggéré qu’Orphée hors de terre soit posé directement sur le sol et sans socle. « Dès que l’herbe aura poussé, nous nous trouverons donc devant cette métaphore surgie de la terre… »

Une aria de Gluck

Nicolas Alquin prit alors son instrument pour nous ramener en 1762 le temps d’une aria de l’opéra Orphée et Eurydice de Gluck. Mais que va devenir en 2025 un Orphée si torsadé pour accompagner cette mutation architecturale et urbaine ? Cyrille Zakof nous éclaire à nouveau. « Un amoureux attentif qui ne regarde pas en arrière, un humaniste partageur, un charmeur de couleuvre à collier, de raie manta et d’aigrette blanche. C’est ce qu’Orphée a fini par faire pendant le reste de sa vie en puisant dans la Méditerranée, les broussailles et les forêts, les garrigues et les maquis un chant nouveau jusqu’à devenir le poète qui chante éternellement l’amour du monde. La meilleure part de lui est maintenant la vôtre. » En descendant de la ligne 5 à la Cité Créative, les usagers du tramway pourront s’en remettre à Orphée qui les attendra dès le premier virage.  

  1. Le COPAQO est un dispositif original de pilotage et de conseil pour accompagner les promoteurs immobiliers à intégrer une œuvre d’art dans tous leurs nouveaux projets. Le versement de 1% minimum du prix du terrain permet l’acquisition d’une œuvre d’art auprès d’un artiste contemporain.   
Inauguration à la flûte
Alquin a proposé un duo musical lors de cette inauguration - © L. Séverac