Retour des moustiques-tigres : tous concernés !

En période hivernale, le moustique-tigre ne fait pas parler de lui. Mais dès le mois de mars, ses œufs commencent à éclore dans nos jardins, les larves se développent et les nuisances avec. Pour éviter sa prolifération, nous devons tous agir. Règle numéro un : supprimer les eaux stagnantes ! Sans eau, l’aedes albopictus ne se reproduit pas. Zéro éclosion, zéro invasion ! Les explications et les conseils de Jean-Baptiste Ferré, entomologiste et spécialiste du piégeage à l’EID Méditerranée.
Moustique-tigre
Le moustique-tigre reconnaissable par ses rayures noires et blanches sur le corps et les pattes - ©Jean-Baptiste Ferré - EID Méditerranée
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Avec le cumul de pluie de ces dernières semaines, les moustiques-tigres seront plus nombreux au printemps ?

Jean-Baptiste Ferré : Non, ça n’aura pas de conséquence sur les moustiques-tigres, dits de ville, qui n’éclosent pas l’hiver. Par contre, les moustiques des zones humides apprécient ces cumuls d’eau dans les marais. Les larves sont bien présentes en grand nombre et l’EID Méditerranée a commencé à traiter depuis fin janvier (voir encadré ci-dessous).  

Comment reconnaît-on le moustique-tigre ?

Jean-Baptiste Ferré : Il est facilement identifiable grâce à ses rayures noires et blanches présentes sur les pattes et le corps. Par contre, sa taille diffère selon la saison, au printemps il est généralement plus gros qu’en plein été. Plus il fait chaud, plus la larve se développe rapidement et moins elle a de temps pour se nourrir et grossir. Mais quel que soit sa taille, il pique toute la journée (contrairement aux moustiques des marais qui préfèrent le matin ou le crépuscule) et ne fait pas de bruit… Il cause beaucoup de nuisances, mais il est surtout potentiellement vecteur de maladies comme la chikungunya, la dengue, Zika ou la fièvre jaune.

Il faut agir vite. En moins d'une semaine la larve se transforme en moustique-tigre
Il faut agir vite. En moins d'une semaine la larve se transforme en moustique-tigre - © EID Méditerranée

Comment se préparer au retour du moustique-tigre ?

Jean-Baptiste Ferré : Il faut que tout le monde se sente concerné. Des réflexes sont à acquérir chez soi afin de réduire son développement de manière collective. La règle numéro un est de supprimer ses gites de ponte : les eaux stagnantes !  

Où se reproduit-il ?

Jean-Baptiste Ferré : Il vit sur nos toits terrasses, dans nos jardins, nos cours, nos terrasses, nos balcons, nos bassins, nos récupérateurs d’eau pluvial… Partout où il y a un peu d’eau qui stagne les larves se développent. Il ne leur faut qu’une petite semaine pour se transformer en moustique !
Ils peut aussi se développer sur les espaces publics, parcs, jardins et voiries, espaces de travaux... C’est aussi aux collectivités de prêter attention à cette problématique. Aussi, il n’est pas possible, ni souhaitable de lutter contre cette espèce en épandant des insecticides partout en ville. C’est pourquoi des méthodes innovantes comme les lâchers de moustiques stériles commencent aussi à être explorées par la Métropole.

Que peut-on faire chez nous pour lutter contre le moustique-tigre ?

Jean-Baptiste Ferré :  Vider entièrement, toutes les semaines, tous les points d’eau : coupelles, poteries, récipients divers, gamelles d’eau pour les animaux, matériel de jardinage comme les arrosoirs ou les brouettes… Les eaux stagnantes se cachent un peu partout dans nos extérieurs, dans un pied de parasol, une bâche de piscine ou des jeux d’enfants. Un jardin entretenu, bien rangé tout au long du printemps et de l’été attirera moins de moustiques.

Des pièges à femelles gravides peuvent réduire les nuisances
Des pièges à femelles gravides peuvent réduire les nuisances - © EID Méditerranée

Comment se protéger ?

Jean-Baptiste Ferré :  À l’intérieur, mettre des moustiquaires aux fenêtres, climatiser les pièces ou installer des pièges lumineux dans les chambres avant de se coucher réduit la présence des moustiques en général.

Et à l’extérieur ?

Jean-Baptiste Ferré :  Installer un ventilateur au sol sur la terrasse pour les gêner dans leur déplacement, placer des spirales répulsives naturelles quelques heures avant de sortir… Il existe aussi des pièges à femelles gravides, c’est-à-dire qui cherchent à pondre, qui peuvent réduire les nuisances. Ce type de piège coûte une trentaine d’euros pièce dans les grandes surfaces de bricolage ou sur internet.

Comment ce type de piège fonctionne ?

Jean-Baptiste Ferré :  Le piège est un réservoir pouvant contenir plusieurs litres d'eau. Ce liquide est un leurre qui attire la femelle. En entrant dans le réservoir, elle est arrêtée par un filet qui l’empêche d’accéder à l'eau. En essayant de ressortir du piège, elle est stoppée net par des bandes adhésives, sur le même principe que les pièges à mouches de l’époque de nos grand-mères. En plaçant trois ou quatre de ces pièges dans un jardin, ça offre au moustique-tigre différents sites pour pondre et se faire piéger. Par contre il ne faut pas oublier de les entretenir. 

D’autres solutions ?

Jean-Baptiste Ferré :  Il existe aussi des pièges à femelles agressives. Beaucoup plus coûteux, ils capturent les femelles qui cherchent à vous piquer grâce à des leurres qui reproduisent l’humain, olfactifs ou avec du dioxyde de carbone. Mais quel que soit le piège, ce ne sera qu’un outil complémentaire pour réduire les nuisances. Il n’y a malheureusement pas de solution miracle. 

L’EID Méditerranée démoustique les zones humides

Depuis 1959, l’EID Méditerranée, service public financé par les collectivités locales, a pour principale mission le contrôle des espèces de moustiques nuisantes. Ces dernières, principalement l’aedes caspius et l’aedes detritus, prolifèrent dans les zones humides du littoral et piquent les habitants des communes alentour (mais ne sont pas porteurs de maladies transmissibles à l’homme). La démoustication réalisée par l’EID consiste, non pas à éradiquer tous les moustiques, mais à maintenir la gêne due à ces espèces à un seuil tolérable, avec un impact environnemental minimal et dans un cadre budgétaire maîtrisé. Une action indispensable pour assurer une qualité de vie pour tous. Mais la démoustication réalisée par l’EID en milieux humides ne peut pas être employée en milieu urbain contre le moustique-tigre. 

>>> Plus d'infos sur facebook.com/EIDMediterranee

La météo des moustiques

L’EID Méditerranée a mis en place une météo des moustiques. Des bulletins sont publiés toutes les semaines à partir du mois de mars présentant la carte des risques de nuisance des moustiques des marais. Ces risques en zone agglomérée sont indiqués par commune (dans la zone d’action de l’EID) par un code couleur : vert pour un risque faible, jaune pour un risque moyen et orange pour un risque fort.

Jean-Baptiste Ferré, entomologiste et spécialiste du piégeage à l’EID Méditerranée, fait des prélèvements dans les marais
Jean-Baptiste Ferré, entomologiste et spécialiste du piégeage à l’EID Méditerranée, fait des prélèvements dans les marais - © EID Méditerranée